Je vis, artistiquement, quelque chose de bizarre et de fort.

Je vais tirer chez P. & A. cinquante ou soixante photos la semaine prochaine. Des photos que je trouve meilleures que les vingt-cinq tirées pour ma première exposition. Et je ne vois pas pourquoi cela s’arrêterait puisque je fais cela sans efforts, comme si je pissais, mangeais ou respirais. Ces images vont se transformer, c’est sûr, mais je doute qu’elles deviennent plus mauvaises, quelconques voire inintéressantes.

Concernant le dessin, j’avais des doutes, car je ne me suis pas du tout mis à travailler, à dessiner des mains ou des silhouettes, comme j’avais prévu de le faire, en dehors des séances de modèles vivant. Dans mon esprit, en conséquence, je ne pouvais pas progresser. Hors, à chaque séance, à Avallon, je prends plus de plaisir, et de confiance, car je suis satisfait de mes réalisations, des progrès notables qui s’opèrent à chaque fois.

Mais, pourquoi est-ce si fort, et « bizarre » ?

Parce que mes ambitions démesurées sont en train, doucement, de se réaliser.

Premièrement, je ne vois pas pourquoi ce Journal s’arrêterait, deviendrait inintéressant. Il ne peut que prendre de la valeur avec le temps, de la profondeur.

Deuxièmement, mes photos ne vont pas révolutionner l’histoire de l’art, mais elle existent, et je leur prédis un beau succès.

Troisièmement, mon ambition (récente) de dessiner aussi bien que les meilleurs artistes de tous les temps, du paléolithique à aujourd’hui, en passant par la Renaissance, est en bonne voie.