Samedi 14 août 2010

Retour rapide hier. Nous n'avons pas flâné au bord de la Loire. Nous avons attrapé l'autoroute un peu avant Tour et nous avons filé jusqu'à Paris sans rencontrer de résistance. Lessive, piscine, cinéma, repas, dodo. La journée a été particulièrement remplie et rythmée. J'ai pris le temps de souhaiter un joyeux anniversaire à mon père le soir, et de répondre à un appel de Bertrand - suis tombé sur son répondeur. Vanessa avait appelé aussi. Je vais lui donner un coup de main. Pas de câlins le soir. J'avais besoin de calme, de chaleur, de sommeil. J'avais besoin de me retrouver. Franck est redescendu boire un verre - et se masturber peut-être. Je pense que c'est pour cette raison qu'il ne s'est pas levé ce matin. Les rêves, fidèles à leurs habitudes en ce moment, ont continué de me secouer une bonne partie de la nuit. De très belles femmes, très minces, habillées de façon très sexy, étaient proches de moi mais je ne les désirais pas. La rencontre avec ma soeur n'a pas dû arranger mes problèmes. Comme Véronique, elle est très bien placée pour me ramener à une période trouble et douloureuse de ma vie - période qui correspond aujourd'hui à une partie de ma personne où je ne dois pas mettre les pieds trop souvent. Je pensais que cette rencontre pourrait être l'occasion de reprendre des relations plus intéressantes - on ne se parle quasiment plus depuis plusieurs années. Ce ne sera pas possible. Elle n'a pas changé et ce n'est pas à quarante huit ans qu'elle changera. Elle ne sait que parler d'elle-même et de ses problèmes (un peu comme moi dans ce journal). C'est à peine si elle a posé une question à Franck pour lui demander qui il était, ce qu'il faisait. De toute façon, n'a pas écouté la réponse. Par avance pas intéressée. Heureusement, le restaurant était délicieux. La nourriture, le vin, le service, tout était bon. Au moins ça. Et puis j'étais avec Franck. Nous étions complices. Cela m'a aidé à vivre à cette épreuve. J'avais imaginé un bon moment, simple, et puis non: une épreuve. C'était donc le dernier repas de ce genre avec ma soeur. Ce doit être pour ça que je ne suis pas très en forme aujourd'hui. Au moins les choses sont claires cette fois, et pour toujours: rapports de bon voisinage, des nouvelles de temps en temps, vite fait, cela sera bien suffisant. Elle m'a fait l'effet d'être un petit robot nerveux, ne faisant que parler, un peu en boucle, souvent en boucle. Si je vis à l'écart, coupé du monde, elle, sans s'en rendre compte, est dans une situation bien pire.

La matinée, à l'inverse, fut plus agréable. Après un temps d'écriture au café, nous sommes allés voir la maison d'enfance de Rabelais: La Devinière. Poésie du nom, du lieu. J'avais l'impression d'être à Disney Land, ou mieux, dans Alice au pays des merveilles, dans un conte quelconque mais plutôt beau et heureux, pas angoissant pour deux sous. Les anciennes caves, creusées dans la pierre, étaient immenses. J'étais là-dedans comme dans une oeuvre d'art. Il n'y avait même pas besoin d'y ajouter des dessins comme à Lascaux. C'était beau, simplement beau. Dans certains bâtiments étaient exposées des calligraphies. D'un point de vue pictural, j'ai trouvé cela très raide, et plat. Des images en deux dimensions, sans profondeur, sans volume malgré la dextérité du peintre. Les murs épais des grottes taillés grossièrement étaient à côté de ces dessins d'une légèreté infinie. Ai lu les belles phrases de ces calligraphies et j'ai retenu (pour moi, comme on retient un conseil d'ami) ce proverbe Arabe: "Mets les mots à leur place. A la tienne, ils te placent." A cinq cent ans de distance, c'était comme un conseil de Rabelais. J'ai pris ça comme un signe car, avec ce journal, c'était tout à fait ce que je faisais.

Mardi 17 août 2010

Une belle journée avec Franck samedi, un bon moment avec Vanessa, utile. La route dimanche. Une longue route de 935 kms suivie d'un accueil charmant de notre hôtesse. Tellement charmant que nous l'avons prolongé jusqu'à cinq heures du matin. Nous avons parlé de beaucoup de choses et nous avons beaucoup bu. Nous avons beaucoup ri aussi. Martine, bientôt en retraite (dans un an) deviendra peut-être une amie. Le poivrot en moi, ou le petit diable, ne pouvait rater cette occasion. Heureux d'être heureux, heureux d'être lucide malgré tout le rosé ingurgité, je me suis offert une séance d'alcools forts. Un peu d'Aquavit, de Bas-Armagnac et beaucoup de Cointreau. Dommage, parce que cela m'a rendu malade. Cela n'a pas dû être agréable pour Franck. Vis à vis de notre hôtesse, ce n'était pas terrible non plus de lui demander le matin où était la machine à laver pour tenter d'effacer cette erreur. Cela fait de nombreuse fois que je le pense: je vais devoir apprendre à me diriger, apprendre à prendre plaisir à me diriger - il est grand temps - pour ne pas me faire trop emmerder par ce petit diable.

Un plouf dans la piscine ensuite puis départ pour Saint-Tropez, pour voir Modigliani. Bouchon annoncé par Martine dès Sainte Maxime. Je décide d'abandonner Modigliani, mais Franck a une meilleure idée: nous nous garons et prenons le bateau. Est-ce la gueule de bois? Est-ce Modigliani qui m'a ramené dans le passé? Cette exposition m'a fait souffrir. Je crois que sa peinture touche une part fragile de ma personne, malade, mélancolique. Même si beaucoup de ses oeuvres ne m'ont pas plu, j'ai vu quelques merveilles: Portrait de jeune femme - 1918, Un Nu assis de 1909 (Modigliani a 15 ans), un Petit garçon roux, triste et grave, ressemblant à Bourvil, un portrait au crayon de Léopold Zborowski (1917), un autre de Picasso datant de 1914 ou 1915.

Fatigue le soir. Sans abuser de rosé, nous avons fait la connaissance nouveau arrivants: Damien et Delphine et leurs deux jeunes enfants, Malaury et Florian. Après quelques minutes de stress, j'étais heureux de ne pas coincer. Encore des rires et des échanges intéressants. Et maintenant, il n'y a plus qu'à diriger, décider...

Jeudi 19 août 2010

Encore du monde mardi, une frère de Martine avec sa compagne et ses petits enfants, la fille de Martine qui fêtait ses 33 ans, accompagnée de son nouveau compagnon, un espagnol charmant nommé Ricard. Une belle tablée animée, arrosée. Un tour de pédalo sur le lac l'après-midi pour dégriser. Et le soir, nous voilà reparti. Martine et Delphine ont envie d'aller danser. Et Franck, quand il s'agit d'aller danser, n'est jamais le dernier. Je ne suis pas motivé mais j'accompagne le groupe. Damien fait de même. Nos trois danseurs s'en donnent à coeur joie. C'est la fête. Et au retour - le bar fermant à trois heures - on ouvre du champagne. Delphine retombe sur terre et ne tarde pas à aller se coucher. Martine et Franck restent en l'air. Et moi, qui ai bu autant qu'eux, je m'étonne d'être aussi lucide, aussi peu ivre. Je mets ça sur le compte de mes bonnes résolutions: me contrôler, me diriger. A un moment, j'ai cru que Martine allait finir dans notre lit. Mais non, mon imagination qui m'a encore joué un tour. Elle nous embrasse et va se coucher. Franck veut prendre l'air, fumer une dernière cigarette. Nous faisons le tour de la maison. Il titube et je le soutiens.

Journée calme donc hier après cette soirée. Mon téléphone indiquait 5h30 quand on s'est couché. Je suis allé marcher. Franck, après avoir désaoulé dans la piscine, s'est recouché. J'ai mangé seul et légèrement: une tomate, un peu de saussisson et un verre de rosé. Je me suis connecté ensuite à internet mais n'ai pas voulu aller sur mon blog, Facebook ou lire mes e-mails. Je suis en vacances. J'ai cherché le nom du guêpe très longue et très fine, noire, qui a l'abdomen séparé du reste du corps par un fil d'un centimètre. Bien sûr, aujourd'hui, je ne me souviens plus de son nom - un nom latin. Mais ça m'a fait plaisir de le chercher. Le temps que je choisisse entre Onfray et Sollers, Franck était debout. Et Martine de retour du coiffeurs. Tous les autres étaient en balade pour la journée du côté de Nice. Nous avons décidé d'aider Martine à l'entretien de sa maison. Une lanterne autour de la piscine à changer et le portail à consolider. Cela nous a tenu de bonnes deux heures. Et puis nous avons préparé avec Martine l'apéritif du soir. Une côte de boeuf délicieuse - on mange très bien chez Martine - accompagnée d'un vin espagnol peu à mon goût. Ai retrouvé sans tarder, la bouteille finie, mon rosé favori. Puis nous sommes allés nous coucher avant d'être saoul.