Jeudi 5 août 2010

C'est le début de la vie paisible avec Franck. Ecriture au café pour moi le matin. Un tour au centre commercial pour lui. Il recherche un opérateur et un téléphone. Ceux qu'il a pour l'instant dépendant de l'entreprise qu'il a vendue. Apéritif à midi, puis une bouffe légère, arrosée d'une demi bouteille de rosé - je vais essayer de ne plus avoir mal au crâne. Une sieste digestive. Trente minutes pour moi, un peu plus pour lui. Pas de câlin. Piscine à Villiers sur Marne. Une demi-heure. Un kilomètre. Un coup de pied aux fesses ensuite pour faires mes comptes. Ca va. Mais je dois rester raisonnable si je veux être en mesure de payer les réparations de la voiture, obligatoires suite au contrôle technique, le pot d'échappement et une jante. Il y a la couronne que j'ai perdu il y a quelques mois aussi. Si je ne veux pas avoir la dentition de Léautaud à 55 ans, c'est-à-dire plus de dents, cet investissement est plus que nécessaire. Trois cent euros. Et peut-être autant pour la voiture. J'ai prévenu Franck pour les vacances que l'on va passer ensemble en août que l'on paiera chacun sa part, jusqu'à ce que je ne puisse plus. Il a regardé la télé l'après-midi, Nestor Burma, et moi, après les comptes, je me suis occupé des e-mails et de Facebook. Voilà, j'avais fait tout ce que j'avais à faire et il était l'heure de l'apéro. Parfait timing. C'est ce que j'appelle la vie paisible, rythmée, qui me fait du bien. Nous n'avions pas à traîner parce qu'à 20h30, dans le merveilleux cinéma du centre ville, nous allions voir Tamara Drew.

Vendredi 6 août 2010

Encore une journée paisible hier. Franck est parti à Augers pour s'occuper du courrier. La boutique a beau être vendu, il reste des choses à traiter, à classer. Il devait s'occuper du jardin aussi. Tonte, mauvaises herbes dans les massifs de fleurs pour que tout soit propre - en partie pour séduire d'éventuels acheteurs. Moi, j'ai gardé mon rythme. Ecriture au café puis courses puis banque pour mon Ex - qu'elle puisse disposer de l'argent de la pension que je verse pour mon fils (je suis gentil, arrangeant) puis Speedy pour leur demander un devis pour le pot d'échappement, mais ils étaient trop occupés, ils m'ont demandé de revenir lundi. Un apéritif, un seul, une bouffe toute simple: du riz, comme en vacances avec mon fils - cela simplifie bien les choses. Trente minutes de sieste méditative - sans dormir. Cela m'arrageait bien que Franck ne soit pas là. Je me sentais plus libre pour répondre à l'amour de ma vie (j'avais 20 ans) qui m'avait demandé des nouvelles il y a quelques jours par l'intermédiaire de Facebook. Je l'avais appelée du temps que j'étais encore marié un soir que j'étais saoul. Elle m'avait jeté. J'ai su plus tard qu'elle avait eu des déboire avec un hommes qui buvaient. Deux filles, deux pères avec des problèmes d'alcool. Il y a 25 ans c'était moi. On buvait pas mal tous les deux. Je suppose qu'elle attire ce genre de personne. J'en saurai plus quand elle me répondra. Aujourd'hui peut-être. J'ai donc pris mon courage à deux mains et je lui ai écrit ceci:

"Je m'y mets et, pour ne pas trop me perdre, je vais commencer par aujourd'hui. Ensuite, si j'ai le temps (et l'envie) je remonterai un peu dans le passé.

Je suis avec un homme depuis une année (Franck). Début septembre, dans moins d'un mois, nous emménagerons ensemble. Ca fait bizarre. Il y a un peu plus d'un an, d'un commun accord, on se séparait avec Isis (une histoire d'une annnée). C'était ce qu'on avait de mieux à faire. Seulement, alors que je ne m'y attendais pas, je me suis retrouvé attaché. J'ai mis un an à l'oublier. Parce que je suis malfoutu au niveau des sentiments, de la sexualité. Je suis complexe et j'ai souvent du mal à me suivre. Bref, après cette rupture, je cherchais une nouvelle copine - et aussi un nouvel amant parce que celui que je voyais ne me convenait plus. Et je tombe sur Franck! On s'entend bien. On tente l'aventure. Il a une grande fille de 20 ans, un garçon de 16. Le mien, Charly, a 12 ans. Les femmes me manquent mais je sens que ce n'est pas le moment de combler ce manque. Avec un peu de chance, nous tomberons un jour sur une coquine à qui cela fera plaisir de faire l'amour avec deux hommes. En attendant, ceinture. Avant, j'ai eu une relation de trois années avec une femme plus jeune, après mon divorce. On est resté ami. Elle fait partie de ma famille maintenant. C'est pendant cette relation que je me suis mis doucement a accepter ma bisexualité. Mais je n'avais pas envisagé de me mettre en ménage avec un homme! Divorce heureux, nécessaire en 2004. J'ai gardé de bons rapports avec mon Ex, et avec mon fils évidemment, avec son nouveau mari (que je lui ai d'ailleurs présenté en 2003) et leur petit garçon qui a trois ans et demi maintenant. Avant, j'étais en dépression (et en psychothérapie). Et encore avant, c'était toi, c'était nous. Il y a eu Sophie et Florence aussi, mais je ne vais pas tout détailler. J'ai bien souffert de notre séparation. Toi aussi je suppose. J'étais à côté de mes pompes. Pour essayer de m'y retrouver, je ne sais pas si j'ai bien fait, je ne le saurai jamais, j'ai dû me couper de mon passé pour essayer de repartir à zéro. Ca m'a bien fait souffrir de me couper de tout et de tous, mais c'était nécessaire, c'était la solution que j'avais trouvé pour démarrer une nouvelle vie, la vie d'artiste à laquelle j'aspirais. Je ne sais pas si tu te rappelles que je voulais écrire quand j'ai décidé de mettre un terme à ma carrière de gymnaste pour mener une vie d'artiste. Eh bien, ça ne m'a jamais lâché. J'écris. Autant pour me faire du bien (m'équilibrer) que pour faire une oeuvre d'art. Il s'agit d'un journal. Ma vie est un prétexte pour écrire sur la vie. Je suis mon propre sujet, héros ou anti-héros de ce long livre qui se terminera à ma mort. Commercialement, c'est pas gagné. Mais je ne me désole pas. Je me sens progresser chaque année, voire chaque mois, et cela m'encourage. Un truc me tient à coeur et me motive. C'est que, si je veux réussir, au niveau littéraire, je vais devoir être excellant, et même plus. Parce que, vu ce que je fais, si je ne suis pas excellant, cela n'intéressera personne. Je trouve que c'est un beau défi, un beau pari, qui donne du sens à ma vie. Accessoirement, comme je l'ai déjà signalé en parlant d'équilibre, cela m'aide à m'y retrouver, à m'accepter tel que je suis: anxieux, instable, avec des hauts et des bas relativement marqués. En exagérant un peu, j'ajouterais que je ne suis pas doué pour la vie, une sorte d'inadapté. Bref, toutes les qualités qu'il faut pour être un bon artiste.

Pour finir, je sais que la vie n'a pas été douce avec toi non plus. Si tu veux m'en dire un mot, ce sera avec plaisir que je t'écouterai.

J'espère que tu vas bien, que les années difficles sont derrière toi.

Au plaisir à mon tour d'avoir de tes nouvelles."

Après avoir écrit cela, j'avais quelques heures devant moi avant l'arrivée de Franck. Je me suis souvenu que j'étais tombé par hasard en écoutant la radio dans ma voiture sur Sollers (peu de temps avant d'arriver à Rocamadour) et puis plus récemment sur Michel Onfray - que l'on entend chaque été refaire l'histoire de la philosophie sur France Culture - sa fameuse contre-histoire de la philosophie que je respecte infiniment. J'ai donc écouté la première émission, datée du 26 juillet. Et ensuite j'ai écouté le début de Sollers. Le début seulement parce que Franck est arrivé. Concernant Sollers, je tente de découvrir qui il est derrière ses multiples masques. Pour l'instant, j'en reste à cette formule: un être très intelligent, qui a compris beaucoup de chose, et qui est triste la plupart du temps à cause de ces choses. En tant qu'écrivain, je le crois moins bon que ce qu'il pense être, mais pas maladroit pour autant, seulement un peu fade (à mon goût) parce qu'il écrit avec sa tête et pas avec son coeur ou son âme - si ces deux choses existent. C'est mon opinion pour l'instant, mais elle peut changer. C'est pour ça que je l'écoute. Pour Onfray, mon opinion est déjà faite: sa contre-histoire de la philosophie est un joyau et il sera reconnu longtemps pour ça. Par contre, en tant que philosophe, il ne m'intéresse pas. Je préfère les olibrius dans mon genre, ou dans le genre de Cioran, Niezsche, Voltaire, Montaigne... Vous voyez le genre...

J'avais une dernière chose à raconter concernant la journée d'hier mais je n'ai pas le temps. Nous avons décidé cet après-midi d'aller faire une visite à Léautaud - à sa maison et à ses compagnons qui dorment sous la terre. Et il est temps. Je vous raconterai la suite demain.