Avec Franck dans les Alpes
Par sanieptia le dimanche 25 avril 2010, 13:27 - Journal - Lien permanent
Dimanche 18 avril 2010
Poésie:
Les Bordelais aiment aller au bord de l'eau. Ils disent que c'est meilleur que d'aller au bord du lait. Mais, ce qu'ils préfèrent par dessus tout, c'est encore d'aller au bordel.
J'ai revu la tombe d'Albert il y a quelques jours. Peu après son enterrement, j'avais cru qu'il était pauvre et qu'en conséquence il avait une tombe de pauvre, c'est-à-dire sans pierre tombale, seulement un rectangle de béton. Je me suis trompé. Il a une très belle tombe maintenant. Peut-être la plus belle du cimetière puisque la stèle (ou tête de lit) est en forme d'arbre.
Je suis à Bernex depuis hier après-midi. Un cadeau de Franck plus réussi que notre sortie à Etretat. Une belle vallée à l'est d'Evian et du lac Léman. Un superbe chalet au pied du mont César avec une vue imprenable sur le village, la dent d'Hoche et les sommets enneigés au sud. A notre gauche, le mont César, contrairement aux grosses dents d'Oche, il est constitué de multiples crocs.
Peu après nous être installé au chalet, hier, vers 17h30, et avant de ressortir, j'ai provoqué Franck. Je lui ai proposé un câlin coquin. J'en avais envie. Ce nouveau lieu me libérait. La veille, une fois de plus, au château, j'avais été froid avec lui, presque distant (diverses circonstances m'y avaient encouragé: pas d'alcool ni de cigarettes, deux journées chargées jeudi et vendredi, spectacle vendredi soir, on ne s'est retrouvés qu'à 23h30, donc pas les meilleures conditions pour moi pour être détendu). Après nous être collés l'un à l'autre, debouts, en peignoir, je me suis assis sur le rebord du canapé et lui ai demandé de me sucer en se mettant à quatre pattes sur le tapis. Je lui caressais le dos, le cou et les épaules, et j'ai failli jouir dans sa bouche. Il faudra que je le fasse un jour parce que c'était vraiment bon et que ce serait bête de se priver de ce genre de plaisir. Je lui ai demandé ensuite de se relever et de me planter sa bite dans la bouche. Il m'a baisé ainsi un bon moment. Puis je lui ai demandé de me prendre. C'est moi qui était maintenant à quatre pattes sur le tapis, puis debout, appuyé contre le canapé. Il a voulu me lécher le cul mais je ne l'ai pas laissé faire longtemps. J'étais trop impatient d'être pénétré. Je lui ai dit que je le lui redonnerai tout à l'heure, ce soir, mais que maintenant, il fallait absolument qu'il me prenne. Et il m'a pris. Et ce fut un bonheur aussi bien pour lui que pour moi.
Un salon clair, vitré, en relation avec la nature. Un tapis clair sur le sol avec mon sperme par dessus. Tout cela était bien mieux que sa chambre sombre du XVe ou mon lit bruyant situé juste au dessus de la chambre d'Eszter.
Mardi 20 avril 2010
Je sentais ce matin que j'avais des choses à écrire, mais je n'ai rien écrit. J'ai lu deux pages de Léautaud qui m'on fait beaucoup de bien. Ensuite, pour me mettre en jambes, j'ai corrigé quelques jours de novembre 2009 (nous ne sommes plus ensembles avec Franck et j'ai l'impression de commencer une nouvelle vie). Puis, angoisse d'écrire et une grosse envie de cigarette, pour compenser je suppose. Au lieu de lutter, de me mettre à écrire ce qui me passe par la tête et d'oublier cette envie, je sors fumer une cigarette sur le balcon et je regarde les nuages, les montagnes et le village, les oiseaux, leurs mouvements et leurs chants, les moutons en contre-bas avec leurs délicieuses cloches tintinabulantes. J'ai décidé, pour m'autoriser cette cigarette, de faire comme Franck, c'est-à-dire de m'acheter des patchs pour ne pas trop fumer. J'ai imaginé aussi que nous pourrions boire ce midi et faire un gros câlin cet après-midi. Bref, j'ai craqué. J'en ai eu marre de lutter contre la cigarette et l'alcool.
Depuis ma bonne résolution de ne plus boire (il y a neuf jours, le dimanche 11) je n'ai pas bu. En tout cas pas comme avant. Nous buvons ici du vin rouge de qualité et en petite quantité (du vin que Franck a sorti de sa cave de Provins). Suffisamment peu pour ne pas ressentir d'ivresse. C'est une démarche nouvelle pour moi, pour tenter de changer de comportement vis à vis de l'alcoo, ne plus profiter de l'alcool pour aller ailleurs, rester la personne que je suis à jeun, oublier l'autre, celle qui fuit, celle qui a peur, celle qui est angoissée, celle qui se fait du mal à force de ne pas affronter la réalité.
Pour ce qui est de ce que j'avais à écrire, c'est à dire l'évolution de ma relation avec Franck (j'y ai pensé en fumant sur le balcon) et notre merveilleuse journée de ski hier à Châtel, ce sera pour une autre fois.
Sur le balcon, en regardant une voiture grimper les lacets, je pensais au bonheur matériel que je pourrais avoir avec Franck. Le cabriolet qui allait se transformer un jour en une voiture neuve et confortable nous plaisant à tous les deux, complètée par un deux roues à trois roues nous permettant de gagner du temps sur certains trajets. Je ne suis pas habituellement porté sur les avantages matériels, mais là, cela me faisait envie. Et c'est de cela que je devais parler ce matin dans mon journal et qui me dérangeait: de mon avenir avec Franck, sur un autre plan que l'aspect matériel - envisager le côté matériel me dérangeait peut-être moins que le reste... Car je suis heureux ici avec lui. Je me sens bien et cela me fait peur. J'ai toujours du mal à envisager une relation homosexuelle. A m'envisager moi comme homosexuel. Pourtant je m'aperçois que je me retiens souvent d'avoir pour lui des marques d'affection. Je n'ose pas l'embrasser par exemple, le prendre dans mes bras mais j'en ai régulièrement envie. Je m'autorise quelques caresses maladroites, peu sensuelles, sur ses fesses par exemple. Je pense que cela me dérange moins que des gestes plus chargés d'affection.
Jeudi 22 avril 2010
Je suis décendu au café à 10h45. A midi et demi, je me suis fait viré. Le patron de ce minuscule café tabac devant fermer pour aller déjeuner. Je n'ai rien écrit. J'ai poursuivi ma lecture de l'introduction de la correspondance choisie de Voltaire, achetée hier à Ferney (La Pochothèqure, Le Livre de Poche, Classiques Modernes). Et ensuite j'ai poursuivi la correction de novembre 2009. Et je me suis pris au jeu au point de la terminer. Voilà, j'en aurai bientôt fini avec les corrections. Il ne reste plus que décembre 2009. Parce qu'ensuite, le reste a été corrigé au fur et à mesure - pour le faire lire à Franck.
Je suis au chalet et je n'ai plus le temps d'écrire. Bientôt, il sera l'heure de manger et de promener. Autour d'un lac de montagne aujourd'hui, je crois. Cependant, je tenais à signaler une fois de plus que j'étais heureux avec Franck. C'est ça que je voulais développer hier et aujourd'hui, mais ce sera pour une autre fois. Nous occupons parfaitement notre temps depuis samedi. Une belle promenade autour du mont César dimanche, sportive, qui nous a préparé les cuisses pour la journée de ski du lendemain. Repos mardi. Ecriture le matin et sexe l'après-midi, une promenade à Evian pour acheter un cadeau à la plus jeune des filles de son neveu chez lequel nous allions diner ensuite. Un début de coucher de soleil à Thonons les Bains avant d'aller dîner. A Saint Paul. Un couple charmant avec deux grandes filles de huit et dix ans et une petite de six mois. Une merveilleuse journée à Ferney hier dont je ne sais si je pourrai la détailler. Toujours du bon vin et de la bonne nourriture. C'est idéal ici. Presque idéal. Parce que l'idéal serait que je passe toutes mes matinées à écrire.
Vendredi 23 avril 2010
Ferney. Pas grand chose à en dire. Sinon que cela nous a paru bien miteux par rapport à la grandeur du bonhomme. L'explication est simple. Le domaine a été acheté par l'Etat seulement en 1999. Ensuite, en 2002, un premier projet a échoué. Ajoutez à cela toutes les complications du genre qui paiera quoi entre le département, la région et l'état qui ne vont pas s'améliorer avec les réformes en cours. Cependant, c'est en bonne voie. Voltaire est un personnage trop important pour qu'on laisse sa dernière demeure à l'abandon. C'est là qu'il a passé les vingt dernières années de sa vie, là où il a écrit Candide, où il a mis en application ses théories d'organisation sociale, là où il s'est fait roi en quelque sorte (et c'était, je crois, inconsciemment son ambition. S'il était né avec du sang bleu jusqu'où serait-il allé?) d'un tout petit pays: la seigneurie de Ferney.
Nous avons très bien mangé le midi, dans un restaurant gastronomique. La visite a été menée tambour battant ensuite par une conférencière hors pair. Peut-être un peu trop rapidement. Mais il y avait la télé, Arte, et peut-être que cela a joué. S'ils ne nous oublient pas, nous serons informés de la date de passage du reportage.
Depuis, je lis les lettres du grand homme. Il a 17 ans quand commence le livre et, assez vite, à 22 ans, il est déjà en exil à Sully sur Loire, parce qu'il n'a pas choisi le bon camp parmi les puissants et s'est permis quelques moqueries à l'encontre du duc d'Orléans, régent du royaume de Louis XV. Moqueries que le jeune roi n'oubliera pas.
17h30, je viens de finir la correction de décembre 2009. Fin d'une époque puisque maintenant je corrige au fur et à mesure. Ai arrosé ça avec un whisky sur le balcon du chalet, au soleil, avec Franck. C'est notre dernier jour ici. Franck va aller acheter du fromage et ensuite nous irons marcher une heure avant d'aller au restaurant. Il semblait un peu triste hier sur le port de Thonons. Nous avions prévu de manger en regardant le soleil descendre sur le Jura. Hélas, un gros nuage a bouleversé notre soirée. Le soleil était derrière et il faisait froid. Après un Coca pour moi et un Perrier pour lui, nous avons décidé de rentrer dîner au chalet. Un bon repas, des côtelettes d'agneau et des pommes de terre grillées, arrosé d'un délicieux Chénas.