Prisonnier au berceau - Christian Bobin - Mercure de France

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"Un grand livre clair brûle en silence sur ma table: L'ange qui boite. Tout le temps dehors, préservé de rien, son auteur, le poète Jean-Marie Kerwich, a eu une vie exactement contraire à la mienne: rien donc ne nous sépare. Les ronces des grands chemins et la dent des hommes mauvais ont ouvert son âme de gitan à l'adorable fragilité du ciel. Il n'a pas plus que moi choisi sa vie. Le soleil qui est dans sa poitrine donne une lumière qui l'isole des autres hommes. La grande intelligence lui est tombée dessus dès la petite enfance: au Canada où il passait avec son père il a connu les impériales forêts d'érables. La maîtresse demanda aux élèves d'écrire un poème. Il écrivit: "Les feuilles d'automnes sont si belles que je ne comprends pas pourquoi mes camarades marchent dessus." Pour celui qui vagabonde sous la lune comme pour celui qui reste sur sa chaise, "ici" est le nom de tous les miracles."