Lundi 7 décembre 2009 - 07h40

Michael Kenna avec Franck samedi après-midi. J'ai été déçu par rapport à ce que j'avais vu dans Télérama, puis sur internet. Je m'étais dit que j'allais les photos du siècle mais elles étaient toutes petites (20 x 15 cm environ). Heureusement, cette déception fut compensée par leur immense qualité, leur immense beauté. Cependant, au fur et à mesure que j'avançais dans l'exposition, quelque chose me dérangeait, me mettait mal à l'aise presque. Ces photos (certaines d'entre elles) était si belles qu'elle en devenaient irréelles. Comme de la peinture hyper réaliste, des illustrations futuristes. C'est devenu flagrant quand j'ai été ébloui par un groupe de tournesols fanés et perdus dans la neige. Du grand art, vraiment. C'est l'impression que j'ai eue au début. Mais, bizarrement, au bout de quelques secondes, la magie avait disparue. Je ne voyais plus qu'une belle image, quelque chose d'un peu iréel et planant. J'étais extrêmement frustré de ne plus voir (ressentir) la réalité de la neige, des tournesols de l'espace tout autour, du ciel et de la terre. Il n'y avait plus devant moi que la photo d'un photographe ayant atteint une forme de perfection. Je trouvais désormais cela sec et sans intérêt. Sans vie. Une image froide en deux dimensions.

Quand il m'arrive de voir des oeuvres comme cela, qui ne me plaisent pas finalement, j'évite de dénigrer l'artiste et préfère dire que son art ne me convient pas. Et, si l'on veut savoir pourquoi, je réponds sobrement que cela me semble trop beau pour être vrai, et qu'en conséquence, pour moi, cela fait toc. La vie a disparue au profit d'une trop grande recherche esthétique. La forme a bouffé le fond - et tout le reste. C'est devenu vide, creux, une beauté pleine de néant.

Bouffée délirante hier à la patinoire. Je me voyais avec le prix Goncourt 2010 ou 2011. Vais exprimer tout cela par écrit pour Franck - qui est concerné par le projet. Puis oralement ce soir quand je l'appelerai. C'est prévu entre 21h et 21h30.