Vivre, toujours amoureux d'Isis, deuil
Par sanieptia le dimanche 21 juin 2009, 13:13 - Journal - Lien permanent
Mercredi 17 juin 2009
Depuis que j’ai eu cette bonne idée : « vivre ». J’essaie de « vivre ». Et non plus d’organiser mes journées pour ne pas m’ennuyer. Pour l’instant, ça marche.
Je m’occupe de mon nœud de vipère, y suis attentif, et, quand il me fait souffrir, essaie de le séparer d’Isis, de le dissocier de cet amour que j’éprouve pour elle.
Je me dis aussi que si la vie n’est pas plus drôle, une fois débarrassé de cette merde, je ne vais vieillir beaucoup. Mais nous n’en sommes pas encore là, il faut guérir d’abord.
21h30
Ai failli envoyer ce sms à Isis :
« Tu me manques. Mais tu es l’expression de ma maladie. Et je veux guérir ».
Ce qui m’a fait me retenir de le lui envoyer est la douleur que j’aurais ressenti en n’ayant pas en retour de signe de sa part, ni par sms, ni autrement.
Jeudi 18 juin 2009
Sur les conseils d’un ami, j’ai appelé la mère du jeune homme qui s’est tué il y a un an. Il m’avait dit qu’elle gardait de la colère contre moi.
Je l’ai laissée s’exprimer. Elle m’avait trouvé lâche parce que, quelques mois après l’accident, alors qu’on aurait pu se voir, je n’étais pas allé vers elle. J’avais laissé faire le hasard. Si je me retrouve près d’elle, m’étais-je dit, je lui dirai bonjour, et lui parlerai. Je l’ai vu à vingt mètres, ai pensé que l’on se croiserait plus tard, mais ça ne s’est pas produit. Cela ne m’a pas fait plaisir de me faire traiter de lâche, mais je n’ai pas répondu. J’ai senti que si je le faisais, j’allais devenir dur, cynique, et peut-être méchant. Et ce n’était pas le moment. C’était l’anniversaire de l’accident le lendemain. Je lui ai expliqué le plus simplement et le plus gentiment du monde comment j’étais, timide, renfermé, solitaire, peu en relation avec les autres, que j’avais appris à vivre comme ça, que cela pouvait expliquer ma distance, ma froideur dans ces circonstances. Et puis, je lui dis la situation stressante dans laquelle j’étais quand on aurait pu se revoir, se parler. Encore une fois, vu comment j’étais, ce n’était pas étonnant que je ne sois pas venu à elle. Il n’y avait aucune lâcheté là-dedans. Mais je ne l’ai pas dit, parce qu’elle m’énervait et parce que je voulais rester gentil. Je pense qu’elle oubliait que tout le monde avait dû faire le deuil à sa façon, et que, si elle avait eu besoin de voir beaucoup de monde, de parler à beaucoup de monde, ça n’avait pas été mon cas. On est comme on est, avais-je envie de lui dire, désolé d’être comme je suis. Elle me disait que son fils lui avait parlé de moi en termes élogieux et qu’elle ne comprenait pas comment j’avais pu être si différent après son décès - lâche, pas à la hauteur. Et pourtant, je suis resté le même, chère Madame (bien sûr, encore une fois, je n’ai pas dit ça). Son fils m’encensait. Ce sont ses mots. Cela m’a fait plaisir ! Car je ne le savais pas. Celui qui n’est plus ne me l’avait jamais dit, ni montré, et j’ai été agréablement surpris de cette révélation. Peut-être parce que c’était un « taiseux », comme moi, et parce qu’on avait échangé de belles choses sans se dire beaucoup de mots. Je ne connaissais pas sa mère avant son décès, et je n’avais pas eu envie de la connaître après. Ce devait être ça le problème. J’avais été en relation avec lui, je lui avais dit au revoir à l’hôpital, alors qu’il était déjà mort dans un corps encore vivant. J’avais fait mon deuil comme j’avais pu, seul surtout, mais aussi avec l’aide de quelques proches. Pour moi, l’affaire était entendue et, me connaissant, je ne pouvais être d’aucun secours pour la mère. Voilà pourquoi elle me trouve lâche, pas à la hauteur. Parce que je n’ai pas voulu, ou pu, participer à son deuil à elle. Et la conversation téléphonique ne va pas me faire changer de position : cette personne ne m’intéresse pas. Pour faire bonne figure, être poli, sociable, je ferai le chemin jusqu’à elle si l’on se recroise, et nous échangerons quelques mots. Mais ça n’ira pas plus loin.