Lundi 27 avril 2009 – 17h00

Je viens de voir Isis – on a passé l’après-midi ensemble - et ça ne s’est pas du tout passé comme prévu.

Je l’ai rejoint chez elle et nous avons mangé ensemble - ça, s’était prévu. Mais elle ne voulait plus aller à la piscine. Elle préférait la verdure. Nous sommes allés nous promener au bois de Vincennes. Ni l’un ni l’autre n’a fait un geste pour se rapprocher. On a parlé, de choses et d’autres, et il a eu aussi beaucoup de silences. Notre histoire n’est pas morte, mais en veilleuse. Elle m’a dit qu’elle n’avait pas accès à moi. Moi, je pense qu’il n’y a pas de place dans sa vie pour un homme. Elle sera donc mon amour platonique. Et, si un jour elle a envie de moi comme amant, elle me le fera savoir. En attendant, ce sera ciné, promenade, piscine, etc.

Après ma cuite magistrale vendredi, mon samedi alcoolisé, j’avais envie de parler d’alcool.

En fait, vendredi, il y a dix jours, j’avais déjà réagi dans ce sens : arrêter. Je n’avais pas bu une goutte pendant deux jours, vendredi et ni samedi. Et j’avais prévu de continuer mais nous allions chez mes parents. Si mon père ouvre de bonnes bouteilles, m’étais-je dit, je boirai un peu, et, s’il sort son pinard ordinaire, je boirai du coca. Mon père a ouvert de bonnes bouteilles et j’ai bu un peu. Le lundi soir, je n’étais pas bien et j’ai donc continué à boire, un peu, un peu le midi et un peu le soir. A mon retour, le mercredi, vous le savez, cuite chez Antoine, au Jack Daniel’s (parce que j’avais le ventre vide). Pas trop d’alcool le jeudi soir. J’étais déjà ivre de bonheur d’avoir revu de près Isis. Mais quand je suis allé récupérer mes clés chez Antoine le soir, encore un grand verre de Jack Daniel’s. Le vendredi, vous le savez, grosse cuite avec Bruno. Le samedi, à jeun, deux bières en début d’après-midi puis un rosé en mangeant au resto. Une bière avant Wittgenstein et une après. Et ensuite, je m’arrête au bistro, pour en boire deux ou trois afin de bien dormir. L’ambiance est bonne, animée, on se paie des tournées et je fais la fermeture. Sans être trop défoncé. C’est dans ce café, en sirotant mes bières, en me saoulant, que j’ai vraiment décidé d’arrêter.

Pas une goutte dimanche. Pas une aujourd’hui. Et je n’en souffre pas. Parce que, contrairement à d’habitude, je ne cherche pas une combine pour boire un peu, « comme tout le monde », raisonnablement, sans risquer de me laisser prendre à un moment ou à un autre, et de perdre le contrôle. Maintenant, les choses sont simples, c’est « PAS UNE GOUTTE », quelque soit l’occasion. Cela pour prendre un nouveau départ, voir ce que ça fait, comment je réagis. Jusqu’à présent, j’ai toujours voulu aller mieux, ne pas me laisser avoir par l’alcool – ce qui n’a pas empêcher plusieurs dérapages – mais je me rends compte aujourd’hui que l’alcool m’affaibli, me fait retomber ou me maintien tout simplement dans un mauvais fonctionnement. Alors que je dépense 200 euros par mois en psy, que je médite, que je fais des efforts… Ce n’est pas raisonnables, ces efforts ruinés par l’alcool. Un pas en avant, deux pas en arrière, c’est l’impression que j’ai.

Ce qu’il reste dans mon carnet :

Vendredi

A l’extérieur du café, un mec me matte quand j’arrive, de loin, dans la rue. Un mâle portugais, style hétéro pur sucre. Un peu plus tard, pour attraper le journal, je dois le déranger. Et, au lieu de se déplacer de cinquante centimètres pendant une seconde, il s’éloigne de deux mètres, va vers la porte, et y reste un bon moment. Avant de se réinstaller. Je crois qu’avec ma nouvelle veste – acheté ce matin après avoir vu la blonde – sport, classe, sexy, gay-style, je lui ai fait peur. Ou plutôt, il a eu peur de sa propre homo ou bisexualité.

Samedi

Depuis que j’ai décidé de ne pas vivre vieux, je me sens plus détendu.

Dans le métro, après Wittgenstein, à 21h30, j’ai recopié ça : « J’aurais aimé que nos chemins se croisent autant que nos regard… Benoît Houles – Toulouse ».

Puis j’ai eu envie d’écrire à Isis mais je n’avais pas mon portable.

« Je suis désemparé. J’ai hâte de me baigner avec toi. »

« L’idéal, à partir de demain, serait que j’arrête de boire. De cette façon, j’aurais une chance de m’en sortir. »

« Je crois que je vis de grands changements. Grâce à toi, à cause de toi, peu importe. J’espère que nous resterons ensemble. »

« Dans le métro, j’ai vu un grand ado heureux d’être avec son ère. J’ai été jaloux. J’aurais aimé avoir une relation comme ça avec le mien. »

« J’ai vu aussi, à Chatelet, un con qui se laissait emporter à reculons par l’escalator en souriant à sa petite fille qui paniquait en bas. Il est redescendu par l’escalator juste à côté et a retrouvé sa fille. Je n’ai pas trouvé ça drôle. Et je pense que la petite fille n’a pas trouvé ça drôle non plus. »

« Wittgenstein au Théâtre de la Cité Internationale. Au bout d’une heure, il y avait une pause. Je suis parti. »

« L’alcool me fragilise. Ca commence par l’angoisse, l’inquiétude que les choses se passent mal, ou que je perde quelque chose. Le sexe prend le relais ensuite, les pensées sexuelles, et sûrement libère dans mon corps des éléments chimiques qui calment – ou masquent un moment – l’angoisse. »

« Si je ne veux pas transformer en pilier de bar, il est temps que j’arrête de boire. »

« L’alcool est un menteur, un séducteur. Il me fait croire qu’il m’apaise, me fait du bien, alors qu’en réalité il me fragilise, décuple l’importance de mes problèmes intérieurs. »

« Isis est la femme de ma vie. Si je ne veux pas rater ma vie, je dois faire attention à cette relation. »

Voilà, je suis à jour.

Des courses maintenant, une promenade – la même qu’hier, méditative et anti dépressive - un DVD emprunté à Isis et ça ira très bien. Demain, il fera jour. Et cela fera déjà deux jours sans alcool.