Zéro Bière, coiffeur, blonde, dans la brume électrique, libertinage, littérature, lettre à Isis
Par sanieptia le dimanche 19 avril 2009, 09:12 - Journal - Lien permanent
Samedi 18 avril 2009 – 12h15
Mon coiffeur m’a demandé d’attendre vingt minutes, et la belle blonde m’a souri d’une façon qui va peut-être me donner le courage de lui demander, de vive voix, et pas en lui écrivant sur un bout de papier : « j’ai l’impression que je vous plais. Vous seriez gentille de me dire si je me trompe ou pas ». Du coup, j’attends au café en écrivant ces lignes.
Objectif Zéro Bière atteint hier. J’ai souffert un peu de ce fameux manque d’amour mais pas trop. Ce que j’ai écrit sur le sujet m’a fait du bien, m’a aidé mieux comprendre ce qui se passe en moi, m’a aussi donné l’énergie et la volonté de m’en tenir à mon objectif : Zéro Bière. Le cinéma à 17h m’a bien aidé aussi. Dans la brume électrique. J’ai trouvé le film très moyen. En exagérant un peu, tout ce qui m’a intéressé, ce sont les belles images qui m’ont montré ce qu’était un bayou en Louisiane. Vous comprenez pourquoi j’aime bien Thalassa. Parce que je me perdre dans ses paysages, m’y promener, traverser l’écran. J’ai trouvé Tommy Lee Jones très moyen, limite pas bon, robotique. Par contre, j’ai trouvé le méchant extra. Mais ça ne suffit pas pour faire tenir un film. Le méchant, c’est John Goodman – tiens, c’est marrant : méchant/goodman. J’ai craqué bien sûr pour la femme du héros : Mary Steenburgen, ravissante quinquagénaire. Et ma plaie s’est un peu rouverte. Pour finir, la voix du narrateur façon Mike Hammer semblait venir d’un autre siècle. On en était au XXIe et ça faisait bizarre.
J’avais pas mal de temps ensuite, mais il était hors de question d’aller au bistrot. J’avais prévu : dîner, méditation, lecture. Mais j’ai été dérangé. En jetant un œil sur le site libertin où je suis inscrit, alors que je buvais un Coka en guise d’apéritif et regardais la télé, j’ai vu que j’avais un e-mail. L’homme d’un couple, couple que je n’ai pas encore rencontré mais avec lequel je suis en relation, m’avait écrit ceci :
« Ok, je te téléphonerai dans la soirée si cette possibilité se concrétise. Je ne promets rien. Ma copine veut que je dîne chez ses parents (appart vide), et j'aimerais lui faire une surprise, que ce soit comme si je lui apportais « le dessert ». Je pensais convoquer également un ou deux autres hommes rencontrés sur le site. Es-tu d'accord sur le principe ? Encore une fois, je devrai confirmer au dernier moment. L'idéal serait que vous soyez synchro pour arriver ensemble, vers 23 h. Je l’aurai un peu a chauffée avant. Il faudra être discret à cause des voisins, et parce que ce ne sera pas chez moi. Rapports exclusivement protégés cela va de soi. Comme je sais que tu es bi assumé, je ne garantis pas de participer activement (comme bi), même si j'ai quelques envies et fantasmes de ce côté-là. Par contre, je sais que cela exciterait fort V de me voir faire des trucs avec un autre homme. Alors, on ne sait jamais... Envoie-moi un texto si tu es ok. A ce soir peut-être. PS : ne sois pas déçu s’il ne se passe rien. Ce sera remis à une autre fois. »
J’ai répondu par texto, à 20h10 : « Je viens de lire ton mail avec attention. Je suis ok. Je me tiens prêt. Et ne serai pas déçu si tu n’appelles pas. A + ».
Du coup, changement de programme. Si jamais il appelait, vers 22h, je devais être prêt. Et, même s’il me laissait entendre qu’il ne se passerait probablement rien entre hommes, je décidai de faire les choses bien. Raccourcissement de ma barbe, et épilations de quelques poils égarés, histoire d’avoir un look soigné. Raccourcissement de ma broussaille pubienne, rasage du scrotum et de la base de la verge, au cas où Madame serait une suceuse n’aimant pas se me mettre des poils partout. Enfin, toilette intérieure et extérieure. Je ne sais pas si lui, en tant que bi, est passif, actif ou les deux. Si jamais la soirée devenait un peu folle, mieux valait prévoir. Bref, quand ça a été fait, j’ai repris mon programme prévu. Un plat cuisiné puis méditation.
A 22h15, n’ayant pas de nouvelles, je me suis dit que c’était mort. J’ai continué mon programme et me suis mis au lit avec Sollers.
A 23h42, alors que je dormais à moitié, il m’envoie ce message : « Une autre fois S, désolé. A bientôt ». Auquel j’ai répondu aussitôt parce que je ne m’attendais pas à ce qu’il me fasse signe. J’ai pris cela comme une marque d’attention. Pas déçu le moins du monde, j’écrivis : « Je m’en doutais. Je suis au lit. Y a pas de problème ». J’ai hésité à ajouter « bonne nuit » mais je me suis dit qu’il ne fallait pas abuser.
Insomnie ensuite. Masturbation, cigarette. Et j’ai fini par sombrer.
Note prise vers 17h15, en attendant le début du film hier :
Mon défi :
En parlant de choses ordinaires, de la façon la plus ordinaire, emmener le lecteur dans une dimension métaphysique, voire magique, chamanique.
En tant que lecteur, j’ai connu ça avec Duras (C’est tout, Ecrire), et à de nombreuses reprises avec Bukowski. Ce n’était pas les mots ou les phrases qui étaient intéressants, mais comment derniers agitaient le blanc entre les lignes, lui donnant alors une dimension immense, cosmique, comment ils nous plongeaient dans quelque chose d’impressionnant. Tout l’art est là pour moi, et je pense y arriver un jour.
Le dernier à m’avoir fait ressentir un peu ça est Modiano.
15h35
Lettre à Isis
« Voici un texto qui s’est transformé en lettre :
Si tu te demandes ce que je fais, eh bien, je me déshabitue de toi. Je guéris, j’essaie, parce que cet amour, où plutôt ce manque d’amour, que je porte en moi, est trop encombrant pour la personne qui m’accompagne, surtout - expression que tu affectionnes -, il n’est pas « juste », mais le résultat de névroses et de blessures d’enfance.
J’apprends aussi à ne pas boire, à ne pas fuir mes douleurs. Et la méditation, la volonté aussi de guérir m’aide beaucoup.
Je suis plus dans l’effort maintenant que dans la souffrance. Mais elle reviendra sûrement. J’espère que je ne boirai pour pouvoir la vivre.
Je pense à toi régulièrement. Je n’ai pas envie de t’oublier. Mais je ne veux plus que cet amour - ou plutôt, encore une fois, ce manque d’amour - se fixe sur toi, parce que j’ai d’autres choses à faire de ma vie – commencer ma carrière de libertin, par exemple -, parce que j’ai vécu une belle histoire avec toi, que je ne veux pas gâcher en voulant la prolonger.
Dans quelques temps, quand tu en auras envie, quand j’en aurai envie, cela me fera plaisir de passer un moment avec toi, pour parler. J’en aurai besoin je crois.
J’espère que tu vas bien. Te connaissant, je pense que oui.
Je t’embrasse très fort,
A bientôt, ».