Annick de Souzenelle – 10

Nouvelles Clés N°60

« NC : Mais alors, conseillez-vous des techniques particulières pour y arriver ? En Orient, il y a par exemple les méditations, zen ou autres, les postures du yoga, qui préconisent un chemin gymnosophique, pourrait-on dire, des gymnastiques de sagesse ou des postures de sagesse, pour essayer de toucher du doigt, de l’être devrais-je dire plutôt, le silence qui est en nous et qui est au-delà, justement, du bruit qui nous habite.

A de S : Je vais jusqu’à dire que si les bouddhistes sont venus sur nos terres, ce n’est peut-être pas par hasard, mais pour nous réapprendre tout cela. C’est pour ré-ensemencer un enseignement corporel très, très concret que nous avons perdu. Car il existait, autrefois. Les Pères du désert savaient prendre ces postures. Ils les décrivent. Mais c’est totalement oublié. L’Occident a non seulement coupé tout à fait avec cela, mais il a méprisé le corps. Nous avons vraiment à retrouver ces postures. Il y a donc tout ce travail corporel. Mais il est aussi très important qu’il soit accompagné, pour notre tradition, par la prière. La méditation en est une forme. Mais il a aussi toutes les autres formes de prières, dont l’essentiel est d’être relié à ce noyau divin. Cela dit, je pense que des attitudes corporelles justes nous permettent de recontacter ce noyau, nous donnent la possibilité de nous ancrer de nouveau en lui. A ce moment-là, on découvre une tout autre dimension de notre être, où l’on devient capable des « audaces » dont je parlais à l’instant.

NC : Certains reviennent aux rituels et à la prière, mais beaucoup trouvent que ce sont un peu des vieilles lunes. Peut-être serait-ce différent si on leur expliquait que ce sont aussi des formes de gymnastique mentale. Car prier et chanter aide à faire taire le mental, ce cheval incontrôlable, ce singe fou, comme disent les Orientaux, qui est sans arrêt en train de nous traverser et qu’un adage populaire exprime bien en disant que l’on se noie dans ses pensées. C’est-à-dire que l’on perd toute conscience parce qu’on reste acteur de ses pensées, collé à elles, au lieu d’en être le spectateur distancié.

A de S : Mon professeur de théologie appelait cette sarabande du mental : « La salle des pas perdus » ! Ca va, ça vient dans tous les sens. Faire taire le mental aide à faire advenir cette voie divine qui est là à l’intérieur de nous. C’est là où le désir prend une place extrêmement importante. Désir qui est aussi inscrit dans le nom d’Adam, d’ailleurs. Nous sommes faits de désirs, mais nous avons aussi un désir en nous d’absolu, d’infini. Qu’on va traduire par désir de bonheur, de perfection… Mais aussi, qui va se perdre dans tous les objets de désir mis à notre disposition, que la société d’aujourd’hui nous offre uniquement dans le sens de l’avoir, jamais dans le sens de la verticalisation de l’être. Voilà le drame de notre société. »