Faire de la lumière
Par sanieptia le vendredi 3 avril 2009, 10:32 - Nouvelles clés - Lien permanent
Annick de Souzenelle – 8
Nouvelles Clés N°60
« NC : Vous aimez citer le mot du philosophe Berdiaev qui dit : « L’espèce humaine, en fait, a horreur de la liberté. » Qu’en pensez-vous ? Il est vrai que la plupart des êtres vivent dans une sorte de frilosité intérieure…
A de S : Dans notre situation d’oubli, nous pensons que la liberté, c’est de pouvoir faire ce que l’on veut. Elle est réduite à une liberté de choix. Mais la vraie liberté, ce n’est pas la liberté de consommer, ou de s’amuser, qui sont finalement liées à l’avoir. Mais si je ne sais pas quel est le choix juste qui va me construire, je demeure prisonnière de mon ignorance. Donc, la liberté est intimement liée à la connaissance. Or, l’expérience montre que c’est seulement lorsqu’on entre dans la dynamique du chemin personnel que l’on a à faire que la connaissance nous est donnée. C’est ainsi que l’on fait croître l’arbre de la connaissance qui, encore une fois, n’a rien à voir avec celui du bien et du mal. Le bien et le mal réduisent la vie à des choix, justement : « Ca c’est bien, ça c’est mal, tu as le droit, tu n’as pas le droit. » Nous sentons bien qu’il nous faut passer à un autre paradigme. L’arbre de la connaissance, disions-nous, est celui de ce qui est accompli et pas encore accompli, avec son pôle lumière et son pôle ténèbres, nous dirions aujourd’hui son pôle conscient et son pôle encore inconscient. La question urgente devient donc d’enlever les voiles de cet inconscient, pour faire du conscient, faire de la lumière. Et c’est là que l’on découvre ce qu’est la véritable liberté, si mal supportée par nos semblables. Parce que la liberté, au sens où nous la comprenons ici, dans notre situation d’oubli tellement douloureuse, tellement tragique, cette liberté exige une audace fantastique. Or nous, que faisons-nous ? Nous coupons les ailes à nos enfants ! Et les jambes. Nous ne leur disons pas ce que c’est que cette dimension d’audace. Du coup, ils n’ont aucun sens des mondes invisibles qui sont en eux et à l’extérieur d’eux. Ils ne savent pas à quel point, en témoignant de cette audace, ils seraient portés par des forces formidables, qu’ils ignorent. Personne ne leur a appris, pour la bonne raison, hélas, qu’aujourd’hui, même les soi-disant adultes, pour la plupart, ne le savent pas non plus. Ces « adultes »-là sont les premiers à vouloir être assurés ici, assurés là, assurés partout. Ils n’ont aucune idée de ce que c’est que cette audace. »