Erreur de traduction, la loi du levain
Par sanieptia le mercredi 1 avril 2009, 17:26 - Nouvelles clés - Lien permanent
Annick de Souzenelle – 7
Nouvelles Clés N°60
« NC : Au lieu d’enfermer les jeunes dans leurs peurs (finalement, que faisons-nous d’autre ?), il vaudrait mieux leur apprendre et leur commenter l’adage tibétain qui dit : « Vous qui avez eu la chance de prendre forme humaine, ne perdez pas votre temps. »
A de S : Je ne connaissais pas cet adage, il est magnifique ! C’est exactement ça. Nous avons oublié que nous portons en nous une finalité, que nous avons une vocation intérieure absolument irrépressible.
NC : Beaucoup de jeunes et d’adultes disent souvent : « Mais comment aider le malheur du monde ? C’est impossible. Il nous dépasse incroyablement. Or, la souffrance et le scandale font vendre ! Croyez-vous que les médias soient en partie responsables de cette ambiance délétère ?
A de S : Vous savez bien qu’ils sont eux-mêmes pris dans ce conditionnement , prisonniers de cette situation sociale. Il y a une sorte de psychose collective qui s’intensifie. La plupart des choses superbes, des charismes extraordinaires qui peuvent se vivre aujourd’hui, on n’en parle guère. Pourtant, ils sont nombreux. Mais on n’en parle pas. Quand des jeunes viennent m’interroger sur leur désir d’aider et leur sentiment d’impuissance, je leur dis : « Nous avons certes à aider ceux qui souffrent, dans la mesure où nous le pouvons. Mais si l’on ne se convertit pas soi-même, si l’on ne se retourne pas au-dedans de soi pour faire un chemin personnel, on ne fera pas grand-chose à l’extérieur. C’est seulement dans la mesure où je me construis que je construis le monde. Le monde est en moi. Chaque être humain est unique. Et en même temps, il est toute l’humanité. » Voilà encore un mot extraordinaire en hébreu : ce mot que nous traduisons de façon tout à fait erronée par le « mal » ! Dans l’expression biblique : « l’arbre de la connaissance du bien et du mal », il n’est en réalité pas du tout question du bien et du mal au sens où nous l’entendons habituellement. Cet arbre est en effet « l’arbre de la connaissance de ce qui est accompli et de ce qui n’est pas encore accompli ». L’accomplissement, c’est la présence de cet enfant divin en nous ; l’inaccomplissement, c’est le fait qu’il ne soit encore qu’à l’état de germe. Ce potentiel à réaliser, cet « autre côté » encore latent, si nous le prenons en main pour nous construire nous-mêmes, nous découvrons que c’est la meilleure façon de construire le monde, et en fait la seule. Ainsi, ce mot que nous traduisons par le « mal », le mot ra en hébreu, signifie tout simplement « l’inaccompli ». Comme il n’y a pas de voyelles en hébreu, je peux aussi le prononcer réa. Ce sont exactement les deux mêmes lettres. Et réa signifie : le prochain. Autrement dit, tout cet inaccompli qui est à l’intérieur de moi, tout ce potentiel qui attend que je l’épanouisse, c’est aussi mon prochain. C’est aussi le monde qui est autour de moi. Si je me construis, je construis le monde. J’avais été très touchée dans un livre de Patrice van Eersel, je crois que c’est La Source noire, par un passage où le physicien David Bohm lui dit : « Si l’humanité aujourd’hui ne prend pas conscience qu’elle est « une », elle va vers les plus graves périls. » En effet, si je ne construis pas cet enfant, ce fils intérieur, donc si je me détruis, eh bien, je détruis du même coup la société et le monde. Alors que si je me construis, je construis en même temps le monde. Bien sûr, un jeune va me rétorquer : « Mais madame, à quoi bon tout cela, nous voyons bien que, d’ici à très peu d’années, le monde et nous tous, nous allons vers la mort… » Ici, la seule réponse qui me semble juste est la loi du levain. Je pense que si quelques poignées d’hommes et de femmes acceptent de se faire le levain de l’humanité, celle-ci peut-être sauvée. Dans la tradition chrétienne, on parle du « second avènement », qui est d’ailleurs celui que nos frères juifs attendent aussi. Je dis toujours que nous n’avons pas attendre ce second avènement. C’est plutôt lui qui nous attend. Parce que c’est à nous de faire croître ce divin, cette dimension divine à l’intérieur de nous. Et si nous le faisons, les choses vont se mettre à changer à l’extérieur. Si nous devenons ce levain et l’introduisons dans la pâte humaine, il la fera lever toute entière. Je peux le dire avec une force très grande, parce que je suis tout de même une femme qui a vécu sa vie et fait beaucoup d’expériences : les humains ne se rendent pas compte à quel point les événements extérieurs peuvent être transformés quand on opère la transformation intérieure. Ce qui se joue au-dedans de nous se joue au-dehors. Intérieur et extérieur sont les deux pôles d’une même réalité. »