Annick de Souzenelle – 5

Nouvelles Clés N°60

« NC : Quels sont les mots et les grandes notions de la Bible qu’il nous faudrait d’urgence actualiser aujourd’hui ?

A de S : Ne serait-ce que le nom d’Adam. Puisque Adam, c’est vous, c’est moi. Un premier homme qui aurait vécu il y a des milliers d’années, cela ne nous intéresse que très secondairement. Adam, c’est l’humanité totale. Aujourd’hui, ce mythe, comme d’ailleurs tous les mythes, nous avons à le lire au présent. Le nom d’Adam contient des merveilles. Et avant tout ceci : la présence divine dans le sang. Aleph, la première lettre, c’est le nom de Dieu en tant qu’ « il crée », et « dam », c’est le sang. C’est cette présence divine qui fait aussi battre la sève du brin d’herbe. La vie est vivante. Et dans le nom d’Adam, on peut déceler aussi une vocation de maternité. Il ne s’agit plus à ce moment-là de l’enfant biologique, que seule la femme va porter et mettre au monde. Nous parlons de cet enfant divin, noyau fondateur de notre être, qui nous habite tous en germe et que nous avons à devenir. Quand il nous est dit, dans nos textes, que Dieu a tout créé de rien, ce rien est un vide qui soutient quelque chose comme le zéro soutient toutes les mathématiques. Ce n’est pas « rien ». Mais nous, nous l’avons aplati à notre niveau horizontal et en avons fait le « néant ». Alors que pour les mystiques de la tradition juive, le rien n’est rien d’autre que le premier nom divin. C’est aussi ce que les Hébreux appellent le Tsim Tsoum cette aspiration divine jusqu’au rien, que les Grecs vont reprendre avec la notion de kenosis, cet évidement divin jusqu’au rien. On va retrouver ça dans toutes les autres traditions. Les hindous vont dire : « Tu es cela » et parler de l’ « Atman ». Pour les Chinois, c’est le Tao, etc. On va retrouver ce rien partout. »

« La vie est vivante », je crois bien avoir déjà écrit ça quelque part. Et mon Journal, même s’il est encore peu clair, mal foutu, défend cette idée, tente de partager cette idée.