Annick de Souzenelle – 2

Nouvelles Clés N°60

« NC : En somme, nous avons créé un système monstrueux qui nous dépasse et sur lequel plus personne ne peut reprendre le contrôle. Et nous allons léguer ça à nos enfants !

A de S : C’est tout à fait l’impression que j’ai. L’un de nos problèmes, c’est que le fameux principe de laïcité, dans lequel se sont structurées nos écoles et nos universités, pour fédérateur qu’il soit, ne tient absolument pas compte du principe anthropologique des êtres. Or, pour moi, c’est ce principe anthropologique qui peut redonner du sens. Comment ? En nous resituant dans la perspective de la transcendance de l’être. Mais notre époque refuse cela. On a complètement coupés les jeunes de la conscience d’une transcendance. Du coup, leurs espoirs, leurs désirs ne débouchent sur rien. C’est ce qui, selon moi, explique que des jeunes et même très jeunes vont aujourd’hui jusqu’au suicide, ou s’embarquent dans l’aventure mortelle de la drogue. Personne n’a été là pour leur dire que leur aventure humaine pouvait peut-être avoir un sens. C’est ce que j’ai été amenée à dire, dernièrement, à des parents dont un fils, après avoir fait des études assez brillantes, a tout lâché pour partir. Ils ne savaient pas où il était parti. Alors je leur ai parlé du labyrinthe qu’il est nécessaire pour les jeunes de parcourir, avant d’entendre cette instance intérieure qui les appelle à entrer dans une tout autre dimension, à l’intérieur d’eux-mêmes. Ils m’ont demandé : « Mais notre fils peut-il survivre ? » Je leur ai répondu : « Mais c’est vous qui êtes en état de survie. Lui, il est en train de chercher sa vie. »

Je peux extrapoler ça à la jeunesse actuelle, pour répondre à votre question. Il s’agit de redonner le sens de cette verticalité de l’être dont ils n’ont aucune idée. Ce n’est qu’à partir de là qu’ils vont pouvoir déployer une « audace de vivre ». Je pense en effet que, dans ce contexte, il faut absolument employer le mot « audace ». Alors que dans notre société, au contraire, on les sécurise, on les sur-sécurise, et puis tout d’un coup, on les dé-sécurise ! Ils sont alors perdus, ils ne comprennent plus ce qui se passe. »

Je pense à mon frère aîné qui est parti, justement, pour se reconstruire, trouver du sens.