Samedi 7 mars 2009 – 10h30

Je viens de passer chez Diane pour lui prêter deux Houellebecq. On avait parlé littérature quand avec Isis on était allé diner chez eux – le jour où Julie s’était retrouvée enfermée dans la salle de bain. Diane n’avait pas lu La possibilité d’une île, et je lui avais signalé un autre livre de Houellebecq, que j’avais trouvé très bien, moins connu : Extension du domaine de la lutte. J’avais trouvé ce petit livre très drôle. Très noir et très drôle. L’humour compensant l’univers désespéré et désespérant du livre. J’avais adoré le style de Houellebecq dans ce livre et j’en faisais la promotion ce soir-là.

Diane m’a proposé un café mais j’ai refusé. Elle avait l’air de se réveiller et je ne voulais pas la déranger. Je ne voulais pas non plus être dérangé moi-même par ce que j’avais imaginé la dernière fois lorsque l’on s’était vu. Tout en parlant littérature, immanquablement, j’aurais pensé à d’autres choses.

Pour Isis, j’ai retrouvé dans mes cartons le dernier Modiano. Le meilleur livre que j’ai lu ces dernières années. Et un livre parlant de la sagesse des anciens. Plus celle des amérindiens que des grecs. Un livre que j’ai pris un jour chez mes parents et qui appartient à ma sœur. Un livre que j’ai lu avec bonheur, et qui m’a conforté dans ma philosophie et dans ma démarche artistique, qui va dans le sens de ce que j’appelle « nouvelle religion ».

Cette idée de partager ces livres avec Diane et Isis m’a motivé pour ouvrir mes cartons. Depuis le temps que je pensais qu’ils étaient trop fermés, et que cela m’angoissait, comme si j’étais fermé comme eux moi aussi. Cependant, en les ouvrant, je risquais d’être envahi, d’avoir trop de livres autour de moi. Et ça, je n’en avais pas envie.

Bref, cette histoire de partage littéraire m’a bien facilité les choses. J’en ai profité pour faire du tri entre les livres que je voulais encore garder et ceux que j’allais vendre un de ces jours sur Priceminister, dès que j’en aurais le courage.

Duchamp a fait un pied de nez à l’expression : « une porte doit être ouverte ou fermée ». J’ai fait la même chose avec mes cartons. Je les sens ouverts maintenant, qui respirent. Je me sens à nouveau proche de mes livres sans me laisser polluer pour autant par leur présence.

Ouvrir ces cartons m’a pris comme une envie de pisser avant-hier, et ne m’a coûté aucune énergie, que du plaisir. J’ai fait ça en deux jours, entre deux cours. C’est vraiment bon quand les choses se passent ainsi. Mais c’est rare…

J’ai retrouvé un peu de sérénité depuis jeudi - quand je n’avais plus beaucoup de goût à vivre. Cela est en partie dû à un livre que j’ai vu dans le magazine d’Isis, Les Nouvelles Clés. Il s’agit de méditation. Une interview de Matthieu Ricard qui dit que la méditation peut être aussi laïque. Et que nous ferions bien de l’utiliser comme telle. Ca a fait tilt dans la tête.

Depuis de longues années, il m’arrive de méditer. Mais je fais ça comme un sauvage, à ma façon. A plat dos la plupart du temps, en préambule à une sieste, comme une relaxation quand j’en ai besoin, quand je ne vais pas bien et que je dois assumer des cours ou d’autres choses. Je m’offre alors un massage de tout le corps, cervelle comprise, avec le mouvement de ma respiration. Physiquement, on la ressent très bien au niveau du plexus et des viscères. Et, avec un peu d’imagination, ce massage peut aller beaucoup plus loin, oxygéner et nettoyer le corps dans son ensemble.

J’essaie aussi lors de ces séances de ne pas me laisser attraper par les pensées qui me traversent l’esprit. J’essaie de les laisser passer comme les nuages, de les laisser vivre leur vie sans moi. Ce qui n’est pas toujours facile. Il m’arrive de regarder les couleurs aussi, les formes et les lumières sur l’écran de mes paupières fermées. Une sorte de cinéma bizarre, mais pas désagréable.

Je fais cela depuis longtemps, de temps en temps, mais je n’ai jamais approfondi le sujet. Depuis le collège en fait, quand des personnes sont venues en cours d’EPS nous faire ressentir des choses. En relâchement complet, sur le goudron du gymnase, on visualisait un petit point qui se baladait doucement dans toutes les parties du corps. Et, partout où il passait, il était sensé nous détendre, nous aider à nous relâcher. Respiration et petit point, ce fut le début.

Je n’ai jamais approfondi le sujet parce que, justement, trop lié au bouddhisme, pas assez laïque. La seule fois ou je me suis engagé pour aller un peu plus loin, c’était avec Florence, il y a près de vingt ans. On allait méditer en groupe devant la tête d’un « sage ». J’avais même dessiné cette tête pour pouvoir continuer les exercices à la maison - ce devait être à l’époque je me disais : « Pourquoi pas ? Je suis peut-être peintre ? » Après deux séances, Florence avait pris peur. Elle trouvait que nous avions mis les pieds dans une secte. Je n’avais pas eu peur, mais, j’avais senti comme elle quelque chose de pas très sain. Nous avions arrêté.

En résumé, donc, ce qui me fait du bien en ce moment, c’est de penser que je vais acheter ce livre de Matthieu Ricard et que je vais trouver enfin une activité, autre que l’écriture et mon métier, qui me convienne. Et je le sens bien, parce que cette pratique m’a toujours attiré. J’ai toujours pensé qu’elle pouvait remplacer un sport, une activité physique, bien que je ne m’y sois jamais mis, à cause, justement, de ce côté non-laïque.

En discutant cinq minutes avec Diane ce matin, je me suis aperçu qu’aucun auteur actuel ne m’intéressait, à part Angot et Houellebecq. Sollers est dans un carton. Et si je n’attends mon bonheur littéraire que de ces deux là, je peux attendre longtemps. Longtemps entre deux livres. Et je peux souffrir longtemps aussi. Je me dis donc que j’ai Léautaud, que c’est déjà ça, et que dans mes cartons j’ai retrouvé les Cahiers de Cioran, qui peuvent m’être d’un grand secours, que je lis chaque fois que ça ne va pas - vraiment pas -, que je picore depuis des années. J’en suis à peine à la moitié. En ajoutant Saint Simon, je me dis, et le Journal de Jules Renard, peut-être que je peux trouver une espèce d’équilibre, pour ne pas dire une espèce de bonheur. C’est F, le mari de la sœur d’Isis, chez qui nous sommes allés à Toulouse, qui m’a parlé de ce journal - qui est un livre très important pour lui. Quand il m’en a parlé, je lui ai dit : « Coïncidence ! J’ai passé mon enfance rue Jules Renard, dans la banlieue de Nevers, et, après avoir voulu écrire comme tout le monde, je me suis découvert diariste… » Une sorte de signe. En plus, comme vous le savez, je me suis senti bien avec ces gens à Toulouse. Voilà pourquoi j’ai envie d’acheter et de lire ce Journal. Si vous ajoutez à cela la méditation, je passe d’un jour, jeudi, où je n’ai plus envie de vivre, à aujourd’hui, où je suis plein d’espoir et d’énergie.

Pas de nouvelles d’Antoine. Je lui écrirai aujourd’hui ou demain. J’espère qu’il voudra bien me voir, lundi ou mercredi.

Je craque à nouveau pour la femme que je pensais au début être une instit’ au café à côté de la gare. Et, comme d’habitude, je pense à lui laisser un mot. Un truc du genre : « Chaque fois que je vous vois, vous m’attirez. Si vous voulez en parler. Mes coordonnées. » Je vais attendre. Mais j’ai l’impression qu’il me faudrait une femme en plus d’Isis, une coquine, parce qu’Isis n’est pas très coquine, et parce que je pense que c’est comme ça, que ça ne changera pas, qu’elle est comme elle est et qu’il faut l’accepter comme elle est. J’aimerais passer de loin en loin d’agréable moment avec une autre femme. Et c’est elle, celle du café, à laquelle je pense. Je lui plais, c’est sûr. Mais, est-ce que je lui plais pour des coquineries ou pour une histoire d’amour ? Telle est la question. J’aimerais aussi avoir un homme en plus d’Antoine. Un homme qui m’attraperait et me ferait jouir par le cul comme Antoine ne le fera jamais.