Dimanche 1er mars 2009

Encore dérangé par des rêves ce matin.

Jeudi, ma sœur m’a envoyé un texto. Elle voulait que je lui communique l’adresse e-mail de mon jeune frère. C’était l’anniversaire de ce dernier, 40 ans, elle voulait probablement lui faire signe. Je ne lui ai pas répondu. Je n’ai pas non plus souhaité son anniversaire à mon frère. Comme je l’ai écrit plus tôt durant ce mois, j’en avais marre de souhaiter l’anniversaire à des gens qui ne me répondaient pas, qui ne me souhaitaient pas le mien.

Mais le lendemain, j’ai pris mon téléphone pour appeler ma sœur et lui dire de vive voix ce que j’en pensais. Je suis tombé sur son répondeur. J’ai commencé à parler mais j’ai été coupé par un autre appel, auquel j’ai essayé de répondre, sans y parvenir. Je l’ai rappelée pour lui dire la fin du message.

Pour la première fois, je ne mâchais pas mes mots. J’osais lui dire ce que je pensais.

A savoir qu’il ne fallait pas, comme elle me l’avait écrit, penser que la femme de mon frère était une femme mauvaise qui le manipulait. Pour cette primaire (ma sœur) notre frère (avec lequel on partageait le même sang) était bon, tandis que sa femme était mauvaise, perverse, méchante, égoïste… Et bien sûr, elle avait perverti mon frère...

J’ai ajouté que notre frère était un grand garçon et qu’il savait prendre ses responsabilité, que nous étions tous plus ou moins déséquilibrés dans la famille et que lui avait trouvé ce moyen, la cassure avec mes parents, pour s’affirmer, prendre en main sa vie.

Je lui ai rappelé qu’il s’agissait avant tout d’un problème entre lui (et sa femme) et nos parents. Problème qui avait traîné et pourri et n’avait jamais été réglé, et que, s’il devait être réglé un jour, ce serait à eux, les parties opposées, de le régler, pas à nous.

Bref, je savais que je pissais dans un violon mais ça me faisait du bien. C’était important de le lui dire, de ne pas lui faire croire – je l’ai fait trop souvent - que j’étais dans son camp, c’est-à-dire celui de mes parents. Ce qui ne veut pas dire que je suis dans celui de mon frère et de sa compagne.

Pour l’adresse e-mail, je lui ai dit que mon frère ne les lisait pas de toute façon, et qu’il n’attendait pas de marques d’affection de sa part.

J’étais plutôt content. Content d’avoir agi et parlé sans trop réfléchir, sans trop jouer la comédie, mais en exprimant ce que je pensais et ressentais.

Et le lendemain, samedi, surprise. Mon frère m’appelle.

Il avait un coup dans le nez mais savait à peu près ce qu’il disait. Je lui ai parlé d’entrée de cette histoire d’anniversaire et de sœur, lui ai dit pourquoi je ne me manifestais plus à l’occasion de son anniversaire. Il m’a remercié de ne pas avoir donné son mail à notre sœur et a commencé à râler... Je ne sais pas comment j’ai fait mais nous avons fini par rire.

Il n’était pas fermé, bloqué comme il peut l’être parfois – comme je peux l’être moi aussi. Nous avons parlé un bon moment. Et pas seulement de son boulot, où du fait qu’il n’a le temps de rien faire, qu’il est tendu et ne pense qu’à son boulot.

Je lui ai parlé un peu de moi, d’Isis mais pas d’Antoine, de mon fils, de mon travail, de ma vie en général, la coloc’, le travail psy. Et puis nous avons parlé des relations de couple. Il semble avoir du mal à supporter sa femme en ce moment, mais le divorce ne semble plus à l’ordre du jour.

J’ai temporisé. Parce que j’ai peur qu’il explose un jour comme une cocotte-minute et fasse du mal à sa femme. Je l’ai encouragé à trouver des temps de dialogue, sans colère, entre adultes responsables. Je lui ai dit que c’était la meilleure façon d’arranger les choses, de les rendre vivables si elles ne l’étaient pas, qu’il fallait penser aux enfants, à leur équilibre, ne pas leur imposer une ambiance impossible, chargée de tension, car, si l’on ne peut pas régler le problème, rendre l’ambiance à nouveau respirable, mieux vaut se séparer, et j’ai ajouté qu’il existait des familles recomposées très heureuses.

J’ai appris, au cours de cette conversation, qu’ils faisaient déjà chambre-à-part depuis trois ans.

Preuve que je progresse, cette conversation m’a fait plus de bien que de mal. J’ai eu l’impression que nous parlions vraiment tous les deux pour la première fois, qu’il y avait un vrai lien entre nous, et qu’il fallait le garder.

D’ailleurs, je lui ai envoyé ce texto le lendemain :

« Merci pour ton appel. J’ai l’impression qu’on s’est dit des choses, qu’on a partagé des choses. On n’est pas des champions de la communication, mais je suis heureux de la conversation d’hier. Porte-toi bien. Au plaisir d’échanger encore avec toi ».