Pa guéri, on m'a tout de même souhaité la bonne année, rêve, mon coeur traumatisé
Par sanieptia le samedi 10 janvier 2009, 09:37 - Journal - Lien permanent
Jeudi 8 janvier 2008 – 08h05
Changement de café, L’Exceltio, ça m’évite de courir jusqu’à la gare.
Je me rends compte en ce moment à quel point je ne suis pas guéri. Je ne vais pas bien. Je me renferme. Avec Isis, on ne se voit pas et on ne s’appelle pas. Elle me laisse, comme c’est bon désir, dans mon petit monde de grippé de la cervelle, des émotions. On se voit au travail.
N’ai pas ressorti Léautaud, ni autre chose, de mes cartons. J’insiste avec Le Montespan. Je vais le finir. Je sais que c’est une attitude masochiste mais j’insiste.
Hier, cela faisait longtemps que ça ne m’était pas arrivé, j’ai dû m’arrêter de parler chez ma psy pour ne pas pleurer. J’évoquais le cadeau de mon fils : le stylo. Je voulais dire à quel point cela m’avait touché, comme s’il savait à quel point c’était important pour moi, à quel point j’étais artiste, écrivain. C’était trop fort, trop profond, trop impliquant. D’autant plus que j’étais malheureux en ce moment de ne pas pouvoir faire qu’écrire. C’est-à-dire aussi lire, me documenter, voir des expos et des spectacles, et pas seulement des spectacles liés à mon activité professionnelle. Malheureux surtout parce que manquant d’espoir. Vu ce que je fais, ce journal, où tout est survolé, peu décrit, je ne vois pas comment je pourrais un jour gagner ma vie avec ça. Et puis mon boulot, depuis six ans, ai l’impression d’avoir atteint une limite. Je ne m’y vois plus évoluer, prendre du plaisir. Fragilisé par la mort de N. en juin. Ca n’arrive pas qu’aux autres. C’est rare, exceptionnel, mais c’est là. Ca arrive. Ca peut arriver. Et ça ne me plaît pas.
Bref, manque d’espoir, manque de plaisir.
Le point positif depuis dimanche, quand j’ai bu, c’est que je n’ai pas touché à une goutte d’alcool depuis. Sans effort. Ai dû sentir que si je rajoutais de l’alcool à mon sale état j’allais droit à la catastrophe, à la faute professionnelle, si vivre peut être une profession.
Je dois préciser aussi que, contrairement à ce que j’avais écrit, quelques personnes m’ont souhaité la bonne année.
Dominique le premier, l’amant que je ne vois plus, par mail. Je l’ai appelé quelques jours plus tard et on va se revoir bientôt. Pas pour coucher ensemble, pour se donner des nouvelles, dîner probablement.
Dom ensuite, le comédien avec lequel j’avais sympathisé à Tunis il y a un peu plus d’un an, par texto. Il a fait un joli jeu de mot : « 2000 « 9 », ça fait beaucoup de « 9 » ! » « C’est ça, lui ai-je répondu, que du neuf, toutes les semaines, plein de bonnes choses (…) »
Et puis il y a eu F - il faudra que je retrouve le prénom que je lui ai choisi pour ce journal. Un amour d’il y a presque vingt ans qui avait demandé de mes nouvelles à mes parents. On avait mangé ensemble à La Closerie des Lilas. Elle est en Inde avec son amoureux. Elle m’a écrit un long mail pour me dire son bonheur, me donner un aperçu des impressions colorées, odorantes, dépaysantes, de son voyage. Elle a joint à son texte une très belle photo d’elle sur la plage. On la voit accroupie avec sa grande masse de cheveux roux et un décolleté agréable. Sur le sable, elle a tracé pour moi – et sûrement pour d’autres – « Bonne Année 2009 ». Une belle calligraphie. Une belle photo. Une belle femme. Je demanderai à Mohamed comment faire pour conserver la photo.
Je me bouge les fesses malgré mon état. Courses pour être confortable, bien me nourrir, achat de chaussures pour ne pas craindre le froid. Ai dit à mon fils combien il m’avait fait plaisir avec son stylo. Mohamed a installé la wifi. C’est plutôt agréable.
Rêve
Véronique – mon histoire d’amour la plus douloureuse, peut-être la plus importante, il y a plus de vingt ans – est dans un truc qui ressemble aussi bien un bain qu’un lit, dans une petite pièce qui fait penser à une douche collective. Son buste sort de l’eau mais est recouvert par un drap, ou de la mousse, ou par ses bras tenant une couverture. Je peux voir son sein gauche. Joli, rond comme il était à l’époque, mais plat. Je pense que cela veut dire qu’elle a vieilli elle aussi. Cette douche collective – chambre est séparée d’un lavabo par une cloison s’arrêtant à la moitié de la pièce. Il n’y a pas de porte entre les deux espaces. Isis est devant le lavabo, de dos. Je suis derrière elle. Et à l’entrée de la pièce – qui ressemble finalement plus à une salle de bain qu’à une chambre -, à notre droite, se trouve O. La jeune femme à laquelle j’avais écrit un mot pour connaître ses sentiments à mon égard avant de faire des avances à Isis.
L’expression de mon cœur traumatisé, je suppose.