Jeudi 25 décembre 2008 – 16h45

Je suis monté dans le train un peu avant 16h (mardi). A ma place, il y avait une femme. Elle était dans la bonne voiture mais n’avait pas de numéro de place, contrairement à sa copine assise en face d’elle qui était à la bonne place. J’étais embêté. Cette dame était âgée. J’aurais préféré un ou une jeune que j’aurais fait dégager aussitôt. Des gens étaient déjà assis par terre un peu partout. Je me suis trouvé une autre place pas loin. De la quelle je me suis fait dégagé au bout de cinq minutes. Restait plus que le contrôleur pour m’arranger le coup, parce que je ne me voyais pas faire trois heures debout ou assis par terre.

Le train était parti depuis dix minutes quand j’ai vu le contrôleur au bout du couloir – avec sa casquette. Je me suis approché et, à cinquante centimètres de lui, je lui ai tapé sur le ventre. Il ne me reconnaissait pas. Il s’agissait d’un oncle. Je lui ai rappelé qui j’étais et il a percuté assez rapidement. Il s’agissait de l’oncle qui nous avait touchés, mon frère aîné et moi quand nous étions enfants et quand lui était adolescent. Il m’a dit qu’il n’y avait pas de problème, qu’il restait des places en première et que je pouvais aller m’y installer.

Entre Nevers et Moulins, ayant fait une bonne partie de son boulot, il est venu me voir pour discuter. Ce n’était pas désagréable. Mais j’étais gêné à cause de cette histoire de pédophilie dont j’avais déjà parlé dans mon journal et dont j’allais devoir reparler.

Si mes écrits sont un jour reconnus, je le préviendrai que cette histoire en fait partie, même si elle occupe très peu de lignes. Dans le cas contraire, je ne sais pas. Probablement que nous n’en parlerons jamais tous les deux.

Le train arrive à 19h30. Ma sœur et mon père m’attendent à la gare. A la maison, dans la cuisine, la table est dressée. Ma mère a une tête bizarre. L’émotion probablement. J’ai à peine le temps de poser mon manteau que tout le monde est déjà assis, prêt à manger sa soupe. Et commence à parler à tord et à travers, à s’attaquer pour des riens, à se couper la parole, à mettre de la tension partout où il ne faudrait pas. Je raconte des choses. Je réponds des moitiés de réponses à des moitiés de questions. Quand on men laisse le temps.

Au milieu du repas, je suis sous le choc. J’ai l’impression de diner avec trois fous dans un asile. Je fais partie de cette famille ? Il ne s’agit pas d’une erreur ? Je fais bonne figure. Je bois très peu mais me demande : « Comment vais-je pouvoir vivre ça sans me saouler ? » J’ai vraiment envie de me saouler. Mais je ne me saoule pas. Ce qui n’empêche que je ne me souviens plus très bien, voire plus du tout, du reste de la soirée.

Mercredi matin, après le petit-déjeuner, j’ai la bonne idée d’aller à la recherche d’un tabac, à pieds. Je marche dans le froid. Longtemps. Et je trouve enfin ce que je cherche. Il y a un café à côté. Et je bois un café. En face, le supermarché dont j’avais besoin. C’est parfait. J’achète de l’eau pétillante et du jus d’orange pour ne pas être tenté de me saouler.

C’est une réussite. La marche m’a fait du bien et ce second repas de mon séjour est beaucoup plus agréable que le premier. Et puis, je suis heureux de constater que, même si elle prend encore beaucoup de médicament, ma mère va mieux. Beaucoup mieux. Elle semble guérie. Du stade de « légume », elle est passée à celui de « diminuée », et de diminuée à normale.

Une longue promenade avec ma sœur l’après-midi, en ville. Pas désagréable. Conversation neutre, en terrain neutre, banale et peu dérangeante. Peu intéressante aussi. C’est la fête. Pas de vagues.

Réveillon rapide le 24 au soir. A table à 20h. Fin du repas à 21h30. La nourriture, le vin, la cuisine, occupent 90% de la conversation. Foie gras poêlé, Saint-Jacques. A 22h30, tout le monde s’emmerde. Et on se dit qu’on va pas attendre minuit pour se faire un bisou et des cadeaux. On fera ça demain. On va se coucher.

Un rêve important me réveille vers 3h30. Je reste avec lui jusqu’à 5h30. Poitrine ouverte, offerte, psychanalyse naturelle. Quand je me rendors, après 5h30, j’ai l’impression d’avoir guéri de quelque chose.

Ce matin, j’offre à tout le monde un best of du Chat de Geluck. A moi y compris parce qu’il existe quatre best of. De cette façon, nous aurons un peu ici toute son œuvre. Et, chacun pour des raisons différentes, nous rirons en tournant ces pages.

J’emprunte la voiture de mon père et vais faire un tour ensuite. Tout est fermé. Je me retrouve au buffet de la gare.

Second repas riche le midi – toujours dans la cuisine. Huitres et chapon. Marrons, pommes et coulis de framboise. Conversation autour de la nourriture comme d’habitude.

Je m’emmerde un peu en début d’après-midi. Je lis un album de Geluck et ris franchement une fois. Il s’agit de « la journée mondiale de la grossièreté » issue du Succulent du Chat, 3e best of. J’ai un peu la gueule de bois. J’ai bu hier soir un peu plus que d’habitude et rebu ce midi. Je m’emmerde. Et je me souviens de la marche qui m’a tant fait de bien mercredi matin. J’annonce à tout le monde que je vais faire un tour. Et je marche d’un pas dynamique pendant presque trente minutes pour arriver jusqu’au buffet de la gare. Je commande un café et commence d’écrire ce que vous venez de lire. Il est 17h35. J’ai encore la gueule de bois. L’alcool, même en faible quantité désormais, m’assomme. Je n’ai pas envie d’un second café. Je pressens qu’il va m’écœurer. Je vais payer, me rouler une cigarette et marcher trente minutes dans le froid. Il sera temps ensuite de vivre ma dernière soirée avec ma famille d’enfance.