Dimanche 14 décembre 2008 – 12h45

Après la prestation des élèves hier soir, Isis m’a demandé si j’allais avec elle et son amie du Morvan au ciné, comme c’était prévu du temps où on était encore ensemble. Je lui ai dit « Non. Je rentre ». Je me suis couché à 23h et me suis endormi peu après. Après six pages du Cinquième rêve pour finir un chapitre, et pour penser à autre chose. Avant ma lecture, j’ai envoyé un texto à Isis. « Ce serait bien qu’on se parle, demain ou après-demain. » Elle était d’accord. J’attends son appel dans l’après-midi.

J’avais prévu de me saouler hier soir, mais ça ne s’est pas passé comme prévu. Nos élèves sont passés à 21h15 au lieu de 20h30, et en attendant, je me suis gavé de charcuterie. Ce qui fait qu’en rentrant, en pleine digestion, je n’avais aucune envie du pack de bière. Ai fumé tristement deux cigarettes et me suis couché.

Bizarrement, alors que je n’avais pas bu, je me suis réveillé avec la gueule de bois. Assommé. Suis sorti du lit à dix heures moins le quart en me disant que je devais me bouger les fesses pour aller à la piscine avant midi. Ca m’avait fait du bien il y a quinze jours. Vraiment du bien. Mais, en fumant ma première cigarette sur le balcon, j’ai senti que j’allais devoir faire un gros effort pour y aller, car je n’en avais pas envie. J’y allais seulement pour me faire du bien, comme on prend un médicament. Du coup, j’ai cherché un autre médicament. Et j’ai trouvé très vite : le cinéma. Et plus précisément Secret défense, avec Gérard Lanvin, un film que je ne risquais pas de voir avec Isis, pas parce que nous n’étions plus ensemble mais parce que ce n’est pas son genre de film.

A onze heures moins cinq, je partais. Persuadé que les séances étaient à 11h. Mais en arrivant, je m’aperçu que c’était à 10h30. A 11h, il n’y avait que Les ailes pourpres. Une histoire de flamands roses. J’avais vu la bande-annonce avec mon fils quand nous étions allés voir Madagascar 2. Ca m’avait plu pour l’air, les paysages, mais j’avais bien peur que ce ne soit moyen. Et, effectivement, c’est moyen. C’est ordinaire en fait. Une bonne émission de télé sur les animaux, mais pour le cinéma, c’est un peu juste. Cinéaste moyen probablement aussi. N’ai pas cherché à lire son nom. C’est produit pas Disney Nature. Peut-être que ça s’adresse à des blaireaux aimant la léthargie. Ca s’adresse aux familles, aux enfants, et ça doit être ordinaire. Mais les enfants, c’est sûr, vont se faire chier. Seuls les parents seront contents d’avoir été au ciné en famille, d’avoir fait une BA en sensibilisant leurs marmots aux merveilles et aux mystères de la planète, à la vie qui grouille sur et sous l’écorce terrestre. Bref, je suis allé voir Les ailes pourpres alors que c’est Secret défense qui m’aurait fait du bien.

A part ça, mes affaires avancent. Après ma séance d’écriture hier matin, je suis allé à mon RV avec Mohamed. Quartier agréable, résidentiel. Maison haute, entre le centre ville ancien et le centre commercial. A cinq minutes de mon travail. C’était parfait.

J’étais en avance, mais j’ai sonné. Avant, j’aurais attendu l’heure pile. Mohamed a été impeccable. Courtois, simple, gentil. La maison était agréable. Un peu vide parce que la femme de Mohamed était partie avec une bonne partie des meubles. Ses deux filles - six huit ans ? - regardaient la télé. Il les a le week-end. Au deuxième et dernier étage de cette maison verticale, ma chambre. Vide, encore en bordel. Probablement un ancien espace de jeu pour les enfants. Une fenêtre avec de l’air, exposée à l’ouest. Et en face, une salle de bain immense où on pourrait presque habiter. C’était parfait. J’ai fini par le dire et par découvrir que Mohamed était ok. L’affaire était faite. J’étais soulagé. J’ai annulé mon rendez-vous de 15h à Fontenay et je suis allé chercher mon fils le cœur léger.

Il m’a montré son nouveau jeu. Celui que je lui ai offert pour son anniversaire. J’ai cuisiné des carottes comme l’autre fois et mis un sac de mini cuisses de poulet au micro-onde.

Après, j’ai pensé à Isis. Je me suis occupé de mon bien-être. Elle me l’avait conseillé. Je suis allé à la boutique SNCF pour acheter des billets de train pour Clermont-Ferrand, pour faire une visite à mes parents à Noël. Pas une visite pour leur faire plaisir, pour être un bon fils, mais une visite qui me fait plaisir. Me suis acheté un pull chez Armand Thiery et une écharpe. Puis l’oreiller à 30 euros que je n’avais pas acheté l’autre jour avec Isis. Enfin, un pack de bière pour me saouler et un plat cuisiné pour me nourrir.

Vers 19h, coup de stress. Je suis au boulot et je pense à sortir mon ordinateur du coffre de la voiture – parce que sa batterie n’aime pas le froid – et je m’aperçois que je l’ai oublié au centre commercial. Gros coup de stress. Je pense qu’il est à la SNCF et je téléphone au centre commercial. Ils me disent qu’ils on numéro spécial, qu’ils ne peuvent pas me mettre en contact. Je saute dans ma voiture et laisse ma collègue s’occuper des ados. Sur la route, je téléphone encore. Je viens de me souvenir que c’est chez Armand Thiery que je l’ai oublié, en essayant les écharpes. Mais je coupe avant que ça ne décroche. En me disant que ça ne sert à rien, qu’un employé malhonnête peut très bien me dire qu’il n’a rien trouvé et le garder pour lui. J’essaie de rester positif en me disant qu’il est un peu caché, sous un présentoir, que les clients ont d’autres choses à faire que de regarder sous les présentoirs, qu’il y a du monde, tellement de monde qu’on ne voit pas par terre, etc.

Quand j’arrive, je vais droit où j’ai essayé les écharpes. Le magasin est quasiment vide. Et il n’y a rien sous le présentoir. Il n’était pas du tout caché en fait. Je demande à la caisse. Je respire. Ils ont effectivement trouvé un ordinateur. « De quelle couleur le sac ? ». Je leur réponds. Je leur décris le sac en détail. Je suis soulagé. J’apprends que c’est un client que le leur a rapporté. Merci à ce client honnête. Je m’en vais avec mon ordinateur et puis je reviens. Je tends au responsable un billet de 20 euros, en lui disant que lui et son équipe n’auront qu’à boire un coup à la santé de ce client honnête. Mais il refuse. Il m’explique, très pro, que ce qu’ils viennent de faire fait partie de leur métier, et ne mérite en conséquence pas de récompense particulière. Je lui souris, le remercie, je m’en vais.