Samedi 20 septembre 2008 – 11h30

Nous nous sommes réveillés à 10h. C’est un coup de fil qui m’a réveillé. Je ne connaissais pas le numéro mais quelque chose en moi m’a dit qu’il fallait décrocher. J’ai bien fait. Un truc professionnel assez important. Ensuite, en fumant ma première cigarette dans la cour, avec les premiers éternuements parce que j’étais en chaussettes sur le sol froid, m’est l’idée, l’évidence, comme quoi je devais parler à Isis de cette rencontre avec Florence, de ce retour dans le passé.

Hier soir, j’avais l’impression qu’on ne s’était pas vu depuis longtemps avec Isis, intimement, depuis lundi en fait. Et, bizarrement, mon corps ne réagissait pas. On était allé voir un spectacle avec une amie à elle, de passage à Paris, et Isis ne semblait pas avoir envie de faire l’amour non plus. Ca tombait bien. Mais ça m’embêtait. Parce que je savais que de mon côté cet état bizarre, fermé, coincé, venait du chamboulement qui avait suivi la rencontre avec Florence. Et du fait bien sûr que je n’avais pas parlé de cette rencontre à Isis. Et qu’en conséquence, une partie de moi considérait cela comme une tromperie.

Je suis remonté après ma cigarette. Isis faisait la vaisselle. Ensuite elle étendait le linge. J’ai hésité à lui parler. Et puis j’ai passé un coup de balai pour lui donner un coup de main. Elle m’avait dit hier qu’elle aimerait bien qu’on aille se promener au bois. Je m’en suis souvenu et me suis dit que je lui parlerai de Florence durant la promenade. Au milieu des arbres, avec le soleil au-dessus de Paris, ça allait être facile. J’ai pris une douche et alors qu’elle allait prendre la sienne, je lui ai dit que j’allais au café, que j’essayais d’écrire un truc depuis deux jours et que je n’en avais jamais le temps. Je lui rappelé son idée d’aller au bois. Lui ai proposé de me rejoindre quand elle serait prête. Probablement que mon récit sur Florence et moi à la Closerie sera encore interrompu. Peu importe. Cela ne me chagrine pas. C’est la vie qu’est comme ça. Et je suis dans la vie.

J’en étais à Jean-Edern Hallier. Les Carnets impudiques m’ont plu. L’évangile du fou aussi. Rien d’autre. Talent gâché. Diamant fou. Manque de lucidité. Mégalomanie. Besoin trop important de reconnaissance. Je classais aussi les gens selon qu’ils se situaient en haut du panier, au milieu comme moi, ou en bas, en qualifiant ces derniers de défavorisés. Je n’avais pas fini mon second verre de blanc à 7 euros quand elle a poussé le tourniquet de portes vitrées. Je l’ai regardée une seconde. Elle m’a vu. Je lui ai fait signe. Je me suis levé pour la recevoir. J’avais envie de la serrer dans mes bras mais je ne l’ai pas fait. Je crois qu’elle a hésité elle aussi. Nous nous sommes assis. Nous avons commencé à papoter et entre deux papotages le serveur lui apporté un verre de vin blanc. C’était du bonheur d’être là avec elle. On n’avait pas vécu que de belles choses tous les deux, mais c’était du passé. On était là. Heureux de se retrouver. Heureux de vivre ce moment particulier. Je lui ai proposé de manger là. Elle trouvait que c’était cher, avait prévu d’aller ailleurs. Je lui ai dit que ça allait, qu’il y avait des plats à 20 euros. J’ai tenté de sous-entendre que je pouvais l’inviter aussi, mais je ne sais pas si elle a perçu la nuance. On est allé s’installer dehors. Le gaz ne marchait pas pour chauffer notre table. On a demandé au serveur. La bonbonne était vide. Dommage. On a eu un peu froid.