Samedi 23 février 2008 – 12h50

Retour dans mon café d’écrivain. J’y suis passé tout à l’heure, mais je n’ai rien écrit. J’ai lu le journal, rêvassé en pensant à ce que j’avais à écrire, puis je suis rentré chez moi en me disant que j’allais l’écrire directement sur l’ordinateur. Mais j’ai recopié ce qui était écrit dans ce carnet à la date de jeudi et de vendredi. Ensuite, il était temps d’aller à Montreuil. Une demi-heure d’avance au rendez-vous. J’ai regardé l’immeuble. Ancien, lézardé. J’ai constaté que ce serait une vraie galère de se garer dans ce quartier animé. J’ai songé aux PV. Et j’ai immédiatement pensé à Rosy. Je l’ai appelée pour lui demander si elle serait « ok » dans la mesure où j’étais « ok ». Je ne m’étais pas trompé. Elle était contente de m’entendre. C’était « ok ». Nous avons pris rendez-vous pour demain à 13h. J’ai appelé Yvan pour annuler et Kessi avec laquelle j’avais un rendez-vous du même genre le lendemain.

J’avais le cœur léger. J’étais heureux. Tout le long du trajet qui m’a ramené jusqu’ici, j’ai ressenti ce bonheur. C’était vraiment bon. Ca gonflait dans la poitrine. Ca chauffait. C’était fort et étonnant parce que ça n’arrive pas tous les jours.

Pour parler d’autre chose, la soirée avec Emilie a été douloureuse. Cette dernière était belle, rayonnante, elle avait un décolleté à faire bander n’importe qui, son homme était reparti pour Madagascar avant-hier. Il était hors de question de gâcher son bonheur avec des gestes ou des mots déplacés.

Elle était heureuse de me voir et me le disait. Elle mettait sa tête sur mon épaule, se laissait prendre dans mes bras et me tenait les mains. Elle était attirée par le serveur (très beau garçon, italien ou gitan, plein de vie et de séduction naturelle). Elle avait un ticket avec un bel africain du nord accoudé au bar. On écoutait des chanteurs et des chanteuses qui faisaient ce qu’ils pouvaient pour soutenir Ingrid Betancourt. On était venu pour les chanteurs et les chanteuses, pas pour Ingrid Betancourt.

J’ai apprécié le duo Mezrahi Baffie, qui s’occupait des enchainements – surtout Mezrahi. J’ai découvert Jean Racine. J’ai été touché par sa timidité, son côté fragile, émotif, par sa façon de chanter, quand il crie, un son qui fait partie du chant mais qui ressemble à un cri, animal presque. Cela m’a beaucoup plu.

La blonde de Renaud, je l’ai regardée comme j’aurais regardé un clown. J’ai trouvé ça surréaliste cette godiche d’un autre temps au milieu de tous ces chanteurs d’aujourd’hui. (Et je me suis même demandé si Renaud n’avait pas été un peu amoureux de France Gall à l’époque.) J’ai pensé aussi qu’il devait être très amoureux pour ne pas se rendre compte que la présence de sa blonde ici, en tant que chanteuse, ne pouvait que la desservir.

Et puis j’ai pensé à Margaux. Est-ce que ce n’était pas pour avoir une belle blonde à mon bras que j’avais été séduit ? Pour « paraitre » en quelque sorte ? Si je revois cette satanée Margaux un jour, il faudra que je vérifie cette idée. Peut-être qu’elle a tout pour me déplaire, qu’elle n’a que sa beauté pour me plaire ?

13h30

Découverte récente : Les choses s’enchaînent. Naturellement, les unes après les autres. Je pense à ça par rapport aux choses que je n’ai pas envie de faire, ou qui m’angoissent. J’ai souvent tendance à en faire un paquet dont j’essaie de me débarrasser. Mais il faut attendre qu’elles se fassent, les unes après les autres. Voilà pourquoi je dis cette évidence : les choses s’enchainent. Et j’y pense désormais chaque fois que je m’angoisse pour des bêtises. Une première chose se produit, se fait, une de moins, et puis une autre se fait, et ainsi de suite. Et je m’aperçois finalement que les choses se font plus facilement que je ne le pensais et que je me suis angoissé pour rien, que tout se serait déroulé de la même façon si je ne m’étais pas angoissé. Un peu de patience donc, de confiance, et moins d’inquiétude. Je vais faire un peu attention à cela dans les jours qui viennent.

19h10

Je suis rassuré. Je viens de croiser mon vendeur d’appartement. J’avais eu peur ces derniers jours d’aller le voir. Je lui ai dit mon inquiétude par rapport à ce que m’avait dit Lucky. Idée confirmée il y a quelques jours par Pascal, un autre collègue de travail, comme quoi il ne me resterait pas grand-chose après la vente de mon studio. J-F, le vendeur d’appartement, celui qui s’habille chez Armani, m’a dit qu’à vue de nez j’allais recevoir un chèque de 40 000 euros. Ca m’a rassuré.

La vie bouge. Quelques minutes avant, j’avais croisé mon Ex et son homme au supermarché. Avec leur fils qui dormait dans sa poussette. Je les ai félicités. Mon fils m’avait dit en arrivant chez moi à 14h30 qu’ils allaient se marier en mai. J’en ai profité pour leur dire que je partais à C. début mars (un autre C.). Ce qui fait que je ne verrai pas mon fils pendant quinze jours, car eux partent demain pour une semaine. J’ai donné aussi mes dates pour les vacances d’été, comme mon Ex me l’avait demandé. Dernière semaine d’août. Car je serais en argentine jusqu’au 17. Par rapport à sa rentrée en 6e, le 1er septembre, ça ne colle pas. Ils m’ont suggéré de lui offrir quelques jours à Center Park. Il en parle de temps en temps. Nous irons donc passer quelques jours à Center Park. En plus d’un week-end chez mes parents, beaucoup moins drôle pour lui.

La semaine magique au soleil, ce sera pour une autre fois. Je ne suis de toute façon jamais vraiment parti en vacances depuis que je suis enfant. On était gâtés à l’époque : un mois tous ensemble à la mer ou à la montagne, un autre mois plus près de chez nous avec ma mère. Mon père venait nous voir le week-end. Quasiment rien depuis. Jamais assez d’argent. Et puis j’avais cette idée aussi de passer ma vie en vacances. De faire en sorte que mon quotidien ressemble à des vacances. Et si suis parvenu en partie, parce que chaque changement de rythme, de lieu, même si je travaille, je les considère comme des vacances. Sans parler des rencontres, de mes idées libertines ou amoureuses. Vacances que tout cela. Et je ne suis pas en manque de vacances. Chaque week-end, chaque fois que je ne travaille pas (et j’ai des périodes creuses dans mon métier) ce sont des vacances. Bref, je suis habitué à ne pas prendre de vraies vacances. Et mon fils est habitué au fait que je n’en prenne pas où que je n’aie pas les moyens d’en prendre. Les vacances pour lui, ce sera toujours plus avec sa nouvelle famille qu’avec moi. Ce qui n’empêche pas que nous essaierons toujours de vivre de loin en loin des moments exceptionnels.

Je lui ai proposé par exemple récemment d’aller nager avec les dauphins (en 2009, une idée à Bruno, un peu chère mais exceptionnelle). Mais il ne veut pas prendre l’avion. Je pense en écrivant ces lignes que c’est peut-être lié à la peur de mourir. Moi, à quatre ans, j’ai pleuré pendant une semaine ou deux parce que je ne voulais pas faire mon service militaire. J’avais peur de mourir, peur d’aller à la guerre. Moi, si j’ai les 40 000 euros, j’irai.

J’avais prévu ce soir au une soirée « télé-couché tôt ». Ardisson et Henry VIII. Mais il y risque d’y avoir un peu d’alcool en sus, parce que je me suis acheté une bouteille de Mâcon au supermarché, parce que j’attaque ici ma troisième bière.