Dimanche 18 novembre 2007 - 9h30

Ai envoyé un sms à Emilie avant de me coucher, pour lui demander comment elle allait, en lui disant que moi ça allait, en lui faisant un bisou. Un peu plus tard, alors que je lisais le dernier tiers de Douce Folie, voilà ce que je reçois : « Ca va. On a fait un feu sur la plage. J’ai un peu bu mais c’est pas grave. Bisou ».
Je ne suis pas jaloux en général du bonheur des autres. Je me contente d’être content pour eux. Mais là, le feu, la plage, la mer, la chaleur probablement… J’aurais bien passé un moment avec eux. Une demi-heure, une heure, et puis je serais rentré chez moi. Ca aurait été merveilleux.
N’ai pas été envieux pour la boisson. Je suis heureux avec ma sobriété. Encore une journée et cela fera une semaine !

Dans dix minutes, il sera temps d’aller soutenir mon député maire préféré. Il fait froid. Ca ne me fait pas trop envie. Si je me gèle trop, je resterai pas. Je passerai un coup de fil à mon ami couvreur et j’irai voir L’effet papillon, avec Bruno ou seul.

Concernant ma Douce Folie, je ne me suis pas ennuyé. Ca parlait essentiellement de l’écriture de mon livre pornographique, de l’exaltation que ça me procurait, du genre : « Je m’ voyais déjà en haut de l’affiche… » Ca en devenait pathétique par moment. Ca parlait aussi de mon divorce qui s’annonçait, se préparait, en douce. Je n’en étais pas conscient à l’époque, mais quand on voit la suite : je lui présente D. en septembre 2003 et elle en tombe amoureuse, tout cela est tout à fait logique. Cela me rappelle la salle période qui a suivit, jusqu’en avril 2004, quand on a décidé de se séparer pour de bon. Ce qui a été dur, c’est qu’elle a tenté de me cacher cette liaison (ils étaient amis paraît-il, très proches, comme frère et sœur) de peur de perdre je suppose quelque chose au moment du divorce. Encore aujourd’hui elle ne m’a jamais avoué qu’elle avait couché avec lui avant avril 2004. Alors que c’est évident. Alors que je connais son passé et sais que c’est quelqu’un qui fait ce qu’il veut, et qui cache ce qu’il veut aussi.
Je me souviens d’un Noël. Elle ne m’avait pas réveillé. Je les avais retrouvés un peu plus tard dans un parc en train de faire des boules de neiges avec mon fils. C’était bizarre d’être là tous les quatre. Et puis d’autres fois à Paris, pour voir les lumières, faire du manège. Quelle comédie ! Elle faisait semblant d’être avec moi et notre enfant, D. nous accompagnait en tant qu’ami. Tu parles ! Elle était avec lui et notre fils, et moi, moi, je faisais ce que je pouvais. Connaissant la situation, je ne pouvais pas leur en vouloir, c’était la vie, c’était comme ça. Elle et moi, on avait fait ce qu’on avait pu, et on n’y était pas arrivé. Changement de situation, on tombe amoureux, normal. Ce que je regrette, si j’ai un seul regret, c’est que lorsque leur amour a été sûr, en octobre je pense, j’aurais préféré que l’on en parle clairement, que l’on s’organise pour vivre ce changement au mieux. Elle disait qu’elle nous aimait tous les deux. Je ne la crois pas. Elle géré son truc, gagné du temps et fait arriver les choses quand ça l’arrangeait. Bref, je regrette un tout petit peu ces six mois pourris. Je ne crois pas avoir écrit quelque chose à cette période.

Pour revenir à ma Douce Folie, je crois que je vais être très attentif désormais à ne pas en rajouter quand je suis exalté, pour ne pas que ça devienne ridicule, comme dans certains passages justement de Douce Folie. Vais laisser mes vieux manuscrits tels quels, ne pas essayer de les réécrire pour les publier sur internet. Je les ferai lire à Cécile si elle veut connaître mon parcours d’apprenti écrivain et passerai à autre chose. Vais m’intéresser sérieusement à mes journaux et tenter de m’améliorer, parce que sinon, je n’arriverai jamais à rien. C’est un peu comme si je m’étais dit, naïvement : écrit, écrit, écrit, avec du cœur, de la sincérité, et le reste suivra forcément… Aujourd’hui je me rends compte que cela ne suffit pas, qu’il va falloir réfléchir un peu plus et être aussi un peu plus respectueux du lecteur. Cette prise de conscience, ajoutée à l’aide de Cécile, devrait me permettre de faire un pas important dans ma construction d’artiste.

10h40
Je suis arrivé au rendez-vous avec un quart d’heure de retard. Parce que je me suis mis à parler de ma lecture de Douce Folie et de la prise de conscience qui en a découlé. J’étais près à repartir, en me disant qu’inconsciemment j’avais fait exprès d’être en retard, quand une voiture est arrivée. Il s’agissait d’un type en retard, comme moi, mais plus impliqué dans l’association. Il a téléphoné aux autres qui étaient déjà loin dans le bois. Ils étaient partis à 10h05. Ils n’avaient pas attendu à cause du froid. Lui n’avait pas envie de les rejoindre non plus. Je lui ai dit que je visiterai ce bois une autre fois, et qu’à la prochaine réunion du parti socialiste, je me renseignerai auprès de la personne chargée du dossier, une charmante dame un peu âgée, très douce, très « humaine » qui est conseillère régionale, pour savoir où en est le projet et les problèmes qui se posent pour cette ouverture ou pour les possibilités de constructions à l’intérieur de ce bois - pas des logements mais des aménagements de loisirs, genre ferme pédagogique, poney-club, activités sportives. Bref, c’est très bien. Ne suis pas en retard pour faire ce que j’ai à faire. Par exemple publier ce que j’ai écrit hier.

18h00
J’ai négocié ce soir le chien et le loup en venant ici, à Vincennes, au café où j’emmené Bruno dimanche dernier. C’est un café parfait. Un peu « bourge », un peu « artiste », un peu gosses de riches, mais bien élevés, avec une déco ancienne mais qui ne sent pas le moisi ni la toile d’araignée, qui ne sent pas le fric ni le mauvais goût. Un café chaleureux, vivant, où il y a des types au bar, des buveurs. Personne ne se hausse du col ici, chacun est ce qu’il est, le plus naturellement du monde. Chaleureux et vivant, c’est ce qui a dû me faire revenir après y être venu une fois par hasard avec mon fils, pour s’abriter de la pluie je crois. On était allé voir un film à côté. Némo peut-être… Non, les fourmis ! Des fourmis infernales, tueuses, nomades... De vraies fourmis ! C’était vachement bien foutu. Je ne me rappelle plus du titre. Bref, le chien et le loup sont morts.

Trois femmes viennent d’entrer. L’une d’elle m’a regardé et s’est mise à l’arrêt, comme un chien de chasse. Cela me plaît, même s’il rien ne se passe ensuite.

Du coup, j’ai perdu le fil… Ah, oui, je voulais dire que j’avais prévu de ne boire qu’un verre ici avant de rentrer. Mais je vais en boire un deuxième. Après, je rentre.

Et j'ai appelé Luis ce midi ! (J’ai choisi ce prénom parce qu’il est d’origine portugaise, parce qu’un footballeur s’est appelé comme ça et parce que je trouve que c’est un joli prénom.) J’ai appelé Luis donc en début d’après-midi en allant rendre visite à Bruno. Je pensais boire un café et finalement, comme il n’avait pas mangé, il m’a proposé de partager son poisson et ses légumes. C’était parfait. Ensuite il avait des choses à faire et moi aussi.

Le vin me tourne la tête. Je ne sais pas si c’est raisonnable de commander un second verre.

Me la suis joué cool avec Luis, détendu – avec son répondeur. Mais il n’a toujours pas rappelé. Ai déjà prévu la suite, dans quelques jours : « Tu fais la gueule ou quoi ? » Alors que je ne le connais quasiment pas. Vais me la jouer plus doux en fait, plus coupable, comme je suis finalement.

Pause. Ai décidé de commander un second verre. Un Saint-Emilion, parce que le Médoc n’était pas terrible.

Vous aurez compris que ma semaine complète de sobriété est tombée à l’eau. Mais ce n’est pas grave, parce que je suis déjà bien heureux de cette semaine presque complète. Et ensuite, après ce second verre, Stop, je rentre chez moi, et si tout va bien, je refais la même expérience jusqu’au retour d’Emilie, lundi soir, le 26, 18h00.

La femme qui a fait le chien d’arrêt et ses copines sont parties. Une coupe de Champagne vite fait, en cinq minutes.

Le vin ne me tourne plus la tête mais j’ai faim. J’ai demandé la carte mais il est encore trop tôt, et je n’ai pas envie d’attendre jusqu’à 19h. Vais boire mon Saint-Emilion et regagner mes pénates.

Dernière chose à signaler avant de partir. Il y a ici, en entrant à gauche (nous étions assis juste en dessous la dernière fois avec Bruno) une tête de phacochère. Il nous a beaucoup amusés dimanche dernier, avec ses défenses peu ordinaires, circulaires dans le plan frontal, formant presque un cercle, mais ce qui m’a fait le plus rire (j’avais la tête un peu décollée ce soir-là) ce sont ses « favoris » ! Des favoris très soignés, ondulants comme s’il s’était fait coiffé, et rigolos parce que la bête, contrairement au sanglier, est quasiment imberbe. Les propriétaires, ou les anciens propriétaires, ont dû aller en Afrique. Il y a quelques statues de bois, un masque, un crâne d’antilope. Un chasseur peut-être.