Paul Léautaud 1872 - 1956

Journal littéraire
Tome I : novembre 1893 – juin 1928

14 Juillet 1903
Page 74 :
« Mon opinion depuis longtemps sur la littérature de Schwob. Au fond, très au fond, je n’y trouve aucun intérêt. C’est de la fabrication, de la marqueterie et je sens comment c’est fait et avec quoi. De vastes lectures, dans tous les genres, - des phrases et es idées notées sur fiches, - puis arrangement, combinaison de ces phrases et de ces idées classées par catégories, en un tout quelconque. Il n’y a à retenir qu’un art merveilleux, une adresse inimitable, une grande délicatesse dans l’art de choisir, un considérable savoir, mais, au fond, tout cela sent les vieux livres. C’est truqué au possible. Il n’en ressort qu’une intelligence exceptionnelle, un sens critique poussé à son dernier développement, ce qui, certes, est beaucoup. Il y a aussi des pages de critique, sur Meredith, sur Stevenson, sur Courteline, qui sont uniques. Schwob sait toujours dire, sur tous les sujets, une parole définitive, juste, exacte, mais dans ses livres, qui sont trop travaillés, aucune sensibilité ne paraît. Seule une impression d’étrange, de mystérieux, qui doit lui venir de Poe et de la fréquentation de Shakespeare.
Il faudra que je développe cela un jour. »

Inutile de développer. On a très bien compris.