Un chouette petit déjeuner
Par sanieptia le jeudi 30 août 2007, 12:44 - Journal - Lien permanent
Dimanche 26 août 2007
16h30
C’est comme si on était sur la lune ici, perdu dans la nature.
Je suis bord de l’eau, au pays de René Fallet. Ma mère est sortie de la
clinique jeudi midi. Mes parents sont ici, dans leur seconde résidence, depuis
ce midi. Moi aussi je les ai rejoints à midi.
De nombreuses traces de hérons et de ragondins.
18h40
J’ai bien bu à midi. J’ai bu une bière à la brocante du village – après ma
promenade au bord de l’eau. J’attends 19h pour l’apéro. Je crois que je vais
bien boire pendant ce séjour.
Lundi 27 août 2007
16h00
Je suis au café du village – qui fait aussi épicerie. Je suis seul. Je veux
dire qu’à part la propriétaire, il n’y a pas un chat ici. Une machine fait un
peu de bruit au loin. Une tourterelle roucoule. A part ça, le silence.
Peu après le 100 mètres de Christine Aron, ma mère a décidé d’aller se
reposer. J’en ai profité pour m’échapper. En partant j’ai prévenu mon père (qui
ramassait les patates qu’il avait déterrées hier) que si jamais elle se levait
avant mon retour (prévu vers 17h) il devait éviter de lui arracher la tête.
J’ai dit cela en plaisantant à moitié, histoire de dédramatiser. Il l’avait un
peu tapée sur les bras ce matin (et aussi sur la tête me dira plus tard ma
mère).
Le soleil est superbe. Ce matin déjà il était superbe. A neuf heures et demi,
pendant que je déjeunais, ma mère a dit qu’elle ne pouvait rien faire. Ce qui
ne l’a pas empêché de laver deux T-shirt et un short à mon père. Elle a
commencé à pleurnicher, à gémir qu’elle ne pouvait rien faire, tout en
continuant à laver. Je me suis approché d’elle pour lui dire que tout allait
bien, qu’elle se débrouillait très bien, et qu’il ne fallait pas pleurnicher
trop fort parce que mon père essayait de lire à quelques mètres de là sur la
terrasse. Après maintes jérémiades, mon père a interrompu sa lecture et a été
étendre les T-shirt et le short sur le fil à linge, en silence. J’ai mangé ma
deuxième tartine. L’ambiance n’était pas encore trop pourrie.
Peu après, ma mère a trouvé dans le panier à linge des serviettes de bain
qu’avait laissé ma sœur et a commencé à dire qu’elle avait fait n’importe quoi,
que ces serviettes n’étaient pas si sales, qu’il n’y avait pas de quoi faire
une machine, qu’elle faisait n’importe quoi, etc. « C’est à elle qu’il
faudra dire ça, je lui ai dit, elle arrive demain ! » Mais ça n’a pas
suffit. Pendant une demi heure, ma mère a dit tout et n’importe quoi sur cette
histoire de serviette. Je faisais de mon mieux pour la calmer, sachant que mon
père essayait de lire. Rien à faire. Jusqu’à ce que ce dernier craque et jette
en s’énervant les serviettes dans la machine, et la mette en route. Pleurs
encore, cris, gémissements… Avec mon père, on tente de lui expliquer qu’il n’y
a plus de problème de serviette, que ça va aller, qu’elles vont être propres,
qu’on passe à autre chose, etc. Mon père retourne lire. J’arrive pas à
raisonner ma mère qui reste sur son histoire de serviettes, qui sanglote… Mon
père revient, excédé, et lui sort une théorie comme quoi elle n’est qu’une
bourrique et, en lui tapant fort sur le bras, il lui explique que les
bourriques, il n’y a que les coups qu’elles comprennent. Je n’ai jamais vu mon
père taper ma mère, et ma mère ne s’est jamais plainte de coups, et
probablement de s’est jamais fait taper. Je suis prêt à intervenir. Mon père
fini en lui disant qu’il s’en va pour la journée, qu’il sera de retour ce soir.
Et il part se changer au salon. Larmes, cris, gémissements, etc. Je suis obligé
de lui résister physiquement pour qu’elle n’aille pas au salon. Je lui dit que
je resterai avec elle, que tout ira bien, que Serge craque, a besoin d’air, et
qu’il faut le laisser s’aérer. Larmes, gémissements, etc. Jusqu’à ce que mon
père parte. Un quart d’heure après, ça allait, elle était calme. Le soleil
était toujours aussi beau mais la journée s’annonçait pourrie.
Finalement, mon père est revenu un peu avant midi. Je faisais cuire une tranche de saumon. Ils se sont encore un peu cherchés l’un et l’autre pendant le repas et je faisais l’arbitre. Au bout d’un moment, pour que les choses soient claires (je me méfie des déformations de mes propos par les uns ou les autres) J’ai dit à mon père ce que j’avais dit à ma mère après son départ. A savoir que demain, vers 14h00, après l’arrivée de ma sœur, nous partirons Serge et moi pour aller boire un café quelque part et discuter (car je ne sais même pas comment il envisage l’avenir). J’ai ajouté que dans un second temps nous entretiendrons ma soeur de cette discussion – pour que ma mère, dans cette situation difficile, n’ait pas plusieurs sons de cloches.
17h10
Quand je suis rentré, ma mère était debout. Elle avait elle-même été chercher
les fameuses serviettes qui avaient séché. Grande performance qu’elle accepte
de sortir de sa cuisine ! Je l’ai félicité sans ironie en lui disant une
fois de plus : « Tu vois ! Tu es capable de faire des
choses ! » De son côté, elle m’a dit que mon père était fâché, qu’il
n’avait pas voulu qu’elle s’approche de lui parce que je lui avais dit – à mon
père – de ne pas lui taper sur la tête. C’est tout juste si elle ne m’a pas
accusé de cette mauvaise ambiance entre elle et lui. C’est moi qui avait grossi
l’affaire des coups de ce matin, qu’il ne fallait pas en faire tout un plat,
que ce n’était pas si grave, etc.
(Un superbe papillon, très gros, vient de se prendre dans la véranda. Je vais
l’observer avant de le libérer. Couleurs d’automne, chocolat, sous-bois, de
jolies taches bien ordonnée de blanc cassé.)
Ensuite ma mère a lâché son éternel : « Qu’est-ce que je fais
?! » d’enfant désemparée. « Comme ce matin, je lui répond, comme
hier. On peut regarder la télé, tu veux que je te fasse la lecture ? »
elle a préféré retourner se coucher.
Je suis allé voir mon père qui lisait au fond du jardin. Il n’était pas fâché.
Tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles. (Il ne faut
pas oublier le mot « possible » dans cette citation. C’est lui qui
lui donne tout son sel, tout son sens.) J’ai dit à mon père qu’elle s’était
recouchée, qu’il allait pouvoir lire tranquillement, parce que ce matin, ai-je
ajouté en plaisantant, j’ai eu l’impression que ça n’avait pas pu être le cas.
Il a sourit et s’est remis à lire.