Paul Léautaud 1872 - 1956

Journal littéraire
Tome I : novembre 1893 – juin 1928

8 Février 1903
Page 63 :
« J’écris cette note, Bl… en train de lire à deux pas de moi. Avec elle aussi, le soucis de ma littérature a souvent guidé ma conduite. Depuis que nous sommes ensemble, nous avons été plusieurs fois sur le point de nous séparer. C’est toujours le souci de la tranquillité dont j’ai besoin pour penser à mes travaux et pour travailler qui m’a fait la forcer à rester. Elle partant, c’eût été un changement dans ma vie, dans mes habitudes. J’aurais été plus ou moins de temps préoccupé d’elle, de sa vie, et triste, malheureux, etc… De là plus ou moins de temps sans tranquillité morale, partant sans la faculté de travailler. »

Page 64 :
« Tout cela n’empêche pas que le soucis de ma littérature aura eu une bonne part dans la façon dont j’ai dirigé ma vie, si tant est que je l’ai dirigée. Je n’en regrette pas moins, non plus, Georgette, qui m’eût été une compagne d’esprit, autant qu’une femme peut l’être. Elle, au moins, m’aimait vraiment, et j’étais vraiment quelque chose et quelqu’un pour elle. Enfin, je suis bien forcé de songer que si je n’avais pas connu Bl…, je n’aurais peut-être pas pu écrire, dans mon livre, quelques pages qui ne sont pas trop mal, par exemple l’histoire de la Perruche… »

Si tant est que je l’ai dirigée…