Le travail avant tout (suite)
Par sanieptia le jeudi 16 août 2007, 13:09 - Paul Léautaud - Lien permanent
Paul Léautaud 1872 - 1956
Journal littéraire
Tome I : novembre 1893 – juin 1928
8 Février 1903
Page 63 :
« J’écris cette note, Bl… en train de lire à deux pas de moi. Avec elle
aussi, le soucis de ma littérature a souvent guidé ma conduite. Depuis que nous
sommes ensemble, nous avons été plusieurs fois sur le point de nous séparer.
C’est toujours le souci de la tranquillité dont j’ai besoin pour penser à mes
travaux et pour travailler qui m’a fait la forcer à rester. Elle partant, c’eût
été un changement dans ma vie, dans mes habitudes. J’aurais été plus ou moins
de temps préoccupé d’elle, de sa vie, et triste, malheureux, etc… De là plus ou
moins de temps sans tranquillité morale, partant sans la faculté de
travailler. »
Page 64 :
« Tout cela n’empêche pas que le soucis de ma littérature aura eu une
bonne part dans la façon dont j’ai dirigé ma vie, si tant est que je l’ai
dirigée. Je n’en regrette pas moins, non plus, Georgette, qui m’eût été une
compagne d’esprit, autant qu’une femme peut l’être. Elle, au moins, m’aimait
vraiment, et j’étais vraiment quelque chose et quelqu’un pour elle. Enfin, je
suis bien forcé de songer que si je n’avais pas connu Bl…, je n’aurais
peut-être pas pu écrire, dans mon livre, quelques pages qui ne sont pas trop
mal, par exemple l’histoire de la Perruche… »
Si tant est que je l’ai dirigée…