Correspondance 1958-1994

BUKOWSKI NE SUPPORTE PAS PLUS LA TELE QUE LEAUTAUD LA TSF
Page 66 :
« A John William Corrington
18 octobre 1963
« (…) Il se peut que je sois amené à me tirer d’ici. La seule raison pour laquelle je suis ici depuis si longtemps est que j’ai été forcé de vivre en appartement ou en studio, et que pendant toutes ces années jamais il n’y avait eu de locataire avec une télé bruyante. Maintenant c’est fait. Le type du bas est mort d’une attaque cardiaque et quelqu’un d’autre a emménagé. Et ce nouveau-là fait beugler sa télé à travers mon plancher ! Moi je n’ai pas de télé et cela m’est égal que les autres en aient une tant qu’ils ne me forcent pas à l’écouter. Les disputes en amoureux et/ou les dégelées je peux les écouter sans répugnance, mais ces jeux-concours, ces bulletins d’infos, ces COMEDIES ? qui puent et qui passent à travers mon plancher c’est comme si l’on me giflait l’âme avec une serpillière sale. La masse me donne des nausées non pas parce qu’elle est fondamentalement stupide, mais parce qu’elle fait entrer sa stupidité dans ma vie. Ces gens parlent sans cesse de choses vagues comme « libertés » ou des trucs lus dans les journaux comme « droits civiques », ça sonne rudement bien et ils ont l’impression de dire quelque chose d’intéressant. Mais ce pseudo-vocabulaire est tout bonnement informe. La chose dont nous avons le plus besoin est LE DROIT A L’INTIMITE ET LA LIBERTE DE POUVOIR SE PREMUNIR CONTRE LE BRUIT DES AUTRES. Difficile pour un pauvre bougre de parvenir à ce niveau-là. »

C’est comme si l’on me giflait l’âme avec une serpillière sale.

J’aime beaucoup l’expression !