Correspondance 1958-1994

SPLASH !
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« A Jon et Louise Webb
6 août 1963
« (…) Là en bas il y a cet arbuste, toujours ce même arbuste aux fleurs oranges immortelles. Tiens, il y a un vieux type en bas qui trifouille dans sa boite aux lettres. C’est soit un cinglé soit un écrivain, parce qu’il continue de regarder dedans comme une espèce de long membre gainé de nylon allait le renvoyer tout d’un coup vers la jouissance suprême… j’ai faim. C’est bon d’avoir faim quand on a les moyens de s’acheter à manger. Et en ce moment, j’ai les moyens. J’aime bien le crabe, par exemple. On peut s’acheter un énorme crabe dans l’un de ces magasins près de chez moi pour environ 80 cents, et ça vous prend toute la journée pour le déguster, et je vais vous dire, vous ne vous en faites pas vraiment pour le crabe… ce qui est encore plus sympathique. J’ai entendu dire qu’on les plongeait vivants dans l’eau bouillante. Eh bien moi, on me fait bouillir à chaque fois que je mets les pieds dehors. Splash ! Cela étant dit, moi j’ai au moins la chance d’avoir une porte à pousser (même si je n’en suis pas le proprio) pour sortir. Je n’ai pas lu un seul livre en dix ans ou vu un seul film en quinze, et j’en ai rien à foutre. Tiens, j’entends des avions et des hurlements de sirènes. Tu crois qu’il va pleuvoir cet hiver ? Il faut que je sorte encore une fois de plus les poubelles. Tiens, v’là le facteur. Bordel, vise-moi un peu c’vieux type qui galope !! (…) »