CAHIERS 1957-1972

MAURICE BLANCHOT
Page 454 :
29 décembre 1966
« J’explique à Edern Hallier que lire Blanchot, c’est intéressant pour la sensation de se noyer qu’on a toujours, qu’on lise n’importe quoi de lui. A partit d’un certain moment on perd pied, puis on coule sans aucune sensation de vertige, sans non plus l’effroi de l’abîme, puisqu’il ne s’agit que d’un moment inintelligible du texte, où l’on tourne en rond comme dans un tourbillon fade ; - puis on remonte à la surface, on nage, on comprend de nouveau ; après un certain temps, assez bref, on se noie derechef, et ainsi de suite.
La faute en est à l’auteur, esprit profond mais fêlé, c’est-à-dire incapable de distinguer entre la pensée et le néant de la pensée ; chez lui souvent l’esprit tourne à vide, sans qu’il s’en rende compte. »