CAHIERS 1957-1972

MUSIQUE
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25 décembre 1966
« hier soir, chez les Corbin, audition du Messie ; puis, un chœur russe – un chant liturgique de Glazounov – tout à fait extraordinaire. Trois heures d’émotion intense.
Ce qui est terrible avec la musique, c’est que, après elle, plus rien n’a plus aucun sens, car rien, absolument rien, ne tient le coup lorsqu’on sort de ses « merveilles ». Tout paraît dégradé, inutile, quelconque à côté d’elle. Je comprends qu’on puisse la haïr et qu’on soit tenté d’assimiler ses merveilles à des prestiges, son « absolu » à un mirage. C’est qu’il faut réagir à tout prix contre elle quand on l’aime trop. Personne n’en a mieux compris le danger que Tolstoï ; il l’a dénoncée avec vigueur, il savait qu’elle pouvait faire de lui ce qu’elle voulait. Et il se mit à la haïr pour n’en pas devenir le jouet. »