Sollers et Cioran
Par sanieptia le mercredi 24 janvier 2007, 11:17 - Philippe Sollers - Lien permanent
Voici ce que j'ai envoyé à Pileface.com - site destiné à Philippe Sollers :
SOLLERS UNIVERSITAIRE ?
CIORAN
CAHIERS 1957-1972
Page 497 et 498 :
10 avril 1967
« La crétinisation par la philosophie – phénomène nouveau en France.
Jusqu’à présent l’Allemagne seule paraissait en avoir le privilège. »
« Je tombe sur le livre de Foucault Les mots et les choses, que je n’ai nulle envie de lire, sur une phrase où il met sur le même plan Hölderlin, Nietzsche et Heidegger. Seul un universitaire pouvait commettre une telle faute de lèse-génie. Heidegger, un prof à côté de Nietzsche et de Hölderlin ! Cela me rappelle ce critique qui s’est permis d’écrire : « de Leopardi à Sartre » - comme si de l’un à l’autre il pouvait y avoir la moindre filiation. Un poète, un esprit suprêmement vrai d’un côté, un faiseur doué, mais faiseur, de l’autre. Ce genre de rapprochements, cette confusion des valeurs me mettent hors de moi. »
Sollers ne fait-il pas le même rapprochement (Hölderlin, Nietzsche et Heidegger) dans ses Illuminations ?
Commentaires
Oui, faut pas confondre !
Sollers est désagréable , malgré sa réelle lucidité , à toujours vouloir pêter plus haut qu'il n'a le cul . Il doit être bien malheureux. ça n'empêche , j'ai vraiment souffert pour Nietzsche, et souffert tout court dans mon nietzschisme en lisant "Vie divine"...Et le pire c'est que c'est très beau .
Bonjour,
Je ne l'ai pas lu....
En parlant de souffrance, il y a qques années, pour un travail sur Van Gogh, j'ai moi aussi été très émue en découvrant ts les détails de son existence.
Et c'est un peu ce qui s'est passé à la lecture de la vie de Nietzsche, surtout vers la fin : l'épisode du cheval auquel il a porté secours, son internement, son déchirement envers sa mère qui était très croyante, le glissement ds la schizophrénie ou Dieu sait quoi, ce génie plus grand que lui-même...
Van Gogh, Nietzsche, ce sont les deux seuls êtres de l'Histoire que je vénère par-dessus tout.
Votre sensibilité est une grande qualité et certainement ce qui vs complique le plus l'existence.
Cher Anonyme,
Sollers doit être comme tout le monde, ni vraiment heureux, ni vraiment malheureux. Et, s'il est malheureux, cela pourrait être à cause de sa réelle lucidité : Il serait seul comme Cioran, mais en plus, il saurait qu'il n'est pas un si grand écrivain que cela (je parle du style, pas de ce qu'il raconte) contrairement à Cioran. Quant à Nietzsche, je crois qu'il se moque bien de tout cela, qu'il ne souffre plus depuis longtemps, de quoi que ce soit.
Chère Délie
Il ne faut vénérer personne, seulement reconnaître et aimer les personnes qui nous font du bien, qui nous sont utiles pour nous éveiller ou nous rendre heureuses, ou, plus simplement, pour nous remonter le moral quand nous en avons besoin (que ces personnes soient vivantes ou mortes). Je trouve cela dangereux (ou idiot) de "déifier" des humains.
Merci du compliment concernant ma sensibilité. J'ai l'impression qu'à quarante ans passés, l'écheveau est presque démêlé, que mon existence va se "décompliquer".
Merci de votre présence (qui me permet de répondre avec plaisir).
Ce n'est pas idiot de considérer comme "vénérables" ces êtres d'exception. Van Gogh disait : pour faire une grande oeuvre, il faut mourir à soi-même.
C'est bien ce qu'ils ont fait - lui-mm et Nietzsche, entre autres. -
Et leur oeuvre est exceptionnelle parcequ'au delà de leur génie, ils ont donné volontairement le meilleur d'eux-mêmes à leur passion et à l'humanité.
C'est le ton de votre phrase qui m'a fait vous répondre ainsi : "ce sont les deux seuls êtres de l'Histoire que je vénère par-dessus tout", comme si vous en faisiez des sortes de dieux.
Vous savez Sanieptia, moi, quand j'aime, j'aime très fort et pour tjrs. "Tes vrais amants sont les Poètes" Baudelaire. Wahou ....
Des Dieux ?
Peut-être même, y-a-t-il plus de l'étincelle divine en eux, qu'en tout autre ?
Heidegger, quoi qu'on en dise, ancrait sa pensée dans le paganisme des champs et forêts traversées par un chemin de campagne sur lequel le pélerin allait dans une sérénité fiévreuse à sa propre rencontre... même si ce positionnement l'a conduit à commettre des erreurs idéologiques probablement mal assumées... mais philosophiquement tellement plus excitantes.
Ricoeur, par exemple, a eu des fulgurances incroyables dans sa perception de l'Être en tant que tel, mais ses crispations très Chrétiennes (puritaines par dessus tout) lui ont interdit de les mettre en exergue avec conviction. Heidegger, quant à lui, tout païen qu'il fut dans son mouvement et dans son enracinement a débouché sur des échanges très physiques avec la juive Hannah Arendt ou hautement intellectuels avec le magnifique poète juif Paul Celan.
Il ne faut pas oublier, tout de même, que le thème de la thèse que Heidegger dut rendre au terme de ses études à l'université de Fribourg était : "Traité des catégories et de la signification chez Duns Scot". Pour ceux qui s'intéressent un peu à la Scolastique, Jean Duns Scot (un peu oublié face à Saint-Thomas d'Aquin) a tenu tête à toute la scolastique inspiré des penseurs arabes de l'époque qui tentaient d'établir que les hommes tirés d'une matrice universelle et égalisatrice, une matrice Divine, bien entendu, n'étaient pas dignes de Singularité, mais se valaient tous. Préfiguration de la Machine. Il faut pour saisir cela se pencher sur les fameux "UNIVERSAUX" de la Scolastique. Maurice G. Dantec aborde ce thème avec fureur dans son roman "Grande Jonction". Jean Duns Scot soutenait, grosso modo, que Dieu étant une Singularité, et l'homme étant fait à l'image de Dieu, il devrait de ce fait être une singularité aussi, et certainement pas juste un rouage de la grande machine, comme l'Islam par exemple qui considère que l'on fait partie de la OUMMA ou alors on n'est pas un homme.
Paradoxalement, les juifs non fondamentalistes, considéraient l'homme de la même manière. Gershom Sholem affirmait que s'il y avait 600 000 juifs à la Montagne de Sion, il y avait 600 000 portes pour accéder à l'Éternel dont la Loi de Moïse ne devait qu'offrir l'assurance de la préservation de cet accès.
Ce nain de la pensée qu'était Sartre pilla Heidegger de fond en comble... mais l'adaptant à sa sauce. Si Heidegger avait été quelque peu conciliant avec l'existentialisme émergeant, je suis assez persuadé que nos chers intellectualistes post-modernes ne twisteraient pas autour de son cadavre de nos jours afin de trancher si "oui" ou "non" Heidegger fut fréquentable ou pas. Sa réponse à la "non-pensée" de Sartre par la fameuse "Lettre sur l'Humanisme" indique bien qu' "Être et temps" ne constitue pas une anthropologie, puisque ce qui est visé à travers le Dasein, c'est le rapport à l'être, et non une définition de l'essence humaine et encore moins une définition des modalités de son engagement socio-politique. L'engagement national-Socialiste du penseur lui aura servi de leçon et il n'allait pas s'engager comme le Sartre à gueule de caméléon dans un engagement de Gôche Stalinien. C'est bien de désengagement dont il est question afin d'atteindre le seul engagement qui compte : celui de l'Approche de l'ÊTRE.
De ce point de vue, Heidegger est probablement le plus grand penseur du 20ème Siècle... ma seule résèrve pour affirmer cela étant ma modeste condition de prolétaire-magasinier qui m'empêche d'aborder les penseurs de notre temps avec le sérieux et la profondeur qui s'impose afin de donner un avis définitif.
Merci pour votre commentaire. Je pense que ça intéressera certaines personnes. Pour ma part, je ne m'intéresse pas à ce genre de choses (ce que vous racontez dans votre commentaire et comment vous le racontez). Je préfère vos aphorismes.