Lettre à mon frère
Par sanieptia le lundi 1 janvier 2007, 14:39 - ma littérature - Lien permanent
Jeudi 28 décembre 2006
Cher B.,
Je viens d’apprendre que tu es dans une sale situation.
Jusqu’à présent, je m’étais imaginé que tu avais disparu pour changer de vie
sans être emmerdé, ni par J., ni par tes proches qui n’auraient pas manqué de
vouloir de donner des conseils ou te déconseiller telle ou telle chose. Je
m’imaginais que tes projets ou que ta nouvelle activité était à la limite de la
légalité, et qu’ainsi, tu préférais rester caché, secret, pour ne pas être jugé
(sur tes activités), pour ne pas être éventuellement trop facilement retrouvé
par la police.
Ensuite, quand tu as écrit pour demander de l’argent aux parents, pour t’aider
dans un projet professionnel, je me suis dit encore : « tout va bien
». Seulement, je viens d’apprendre hier, quand S. a reçu ta lettre de
remerciement, de Joyeux Noël et de Joyeux Anniversaire pour Maman, que cet
argent avait servi à améliorer ton quotidien (dormir de temps en temps à
l’hôtel, mieux te nourrir). Je ne te cache pas que cela m’a touché, de te voir,
je ne pense pas me tromper « SDF du côté d’Aix en Provence ». J’espère que
je me trompe, que tu vas mieux que ça, psychologiquement et
matériellement.
J’ai respecté jusqu’à présent ton silence (je n’avais pas vraiment le choix)
mais j’aimerais beaucoup que tu répondes à cette lettre. Je veux simplement
dire que cela me ferait plaisir de savoir comment tu vas vraiment, sans fausse
pudeur, sans peur d’être jugé.
Maman ne va pas bien. Tu le sais. Une sorte de déprime foudroyante. Elle est
internée au C.H.U. de Clermont-Ferrand. S. et C. pensent que cela lui ferait du
bien que tu la soutiennes. Une lettre si une visite n’est pas possible, que S.
pourra « filtrer » comme il l’a fait pour ton dernier mot. Il a
décidé de ne pas parler de tes difficultés à M. pour l’instant, de peur que
cela ne l’attriste encore plus. Elle se pose des questions, elle se sent
coupable, ou essaie de ne pas l’être…
Moi, je pense que tu dois continuer à faire ta vie comme tu l’entends, mais que
tu ne dois pas oublier, si ça va mal, psychologiquement ou matériellement, que
tu peux te réfugier chez les parents. C. l’a fait il y a quelques années, et ça
a été plutôt positif : elle se retrouve avec un boulot qui lui plaît et
qui est enfin dans ses compétences : l’amour du vin et la vente. J’espère
aussi, quoi qu’il se passe, que tu feras les meilleurs choix pour toi, que tu
utiliseras cette période difficile comme un point de départ d’une nouvelle vie
(en février, tu n’auras que 44 ans, ce qui est plutôt jeune à notre époque
!)
Assez de bla-bla…
Si tu n’es pas encore fou, tu dois savoir que tout le monde t’aime et pense à
toi, a envie que ça aille bien pour toi. (Même les personnes qui jugent les
autres facilement d’habitude se sont tues !) Nous serons toujours avec toi,
cher frangin, quoi qu’il se passe.
Espérant te lire, ou t’entendre, ou te voir un jour.