Jeudi 28 décembre 2006

Je n’ai pas envie d’écrire. J’ai envie de déprimer moi-aussi, de rester au chaud, à ne rien faire.
J’étais sensé écrire une lettre à mon frère avant hier (celui qui a disparu en février, celui qui repris contact récemment avec mes parents pour demander de l’argent afin de l’aider dans un projet professionnel, argent qui lui a été envoyé par l’intermédiaire d’un organisme de solidarité car nous n’avons toujours pas son adresse). Eh bien, j’ai bien fait de ne pas l’écrire cette lettre, car mes parents ont reçu sa réponse hier, ses remerciements. (Point positif dans cette lettre, il ose enfin dire un peu la vérité.) Le projet professionnel, ce n’est pas une petite entreprise, et l’argent, d’après ce qu’il dit, lui permet d’améliorer son quotidien, de dormir de temps en temps à l’hôtel, de se nourrir un peu mieux. En résumé, mon frère parti à l’aventure en février est plus ou moins devenu SDF du côté d’Aix en Provence.
Je vais lui écrire aujourd’hui, lui dire que si ça devient vraiment dur, insupportable, il peut se réfugier chez les parents, y trouver un toit et de la nourriture, avant éventuellement de repartir. Ca a marché pour ma sœur il y a quelques années. Elle a maintenant un job qui lui convient, dans lequel elle réussit bien.
J’étais aussi sensé appeler mon autre frère, celui qui a coupé les ponts il y a de longues années déjà, celui qui n’a pas répondu à mon dernier courrier, en septembre. Répondeur mardi soir, répondeur mercredi soir. Ai laissé un message de Joyeux Noël pour lui, sa femme et leur deux filles. Je l’ai informé que notre mère était hospitalisée au C.H.U. de Clermont-Ferrand. Je me sens si impuissant, si inapte à faire face à tout cela…
Sur le chemin menant au café je pensais que j’aurais peut-être une bonne surprise en allant au distributeur voir l’état de mon compte, et je pensais à une prime de fin d’année. C’est arrivé il y a deux ans, et c’était effectivement une bonne surprise. Parce qu’Emilie est à découvert, parce qu’elle n’aime pas ça, et parce que moi j’atteins gentiment la limite des 500 euros de découvert autorisé.
Janvier me fait peur : à nouveau les d’impôts, l’assurance auto, l’EDF… Et toujours les appels de fonds pour le ravalement de l’immeuble (environ 200 euros par mois). Comment vais-je faire ? Vivre à nouveau avec du lait et des corn flakes, du pain et du fromage râpé ?
L’idée, en ce moment, depuis le 24 décembre, avec Emilie, n’est plus d’acheter un appartement (pour ne plus avoir de quoi vivre ensuite), mais d’habiter le studio, qu’elle devienne co-propriétaire et que nous en partagions les frais ; que nous utilisions l’argent dégagée par cet arrangement pour en faire un joli nid (au lieu d’une chambre d’étudiant plus ou moins à l’abandon – ce qu’il est actuellement). Un joli nid dont on pourra tirer un bon prix, le moment venu, une fois le ravalement effectué, les parties communes refaites, car elles sont pour l’instant vraiment défraîchies, moches.
Tout cela m’angoisse : le notaire, les paperasses, les travaux qu’il faut faire dans le studio… Effacer le nom de mon ex qui est actuellement co-propriétaire avec moi, même si elle n’a rien payé de cet appartement et qu’elle ne réclamera rien lors du changement de nom (qui correspond plus ou moins à une vente).
En attendant, je vais procéder par ordre. M’occuper du linge, essayer de ne pas déprimer, et écrire à mon frère aîné. A chaque jour suffit sa peine, comme dit l’autre, et si l’on arrive à placer chaque jour de petites briques, même lorsqu’on est fatigué, qu’on n’a pas envie, on a une petite chance de construire quelques chose, et puis après la pluie le beau temps, après le froid un peu de chaleur, etc.