Psychologies Magazine – Octobre 2006

Dossier : Trouver le meilleur de soi

INTRODUCTION
Page 194 :
« Dans la vie de tous les jours, à l’école, au bureau, en société, c’est plutôt « profil bas » qui nous est demandé, non ? Ne pas se faire remarquer, ne pas trop mettre en avant son point de vu, rester dans la norme… »

Profil bas… C’est un peu ce que j’ai joué toute ma vie.
Ce doit être pour ça (pour compenser) qu’il m’arrive d’être un rien mégalo dans mes écrits - et dans mes rêves d’artiste !

« Alors quand les ténors de la psychologie positive nous encouragent au contraire à débusquer et à exprimer nos points forts, il y a vraiment de quoi se réjouir ! Oui, nous sommes tous des créateurs, oui nous avons tous des qualités singulières, oui nous sommes tous capables d’accomplir nos rêves ! les obstacles à franchir sont intérieurs, et parmi eux, l’un des plus dommageables est d’abord la méconnaissance de nous-même. En ne prenant pas le temps d’écouter ce qui palpite en nous, nous nous condamnons à stagner dans un à-peu-près de ce que nous pourrions être. »

Encourageant, non !

INTERVIEW DE GUY CORNEAU
Page 196 :
« Je suis conscient qu’aller vers l’expression de soi demande un certain courage. »

Page 198 :
« Je pense que pour toucher les meilleur de soi, il faut déjà se donner du temps pour rêver. Des pauses où l’imagination peut se mettre en marche et nous permettre de nous voir autrement. »

Page 200 :
Psy-Mag : « Pourquoi nous coupons-nous de ce meilleur de nous ? »
Corneau : « Par peur de ne pas exister. »

« Dès notre venue au monde, nous sommes pris par l’intense besoin de reconnaissance des autres. »

« Suite aux différentes « contractions », aux chocs que la vie nous envoie et qui réactivent notre peur de ne pas exister, nous allons commencer, pour plaire aux autres, à faire des choses qui ne sont pas exactement liées à notre être profond. »

« C’est là que l’écart s’installe. »

« C’est le cercle vicieux : je me sens de plus en plus oppressé, donc je fais de plus en plus d’efforts pour obtenir la reconnaissance des autres et sentir que j’existe, afin de m’estimer un peu plus… Et c’est là que le piège se referme ».

Page 202 :
« Un être ne peut s’estimer que s’il est en train de développer son potentiel. »

BELLE VISION
« Je pense que nous avons tous un potentiel créateur important. Cette essence créatrice, c’est notre individualité profonde. C’est ce qui fait que l’on va apporter, comme disait Saint-Exupéry, « notre pierre », notre touche personnelle dans le monde. Il y a ceux qui savent construire des maisons, il y a des accompagnateurs, des guérisseurs, des enseignants, des artistes… Dans une société, on a besoin de tous et je me dis que chacun arrive avec son parfum, sa couleur, avec lesquelles il va embellir le monde. C’est d’ailleurs en déployant ce parfum, cette teinte que la personne rencontre le bonheur, la joie d’exister. »

Psy-Mag : « Faut-il être artiste pour ça ? »
Corneau : « Absolument pas ! D’ailleurs, à partir du moment où j’attends un résultat donné par lequel je vais mesurer ma valeur, je suis dans le problème. »

Cela me rappelle quelqu’un…

« Moi, par exemple, j’aime chanter et jouer de la guitare, mais je suis loin de l’Olympia ! Simplement, ce plaisir-là est important pour moi. Je n’en attends pas un résultat, mais je sais que, si je fais de la musique vingt minutes le matin, ma journée sera pleine, remplie de bien d’autres choses, parce que moi-même je serai plus « chantonnant », mieux dans mes pompes, plus en contact avec ma puissance créatrice. »

COPAIN AVEC MICHEL ONFRAY
Psy-Mag : « Ce qui stimule le meilleur de soi, ce serait donc le plaisir ? »
Corneau : « Oui, c’est la maîtrise progressive de quelque chose qui nous fait vibrer. Il y en a qui sont bons avec le bois, d’autres avec les mains, avec l’électronique… Ce plaisir de progresser dans ce que l’on aime vraiment est plus important pour l’estime de soi qu’exercer un métier socialement reconnu, mais qui ne fait pas vibrer. »

Psy-Mag : « L’ennui indique-t-il que nous sommes à côté ? »
Corneau : « Oui, on n’est pas fait pour s’ennuyer dans son couple, au travail… »

« Un ennui récurrent, c’est le signe que je dois trouver une façon de restimuler ma vie et de m’animer différemment. Car, ce dont nous parlons avec « le meilleur de soi », c’est aussi de vitalité. »

« L’essence créatrice, c’est d’abord une sensation : je me sens dans mon monde, dans ma force, porté dans mon enthousiasme, je me sens une ferveur, une passion. Ca devrait être notre façon naturelle de vivre. »

Pas si évident… Mais on peut s’en approcher !

COMMENT SE RECONNECTER ?
« Lorsque l’on a perdu le contact avec ses talents, ses dons, il faut vraiment se permettre des longs temps de repos, de rêveries, où l’on va pouvoir se demander : « Qu’est-ce qui me fait vibrer ? Qu’est-ce qui me donne le goût de vivre ? » Peu importe le résultat, peu importe ce que les autres pensent… Des réponses d’abord très générales, très vagues vont alors monter en soi : ce qui me plaît, c’est le bois, la pierre, le plein air… » Trop souvent, on veut tout de suite concrétiser, or c’est une erreur. Il faut d’abord que je rêve longtemps. Que je rêve éveillé à ce qui me plairait. (…) « Tiens, si je me laissais aller, que je lâchais tout, il n’y a plus de limites, dans quelle direction aimerais-je aller ? »

Page 204 :
« Si quelqu’un se dit : « J’aime l’enseignement », en réalité, il y a d’innombrables façons d’enseigner. On peut être enseignant dans une école, mais on peut aussi donner des conférences, des formations pour adultes, écrire des livres, apprendre le jardinage à ses petits enfants… »

COMMENT Y PARVENIR ?
« En me demandant d’abord : « Quel va être mon premier pas ? » Mieux vaut commencer par des petites concrétisations, sans bouleverser sa vie au grand complet. Ma proposition, c’est de se dire, avant d’être dans une trop grande souffrance : « Tiens, je vais faire un peu de musique, je vais me remettre au vélo, je vais me faire coacher pour créer ma propre entreprise… Je vais faire un premier pas. » La progression est essentielle dans ce déploiement de la créativité. Car si j’avais la sensation d’être passé à côté de moi-même, un trop grand changement risque d’amener une autre peur, la peur d’échouer, et je risque d’être ramené à ma stagnation de départ. Mieux vaut donc aller progressivement. Ce n’est pas la façon magique, c’est la façon lente qui va apporter une joie très profonde.

C’EST LA GARANTIE DU BONHEUR ?
Il n’y a jamais aucune garantie de rien. Ce que je sais, c’est que nous sommes là pour éprouver du plaisir et nous déployer. Si nous tirons le fil de l’élan créateur, nous ne pourrons empêcher les souffrances, les épreuves, les difficultés, mais celles-ci auront soudain moins de prise sur nous parce que nous aurons envie de voir comment continuer à nous déployer. En revanche, si nous perdons le contact avec notre essence créatrice, nous perdons aussi l’envie d’être là. Et la maladie, la dépression peuvent alors s’installer… »

« Ce que je sais, c’est que nous sommes là pour éprouver du plaisir et nous déployer. »

Belle philosophie, non ?

Ne perdons pas le contact !

Psy-Mag : « Retouver « le meilleur de soi » reviendrait donc à donner du sens à sa vie ?
Corneau : « Le meilleur de nous se déploie quand nous marchons vers des accomplissements qui ont du sens pour nous, quand nous orientons nos talents en fonction d’un idéal, quand nous pouvons répondre avec fierté à cette question : « A quoi sert mon action ? » Alors, notre valeur ne se mesure pas aux résultats que nous obtenons, mais c’est notre contribution à ce qui nous dépasse qui importe. En ce sens, une mère (ou un père) qui crée une belle relation avec ses enfants, ou un homme et une femme qui cherchent à maintenir une parole authentique dans leur couple participent à une grande création ! Nous ne sommes pas tous président de la République, mais nous avons tous quelque chose à apporter au monde… du moment que nous maintenons allumée la flamme créatrice de notre être. »

Notre contribution à ce qui nous dépasse…

Maintenons la flamme allumée !