Michel Onfray
Par sanieptia le lundi 30 octobre 2006, 14:15 - Michel Onfray - Lien permanent
Contre-histoire de la philosophie
1 - Les sagesses antiques
ANTIPHON MEDECIN
Page 94 :
« A ma connaissance, Freud ne cite jamais Antiphon d’Athènes, qui pourrait
pourtant bien passer pour le précurseur de la discipline créée à Vienne au
début du XXe siècle. Qu’on en juge : après avoir eu recours à des libelles
d’un genre publicitaires, Antiphon a ouvert près de l’agora de Corinthe un
genre de cabinet dans lequel il reçoit des patients qu’il soumet à un
traitement qui repose sur la parole. D’abord il écoute dans un tête-à-tête,
puis suit une thérapie verbale. Le contenu de cette conversation vise la
disparition de la souffrance qui a amené le patient au domicile du philosophe.
Les détails de cette médication de l’âme par le verbe étaient sûrement
consignés dans son livre L’art d’échapper à l’affliction, mais cet
ouivrage n’a pas été retrouvé… »
J’espère qu’on le retrouvera un jour. C’est encore possible je crois ; on arrive de nos jours à lire des manuscrits carbonisés…
GOUROU ? THERAPEUTE ?
« On reconnaissait au sophiste un immense pouvoir de persuasion, une
puissance feu verbale considérable. On imagine quel thérapeute il pouvait être.
Son option matérialiste, moniste, immanente lui permet de concevoir qu’on peut
accéder à la cause profonde du mal, située dans la matière atomique du patient,
à l’aide de la parole qui fabrique des représentations utiles pour agir sur le
corps et infléchir les logiques de souffrance psychiques, donc corporelles. Les
principes de la psychanalyse se trouvent ici ramassés d’une manière
étonnante.
Pire, ou mieux, Antiphon donne aux rêves un rôle cardinal dans l’économie de
cette thérapie. Il propose en effet de les interpréter. A sa manière, il aurait
pu faire du rêve la voie royale qui mène à ce qu’on n’appelait pas encore
l’inconscient, mais qui se dissimule dans les atomes psychiques avant de
contaminer les atomes somatiques. »
Tout cela il y a 24 ou 25 siècles, c’est assez puissant !
HUMOUR
Page 96 :
« Inventeur de la psychanalyse, il l’est aussi du parangon lacanien –
disons plutôt de l’analyste recourant à l’humour ou à l’ironie en cas de
nécessité. Qu’on en juge : un paysan soigne mal ses truies que, de son
domicile, Antiphon voit maltraiter et mal nourrir. L’une d’entre elles dévore
un jour ses petits. Le porcher s’en ouvre au philosophe et craint un mauvais
présage. Antiphon lui rétorque qu’il peut se réjouir que la truie affamée n’ait
pas dévoré ses enfants à lui, le porcher, et qu’il peut donc s’en trouver fort
aise… »