Virginie Despentes
Par sanieptia le vendredi 27 octobre 2006, 12:24 - Littérature - Lien permanent
VIRGINIE DESPENTES PENSE A NOUS AUSSI
Page 30 :
« Car la virilité traditionnelle est une entreprise aussi mutilatrice que
l’assignement à la féminité. Qu’est-ce que ça exige, au juste, être un homme,
un vrai ? Répression des émotions. Taire sa sensibilité. Avoir honte de sa
délicatesse, de sa vulnérabilité. Quitter l’enfance brutalement, et
définitivement : les hommes-enfants n’ont pas bonne presse. Etre angoissé
par la taille de sa bite. Savoir faire jouir les femmes sans qu’elles sachent
ou veuillent indiquer la marche à suivre. Ne pas montrer sa faiblesse. Museler
sa sensualité. S’habiller dans des couleurs ternes, porter toujours les mêmes
chaussures pataudes, ne pas jouer avec ses cheveux, ne pas porter trop de
bijoux, ni aucun maquillage. Devoir faire le premier pas, toujours. N’avoir
aucune culture sexuelle pour améliorer son orgasme. Ne pas savoir demander
d’aide. Devoir d’être courageux, même si on n’en a aucune envie. Valoriser la
force quel que soit son caractère. Faire preuve d’agressivité. Avoir un accès
restreint à la paternité. Réussir socialement, pour se payer les meilleures
femmes. Craindre son homosexualité car un homme, un vrai, ne doit pas être
pénétré. Ne pas jouer à la poupée quand on est petit, se contenter de petites
voitures et d’armes en plastique supermoches. Ne pas prendre soin de son corps.
Etre soumis à la brutalité des autres hommes, sans se plaindre. Savoir se
défendre, même si on est doux. Etre coupé de sa féminité, symétriquement aux
femmes qui renoncent à leur virilité, non pas en fonction des besoins d’une
situation ou d’un caractère, mais en fonction de ce que le corps collectif
exige. Afin que, toujours, les femmes donnent des enfants pour la guerre, et
que les hommes acceptent d’aller se faire tuer pour sauver les intérêts de
trois ou quatre crétins à vue courte. »