Dimanche 22 octobre 2006

Ai fini King Kong Théorie hier. Ce n’est pas du tout ce que je pensais finalement : un témoignage, mais une réflexion, un ouvrage intellectuel en quelque sorte ; ce qui explique pourquoi je l’ai trouvé au rayon « sciences humaines » et non en « littérature ».

Virginie Despentes parle des femmes dans ce livre, mais aussi des hommes :

« J’écris donc d’ici, de chez les invendues, les tordues… » page 12, et une page plus tard : « aussi bien et dans la foulée que pour les hommes qui n’ont pas envie d’être protecteurs, ceux qui voudraient l’être mais ne savent pas s’y prendre, ceux qui ne savent pas se battre, ceux qui chialent volontiers, ceux qui ne sont pas ambitieux, ni compétitifs, ni bien membrés, ni agressifs, ceux qui sont craintifs, timides, vulnérables, ceux qui préfèreraient s’occuper de la maison plutôt que d’aller travailler, ceux qui sont délicats, chauves, trop pauvres pour plaire, ceux qui ont envie de sa faire mettre, ceux qui ne veulent pas qu’on compte sur eux, ceux qui ont peur tout seuls le soir. »

Aussi page 30 :

« Car la virilité traditionnelle est une entreprise aussi mutilatrice que l’assignement à la féminité. Qu’est-ce que ça exige, au juste, être un homme, un vrai ? Répression des émotions. Taire sa sensibilité. Avoir honte de sa délicatesse, de sa vulnérabilité. Quitter l’enfance brutalement, et définitivement : les hommes-enfants n’ont pas bonne presse. Etre angoissé par la taille de sa bite. Savoir faire jouir les femmes sans qu’elles sachent ou veuillent indiquer la marche à suivre. Ne pas montrer sa faiblesse. Museler sa sensualité. S’habiller dans des couleurs ternes, porter toujours les mêmes chaussures pataudes, ne pas jouer avec ses cheveux, ne pas porter trop de bijoux, ni aucun maquillage. Devoir faire le premier pas, toujours. N’avoir aucune culture sexuelle pour améliorer son orgasme. Ne pas savoir demander d’aide. Devoir d’être courageux, même si on n’en a aucune envie. Valoriser la force quel que soit son caractère. Faire preuve d’agressivité. Avoir un accès restreint à la paternité. Réussir socialement, pour se payer les meilleures femmes. Craindre son homosexualité car un homme, un vrai, ne doit pas être pénétré. Ne pas jouer à la poupée quand on est petit, se contenter de petites voitures et d’armes en plastique supermoches. Ne pas prendre soin de son corps. Etre soumis à la brutalité des autres hommes, sans se plaindre. Savoir se défendre, même si on est doux. Etre coupé de sa féminité, symétriquement aux femmes qui renoncent à leur virilité, non pas en fonction des besoins d’une situation ou d’un caractère, mais en fonction de ce que le corps collectif exige. Afin que, toujours, les femmes donnent des enfants pour la guerre, et que les hommes acceptent d’aller se faire tuer pour sauver les intérêts de trois ou quatre crétins à vue courte. »

Elle parle du viol, de la prostitution, de la pornographie.
Elle parle de nous, de notre société, des hommes qui sont faits (« éduqués ») pour mourir à la guerre et des femmes qui sont faites (« éduquées ») pour servir les hommes.
C’est très intéressant. Beaucoup de choses auxquelles je n’avais jamais pensé.
Et en plus, Virginie, elle ne manque pas de style !

Vais en relire des morceaux je crois, voir ce que je peux partager de ce livre sur mon blog.