Contre-histoire de la philosophie – 1

Les sagesses antiques

ANTIPHON

PLATON ET LES SOPHISTES
Page 89 :
« Sous le régime d’écriture platonicien de l’histoire de la philosophie, les sophistes paient depuis vingt-cinq siècles le tribut considérable d’une mauvaise réputation et d’une définition fautive. »

Page 90 :
« Pour le plus grand nombre – en vertu d’ailleurs de l’une des acceptions du dictionnaire -, le terme sophiste qualifie l’amateur d’arguments captieux ; la sophistication, une opération qui vise à tromper par un ajout d’apparence à même de dissimuler la vérité ; la sophistiquerie désigne l’excessive et fautive subtilité ».

PLATON ARISTOCRATE
Page 91 :
« Qu’on n’oublie pas l’extraction aristocratique de Platon, elle explique beaucoup de choses, notamment son mépris des sophistes qui font payer leurs leçons. En effet, presque tous proviennent de la classe moyenne et aucun ne dispose, comme Platon, de revenus familiaux lui permettant de vivre sans travailler ni monnayer ses talents et savoirs. Platon déteste la médiation du salaire, comme tous les individus assez fortunés pour se permettre de mépriser la trivialité de l’argent. Itinérants, originaires de milieux modestes, les sophistes disposaient de ce seul moyen pour assurer leur subsistance. »

LES SOPHISTES, PHILOSOPHES POUR TOUS
« Ce que Platon déteste également chez les sophistes, c’est qu’ils démocratisent la culture et le savoir, qu’ils interviennent dans des endroits publics, qu’ils ne choisissent pas leur auditoire et ne le confinent pas dans un endroit coupé du monde – l’Académie par exemple – et acceptent une interaction avec lui sur le principe des questions et des réponses : se mélanger à la plèbe, au tout-venant, aux petits, aux non-nobles, travailler à ciel ouvert !, autant de péchés mortels pour le philosophe au sang bleu. »

ANTIPHON ET SES MYSTERES
Page 92 :
« Antiphon d’Athènes avance masqué : zones d’ombre sur ses dates – on ignore celle de sa naissance, et celle de sa mort, qui a fait l’objet de longues recherches, a récemment été fixée à 411 av. J.-C. -, sur sa biographie, sur son personnage même puisqu’on s’est longtemps demandé se ce nom ne cachait pas deux identités, avant de conclure à l’existence de deux personnes : un sophiste et orateur, notre Antiphon, et un rhéteur dit de Rhamnonte. La multiplicité des activités du personnage qui a touché à tous les domaines, l’état lacunaires des supports, les obscurités là aussi concernant l’engagement dans un coup d’Etat en faveur de l’oligarchie, l’apparente contradiction avec les thèses des fragments politiques sur la concorde, tout contribue à épaissir le mystère plutôt qu’à lever des voiles… »

ANTIPHON, INVENTEUR DE LA PSYCHANALYSE ?
Page 93 :
« L’âme doit éviter les tensions multiples et les combats entre plusieurs motifs. Quand elle subit la loi des guerres intérieures, le psychisme se trouve fragilisé et le corps en subit les conséquences, d’où des fragilités, douleurs, souffrances et malaises. Matérielle et mortelle comme le corps, l’âme se travaille, se soigne, se calme. Modalité subtile et atomique de la chair, on y accède possiblement par le langage, le verbe, la parole, la voix. De manière extravagante, Antiphon d’Athènes, au Ve siècle avant l’ère chrétienne, invente un thérapie qui ressemble étrangement à la psychanalyse… »

Apaisons nos guerres intérieures…