Michel Onfray
Par sanieptia le mardi 3 octobre 2006, 15:09 - Michel Onfray - Lien permanent
Contre-histoire de la philosophie – 1
Les sagesses antiques
ANTIPHON
PLATON ET LES SOPHISTES
Page 89 :
« Sous le régime d’écriture platonicien de l’histoire de la philosophie,
les sophistes paient depuis vingt-cinq siècles le tribut considérable d’une
mauvaise réputation et d’une définition fautive. »
Page 90 :
« Pour le plus grand nombre – en vertu d’ailleurs de l’une des acceptions
du dictionnaire -, le terme sophiste qualifie l’amateur d’arguments
captieux ; la sophistication, une opération qui vise à tromper
par un ajout d’apparence à même de dissimuler la vérité ; la
sophistiquerie désigne l’excessive et fautive subtilité ».
PLATON ARISTOCRATE
Page 91 :
« Qu’on n’oublie pas l’extraction aristocratique de Platon, elle explique
beaucoup de choses, notamment son mépris des sophistes qui font payer leurs
leçons. En effet, presque tous proviennent de la classe moyenne et aucun ne
dispose, comme Platon, de revenus familiaux lui permettant de vivre sans
travailler ni monnayer ses talents et savoirs. Platon déteste la médiation du
salaire, comme tous les individus assez fortunés pour se permettre de mépriser
la trivialité de l’argent. Itinérants, originaires de milieux modestes, les
sophistes disposaient de ce seul moyen pour assurer leur
subsistance. »
LES SOPHISTES, PHILOSOPHES POUR TOUS
« Ce que Platon déteste également chez les sophistes, c’est qu’ils
démocratisent la culture et le savoir, qu’ils interviennent dans des endroits
publics, qu’ils ne choisissent pas leur auditoire et ne le confinent pas dans
un endroit coupé du monde – l’Académie par exemple – et acceptent une
interaction avec lui sur le principe des questions et des réponses : se
mélanger à la plèbe, au tout-venant, aux petits, aux non-nobles, travailler à
ciel ouvert !, autant de péchés mortels pour le philosophe au sang
bleu. »
ANTIPHON ET SES MYSTERES
Page 92 :
« Antiphon d’Athènes avance masqué : zones d’ombre sur ses dates – on
ignore celle de sa naissance, et celle de sa mort, qui a fait l’objet de
longues recherches, a récemment été fixée à 411 av. J.-C. -, sur sa biographie,
sur son personnage même puisqu’on s’est longtemps demandé se ce nom ne cachait
pas deux identités, avant de conclure à l’existence de deux personnes : un
sophiste et orateur, notre Antiphon, et un rhéteur dit de Rhamnonte. La
multiplicité des activités du personnage qui a touché à tous les domaines,
l’état lacunaires des supports, les obscurités là aussi concernant l’engagement
dans un coup d’Etat en faveur de l’oligarchie, l’apparente contradiction avec
les thèses des fragments politiques sur la concorde, tout contribue à épaissir
le mystère plutôt qu’à lever des voiles… »
ANTIPHON, INVENTEUR DE LA PSYCHANALYSE ?
Page 93 :
« L’âme doit éviter les tensions multiples et les combats entre plusieurs
motifs. Quand elle subit la loi des guerres intérieures, le psychisme se trouve
fragilisé et le corps en subit les conséquences, d’où des fragilités, douleurs,
souffrances et malaises. Matérielle et mortelle comme le corps, l’âme se
travaille, se soigne, se calme. Modalité subtile et atomique de la chair, on y
accède possiblement par le langage, le verbe, la parole, la voix. De manière
extravagante, Antiphon d’Athènes, au Ve siècle avant l’ère chrétienne, invente
un thérapie qui ressemble étrangement à la psychanalyse… »
Apaisons nos guerres intérieures…