1 - LES SAGESSES ANTIQUES

HIPPARQUE
Page 77 :
« Les seuls détails dont nous disposons se trouvent dans une mention de Diogène Laërce qui permet de conjecturer sa présence auprès de Démocrite lors de sa mort, sa qualité de pythagoricien et son écriture d’un traité intitulé Sur la joie ou le bien-être. »

HIPPARQUE EPIGONE ?
Page 78 :
« Le traité d’Hipparque pourrait procéder des imitations, un genre extrêmement pratiqué à l’époque antique où l’on n’entretient pas le culte de la propriété littéraire, la passion du droit d’auteur ou la religion de la nouveauté, qui ont amené l’usage contemporain des citations entre guillemets. En ces temps où se reconnaissait l’autorité d’un maître, on s’autorisait volontiers de ses thèses pour écrire un ouvrage à sa manière tout en le signant de son nom sans encourir l’accusation de plagiat. Les pseudos abondent et il faut démêler l’écheveau : un texte signé Platon n’est pas forcément de lui mais procède sûrement de son inspiration, malgré l’ensemble des distorsions effectuées par la subjectivité de l’épigone. »

Page 79 :
« Dans ce contexte d’imitation, de manque éthique, d’épigone maladroit, de sagesse populaire présentée comme une morale en bonne et due forme, les pages d’Hipparque se doivent lire à la manière d’un pense-bête hédoniste consignant ce qu’il faut faire, penser et croire pour parvenir à la vie la plus plaisante. »

LA PHILOSOPHIE D’HIPPARQUE
Page 79 :
« D’abord, envisager l’existence tel un voyage. »

Cela me rappelle quelqu’un…

S’ATTENDRE A TOUT
Page 80 :
« Comme dans un périple, on doit donc s’attendre à tout : l’existence ne coïncide pas toujours avec un voyage d’agrément. Hipparque donne les détails : le corps est périssable, les maladies menacent, et elles sont nombreuses ; l’âme aussi connaît ses affections, et pas des moindres. »

ENERGIE POSITIVE
« Face à ce tableau, les biens paraissent rares et qui plus est périssables, passagers. De la même manière, les hommes vivent une existence limitée dans le temps, finalement très courte en regard de l’éternité. Autant transformer ce moment passé sur la planète en occasions de jubilation. Comment ? Par exemple en jubilant de tout ce qui arrive et se place sous le signe du bien, en jouissant de ce moment, en adhérant à cet instant. Prendre conscience de la richesse d’un instant précaire mais heureux, savoir qu’il est une grâce dans une existence majoritairement placée sous le signe de la négativité, voilà une recette facilement applicable et directement pourvoyeuse de joie. Cette énergie positive permet de supporter plus facilement les mauvaises surprises de l’existence. »

FAIRE AVEC
Page 81 :
« Le soucis de ce qui est doit se doubler d’un refus de ce qui pourrait être. Ne pas se contenter d’être et envisager l’avenir, parier et tabler sur les potentialités d’un futur possiblement extraordinaire génère trop de déconvenues. Le désespoir advient si l’on a espéré, la déception surgit parce que l’on a attendu ; leçon de sagesse : ne pas espérer, ne pas attendre, faire avec… Toute philosophie hédoniste invite à une concentration sur la seule modalité présente du temps : elle invite à ne pas laisser à la nostalgie ou à la futurition un quelconque pouvoir sur soi. »

Une chose difficile : ne pas espérer, alors qu’on ne peut pas vivre sans espérer…

Voyons mon cas :
J’espère me révéler un jour un grand artiste, un grand penseur…
Je risque d’être déçu.
Mais j’espère aussi me « guérir », être plus heureux, et cela, c’est déjà plus concret. J’en mesure les résultats au fil des mois et des années. C’est un travail de longue haleine, qui vous occupe à plein temps. J’espère progresser en fait, dans mon rapport avec moi-même, avec les autres, avec la vie et avec l’univers. Et je le confirme encore une fois : je progresse ! Et j’espère aussi que ces progrès, la jouissance de vivre qu’ils engendrent me consoleront, le cas échéant, de n’être pas finalement un grand artiste, un grand penseur. Au moins, j’aurai fait de mon mieux pour vivre comme je l’entendais et je n’aurai rien à regretter.
J’espère, donc, sans espérer, en acceptant d'abord ce qui arrive. Je vis. Je vois ce qui m’arrive de bon et de moins bon. Je n’ai pas peur du moins bon, car je sais qu’il participera à ma vie, la fera virer un peu à droite ou à gauche, la construira autant que le bon ; et elle continuera, et je continuerai de la découvrir au fur et à mesure, et je continuerai de m’en amuser autant que je peux, de l’utiliser autant que je peux pour continuer à progresser, à apprendre, à découvrir… Car j’aime apprendre, découvrir.

TRANSFORMER LE NEGATIF EN POSITIF
« Autre leçon à même de générer la joie : dans le négatif, chercher et savoir trouver les raisons de découvrir une positivité : Les coups du sort nous privent de notre fortune ? très bien, voilà autant de soucis en moins, d’inquiétudes évitées, de craintes épargnées. Ils nous enlèvent notre pouvoir ? parfait, la situation nouvelle nous dispensera de fréquenter des parasites, considérables dans les lieux de puissance et d’argent. Ils nous enlèvent des amis ? excellent, qui sait en effet si ce n’était pas de futurs ennemis ainsi heureusement hors jeu… »

Cela me fait penser à Epictète : Ce qui dépend de nous.

NE PAS S’APITOYER SUR SON PROPRE SORT
« On tâchera également de ne pas se prendre pour le centre du monde. Eviter la paranoïa, dirait-on dans les termes d’aujourd’hui. Car on se plaint souvent que des catastrophes nous arrivent à nous seuls, or elles s’abattent sur tout le monde et de toute éternité. »

« Pour quelles raisons s’imaginer que le pire élit prioritairement notre domicile et épargne celui des autres ? Car le négatif se partage inéquitablement, mais personne n’y échappe. On gagnera de la sorte à mesurer sa douleur à une douleur plus grande que la nôtre. »

NE PAS AVOIR PEUR DE LA CATASTROPHE, NE PAS DESIRER ETRE EPARGNE
Page 82 :
« Il ne s’agit pas de se réjouir de ces misères accablant autrui, mais de constater le mouvement du monde et la nécessité qu’un jour il en aille de nous comme des autres. Mais en attendant la catastrophe, puisqu’elle tarde, sachons nous réjouir de la paix, du calme avant la tempête. »

CONCLUSION SUR HIPPARQUE
« Hipparque fournit donc réellement un vademecum de la pensée hédoniste : aimer ce qui advient ; ne pas se perdre dans le passé ou le futur ; jouir de l’instant présent ; transformer le négatif en occasion de positivité ; éviter la vision égocentrée du monde et des choses ; mesurer sa peine à celle d’autrui. A quoi il ajoute la pratique de la philosophie comme occasion de purification, de sagesse et de réconciliation de soi avec soi, avec les autres et avec le monde. En nous souciant des splendeurs de la philosophie, nous établissons avec la trivialité du monde une distance utile et nécessaire pour créer une vie heureuse et joyeuse. »