Michel Onfray
Par sanieptia le dimanche 10 septembre 2006, 11:15 - Michel Onfray - Lien permanent
Contre-histoire de la philosophie – 1
Les sagesses antiques
DEMOCRITE
REGARDER LE MONDE TEL QU’IL EST
Page 71 :
« La théorie démocritéenne de la connaissance identifie le vrai et la
représentation d’un objet. Position antiplatonicienne à souhait – les
sophistes, dont Protagoras, l’esclave acheté par Démocrite, la recycleront
- : la vérité n’entretient aucun rapport avec les idées en soi, le monde
intelligible ou un quelconque arrière-monde, elle est immanente, matérielle,
concrète et révoque toute transcendance. Là où est le monde se trouve le vrai.
Le phénomène et la sensation, voilà les prémisses de tout accès à la
vérité. »
DU BON USAGE DE SES DESIRS ET PLAISIRS
Page 72 :
« Seul à l’origine du vrai, indépendant de toute tutelle transcendante,
l’individu soucieux de parvenir à la sérénité se préoccupera du bon usage de
ses désirs et plaisirs. Car ces puissances ne représentent aucun danger en
elles-mêmes, mais seulement dans la mesure où elles troublent l’âme du sage. Il
s’agit donc de ne pas désirer n’importe quoi ni n’importe comment et de ne pas
viser n’importe quel type de plaisir. Ceux qui aliènent, momentanément ou
durablement, sont à éviter. Pas d’intempérance, pas d’excès, pas de démesure,
pas d’abandon aux pulsions animales, le plaisir ne se réduit pas à la
trivialité d’une animalité débridée, mais à la sculpture de soi et à la
construction de son autonomie. Seule et authentique jubilation : prendre
plaisir à soi-même.
Car la joie que vise l’entreprise de Démocrite – elle traduit le terme
euthymia – renvoie à la tranquillité de l’âme, à son bon ordre, mais
aussi à la gaieté, à la bonne humeur, à la bonne disposition tout autant qu’à
la santé morale. »
UNE CONNAISSANCE SCIENTIFIQUE UTILE
Page 73 :
« Démocrite assigne à l’augmentation du savoir une fonction thérapeutique.
Son travail encyclopédique – on le surnommait « la Science » - ne
visait pas l’accumulation des connaissances pour elles-mêmes mais dans le but
de parvenir à produire des causalités rationalistes et immanentes afin que les
inquiétudes et les craintes disparaissent. Ecarter les dieux et leurs colères,
leurs damnations et autres punitions suppose un travail sur la laïcisation de
la pensée : voir dans les enchaînements de causes et d’effets immanents la
raison de ce qui advient, permet d’éviter nombre de déplaisirs. »
PAS D’ENFANTS
Page 74 :
« On évite également les occasions de trouble en se tenant le plus loin
possible des affaires publiques et privées. Loin de Démocrite l’idée qu’il
faudrait être un bon époux, un bon père et un bon citoyen pour parvenir à la
jouissance soi ! Au contraire : s’occuper des affaires de la cité,
s’investir dans la politique, se préoccuper des choses de l’administration,
mais aussi faire des enfants, définissent autant d’activités qui conduisent
indéfectiblement au désagrément, aux ennuis, au trouble. Le sage se dispensera
de tous ces colifichets sociaux et trouvera sa raison d’être en lui
même. »
Sa position sur la procréation ne me plaît pas, car les enfants sont l’expression même de la vie, et nous apprennent beaucoup. Passer à côté de cette expérience formidable ne me semble pas une bonne chose.
MEFIONS-NOUS DES PHILOSOPHES QUI NE RIENT PAS
Page 76 :
« L’iconographie occidentale a abondamment opposé le rire de Démocrite, le
poète à l’écriture claire, aux larmes d’Héraclite, l’acariâtre surnommé
« l’Obscur ». Et, de Diogène de Sinope à Frédéric Nietzsche, d’Aristippe
de Cyrène à Michel Foucault, on retrouve, comme un trait commun aux
matérialistes, hédonistes et autres grands subversifs de l’histoire des idées,
cette capacité de rire du monde comme il va. Seuls rient ceux qui prennent le
monde au sérieux, justement parce qu’ils le prennent au sérieux. Gardons-nous
comme de la peste des philosophes incapables de rire… »
Commentaires
« Sa position sur la procréation ne me plaît pas car, les enfants sont l’expression même de la vie, et nous apprennent beaucoup. Passer à côté de cette expérience formidable ne me semble pas une bonne chose. »
Ce commentaire fait-il partie du bouquin d'Onfray (commentant Démocrite) ou est-il ajouté par vous (ce qui me semble plus probable) ?
J'ai déjà lu un bouquin d'Onfray, dont l'athéisme et l'hédonisme en font un philosophe dont je me sens proche, où il parlait de son choix de ne pas avoir d'enfant, et je l'avais trouvé très faux-cul dans les raisons avancées, En gros, on ne sait pas dans quel monde on va vivre, dans 10, 20, 30 ans, et ce serait salaud de les lâcher dans un avenir tout pourri. La vérité, c'est que les gnards sont un putain d'obstacle à l'hédonisme (qui rime pour le coup avec égoïsme) et j'en sais quelque chose. Je ne critique pas le choix ; je respecte le sien et j'ai fait le mien (en avoir !) à peu près en connaissance de cause. Je critique juste l'argumentaire où il se donne le beau rôle un peu facilement. (C'est un des problèmes avec Onfray, de tordre parfois un peu artificiellement la pensée des autres - ici Démocrite - pour la faire cadrer avec la sienne propre.)
Quand je saute une ligne et qu'il n'y a pas de guillemets, c'est moi qui parle.
Je ne suis pas amoureux de Michel Onfray, pas plus que de sa philosophie. Ce qui me plaît chez lui, c'est son acharnement à faire resurgir du passé une contre-histoire de la philosophie. Je pense que nous en avons réellement besoin, que la pensée occidentale a réellement besoin d'un peu d'air frais, et je suis persuadé, d'ailleurs, que de toute son oeuvre, c'est cette Contre-histoire de la philosophie qui restera, et qui nous servira.
Michel Onfray n'est pas faux-cul, il est comme tout le monde, comme vous, comme moi, humain, avec tout ce que cela comporte de qualités et de faiblesses, voire de bassesses. (Personne n'est à l'abri de ce genre de choses.)
Qui vous dit qu'il n'a pas d'enfant...?
S'il en a, il n'a pas l'air au courant.