1 - LES SAGESSES ANTIQUES

DEMOCRITE

PHYSIQUE DE L’ÂME ET DU CORPS
Page 68 :
« L’âme meurt donc en même temps que le reste du corps. Les deux se défont, se désagrègent, se décomposent sous l’action d’une force identique : la mort. (Page 69 : La mort décompose ces agencements. Les atomes les plus chauds se raréfient, alors que le squelette, composé d’atome somatiques froids, prend les pleins pouvoirs au fur et à mesure.) Même génération, même corruption. Seuls les atomes se distinguent : l’âme se constitue de particules lisses et sphériques, pour cette raison elles ne sont arrêtées ni freinées par rien. Leur agitation les chauffe et permet ainsi une vitesse aux fonctions psychique de motricité, de sensibilité et de pensée. Les opérations de mouvement, de perception et de réflexion procèdent donc de ces atomes spécifiques, alors que les atomes spécifiquement somatiques relèvent d’une forme et d’une configuration autres. La psychologie ressortit donc de la physique qui dispose du fin mot de toute chose.
Dans l’agencement, la structure semble pareille à un damier : un atome psychique fonctionne toujours de conserve avec un autre de nature somatique. Les deux agissent et interagissent. L’alternance de corps et d’âme dans la matière rend donc possible une localisation de l’âme : elle ne réside pas dans un endroit spécifique du corps, comme le cerveau ou la tête, mais partout et nulle part, disséminée, en tout endroit où se trouve la matière. La répartition dans la nature des quantités d’atomes psychiques et leurs relations quantitatives avec les atomes somatiques génèrent un plus ou moins grande vitalité. Force, santé, vigueur et énergie découlent de la proportion de particules ignées contenues dans les entités concernées. »

Ces considérations sont vieilles de 2 400 ans.
Je trouve cela assez fascinant de constater qu’elles sont à peu près justes par rapport à ce que la science découvre aujourd’hui : étrange et mystérieuse collaboration entre ce que nous appelons « corps », et « esprit » - ou système nerveux -, harmonie nécessaire entre corps et esprit, d’où notre attirance (à nous, occidentaux, depuis quelques décennies) pour les médecines et religions venue d’Asie - le Yin et le Yang constituant des repères bien plus intelligents que notre dualisme platonique et judéo-chrétien.

LE CORPS SUPERIEUR A L’ÂME
Page 69 :
« Dans un étrange texte, Démocrite propose une allégorie que je dirais « du tribunal ». Elle suppose que, via le philosophe, le corps intente un procès à l’âme et lui demande de rendre des comptes sur ce qu’il subit à cause d’elle. Au motif que l’âme travaille le corps, par la voie des atomes incandescents, et lui inflige des pulsions, des passions, des désirs, autant de blessures, de douleurs et de souffrances, la chair obtiendrait inévitablement réparation, affirme Démocrite. L’ivresse, les plaisirs, la volupté causent la dégradation psychique et physique du corps. Seule une éthique volontariste permet de remettre l’individu au centre de lui-même afin qu’il cesse d’être un objet soumis aux nécessités extérieures. Cette éthique vise la joie. »

"L’ivresse, les plaisirs, la volupté causent la dégradation psychique et physique du corps".
Je ne suis pas tellement d'accord.
Sauf s'il s'agit d'abus d'ivresse, de plaisir, de volupté.

HEDONISME ET UTILITARISME
Page 69 :
« S’il existe une éthique hédoniste chez Démocrite, elle réside dans cette désignation de la joie comme finalité de la morale, à quoi s’ajoute l’utilité comme critère du bien. La philosophie atomiste des abdéritains laisse le champ libre aux hommes pour construire leur destin sur terre. Affranchis par la physique qu’on ne saurait craindre les dieux, la nature ni la mort, qu’on peut agir sur les choses pour infléchir leur cours et qu’il existe une puissance du vouloir, il reste à donner le mode d’emploi du processus qui permet de se construire comme un sage et de réaliser un projet d’existence sereine, débarrassée de toutes craintes, les angoisses, les fictions et autres illusions qui empêchent la tranquillité de l’âme.
Singulièrement, le philosophe d’Abdère pose les bases d’une pensée utilitariste aux effets visibles beaucoup plus tard – en l’occurrence chez quelques Anglo-Saxons du XIXe siècle, tels Jeremy Bentham et John Stuart Mill. En effet, chez Démocrite, le contentement puis l’agréable individuels et subjectifs définissent l’utile. Conséquemment, le mécontentement et le désagréable caractérisent l’inutile. Le projet qui vise la joie et le bonheur suppose chez le sage averti de la méthode hédoniste qu’il est la mesure de l’action et de la morale – les sophistes s’en souviendront. Le plaisir ne se confond pas au bien en tant que tel, il se contente d’en être le signe, la trace et la preuve. »