Contre-histoire de la philosophie
Par sanieptia le dimanche 3 septembre 2006, 12:35 - Michel Onfray - Lien permanent
1 - LES SAGESSES ANTIQUES
DEMOCRITE
PHYSIQUE DE L’ÂME ET DU CORPS
Page 68 :
« L’âme meurt donc en même temps que le reste du corps. Les deux se
défont, se désagrègent, se décomposent sous l’action d’une force
identique : la mort. (Page 69 : La mort décompose ces
agencements. Les atomes les plus chauds se raréfient, alors que le squelette,
composé d’atome somatiques froids, prend les pleins pouvoirs au fur et à
mesure.) Même génération, même corruption. Seuls les atomes se
distinguent : l’âme se constitue de particules lisses et sphériques, pour
cette raison elles ne sont arrêtées ni freinées par rien. Leur agitation les
chauffe et permet ainsi une vitesse aux fonctions psychique de motricité, de
sensibilité et de pensée. Les opérations de mouvement, de perception et de
réflexion procèdent donc de ces atomes spécifiques, alors que les atomes
spécifiquement somatiques relèvent d’une forme et d’une configuration autres.
La psychologie ressortit donc de la physique qui dispose du fin mot de toute
chose.
Dans l’agencement, la structure semble pareille à un damier : un atome
psychique fonctionne toujours de conserve avec un autre de nature somatique.
Les deux agissent et interagissent. L’alternance de corps et d’âme dans la
matière rend donc possible une localisation de l’âme : elle ne réside pas
dans un endroit spécifique du corps, comme le cerveau ou la tête, mais partout
et nulle part, disséminée, en tout endroit où se trouve la matière. La
répartition dans la nature des quantités d’atomes psychiques et leurs relations
quantitatives avec les atomes somatiques génèrent un plus ou moins grande
vitalité. Force, santé, vigueur et énergie découlent de la proportion de
particules ignées contenues dans les entités concernées. »
Ces considérations sont vieilles de 2 400 ans.
Je trouve cela assez fascinant de constater qu’elles sont à peu près justes par
rapport à ce que la science découvre aujourd’hui : étrange et mystérieuse
collaboration entre ce que nous appelons « corps », et
« esprit » - ou système nerveux -, harmonie nécessaire entre corps et
esprit, d’où notre attirance (à nous, occidentaux, depuis quelques décennies)
pour les médecines et religions venue d’Asie - le Yin et le Yang constituant
des repères bien plus intelligents que notre dualisme platonique et
judéo-chrétien.
LE CORPS SUPERIEUR A L’ÂME
Page 69 :
« Dans un étrange texte, Démocrite propose une allégorie que je dirais
« du tribunal ». Elle suppose que, via le philosophe, le corps intente un
procès à l’âme et lui demande de rendre des comptes sur ce qu’il subit à cause
d’elle. Au motif que l’âme travaille le corps, par la voie des atomes
incandescents, et lui inflige des pulsions, des passions, des désirs, autant de
blessures, de douleurs et de souffrances, la chair obtiendrait inévitablement
réparation, affirme Démocrite. L’ivresse, les plaisirs, la volupté causent la
dégradation psychique et physique du corps. Seule une éthique volontariste
permet de remettre l’individu au centre de lui-même afin qu’il cesse d’être un
objet soumis aux nécessités extérieures. Cette éthique vise la joie. »
"L’ivresse, les plaisirs, la volupté causent la dégradation psychique et
physique du corps".
Je ne suis pas tellement d'accord.
Sauf s'il s'agit d'abus d'ivresse, de plaisir, de volupté.
HEDONISME ET UTILITARISME
Page 69 :
« S’il existe une éthique hédoniste chez Démocrite, elle réside dans cette
désignation de la joie comme finalité de la morale, à quoi s’ajoute l’utilité
comme critère du bien. La philosophie atomiste des abdéritains laisse le champ
libre aux hommes pour construire leur destin sur terre. Affranchis par la
physique qu’on ne saurait craindre les dieux, la nature ni la mort, qu’on peut
agir sur les choses pour infléchir leur cours et qu’il existe une puissance du
vouloir, il reste à donner le mode d’emploi du processus qui permet de se
construire comme un sage et de réaliser un projet d’existence sereine,
débarrassée de toutes craintes, les angoisses, les fictions et autres illusions
qui empêchent la tranquillité de l’âme.
Singulièrement, le philosophe d’Abdère pose les bases d’une pensée utilitariste
aux effets visibles beaucoup plus tard – en l’occurrence chez quelques
Anglo-Saxons du XIXe siècle, tels Jeremy Bentham et John Stuart Mill. En effet,
chez Démocrite, le contentement puis l’agréable individuels et subjectifs
définissent l’utile. Conséquemment, le mécontentement et le désagréable
caractérisent l’inutile. Le projet qui vise la joie et le bonheur suppose chez
le sage averti de la méthode hédoniste qu’il est la mesure de l’action et de la
morale – les sophistes s’en souviendront. Le plaisir ne se confond pas au bien
en tant que tel, il se contente d’en être le signe, la trace et la
preuve. »