1 - LES SAGESSES ANTIQUES

LEUCIPPE

L’ATOME DANS LA LUMIERE
Page 46 :
La tradition affirme que cette option physique, cette métaphysique immanente et matérielle, procède d’une observation simple et poétique : la danse de particules en suspension dans un rai de lumière. »

LES DIEUX S’EFFACENT DOUCEMENT
« Dans la logique de Leucippe, la physique induit une éthique. En effet, la réduction de toute réalité à la matière confine les dieux dans un espace étroit ».

« Relégués dans le royaume intermédiaire des phénomènes psychiques matérialisés, il ne sauraient s’occuper des humains et montrer leur courroux, leur colère, leur jalousie, ils ne peuvent structurellement pas se venger des hommes, les juger, leur envoyer des peines, des souffrances, des catastrophes. »

ILS LAISSENT LA PLACE AUX HOMMES ET A LA JOIE (PAIENNE)
Page 47 :
« Les dieux s’effacent doucement et laissent la place aux hommes : le matérialisme de Leucippe prépare l’éviction du divin et rend possible le sacre de l’humain.
La physique des atomes et le matérialisme des particules débouchent sur une éthique hédoniste, en l’occurrence une morale de la joie. Certes les fragments sont rares, le contexte de production du livre inexistant, les termes grecs difficiles à rendre dans la langue française, la distinction n’est pas nette, franche et tranchée entre hédonisme et eudémonisme, philosophie du plaisir et logique du souverain bien, l’un et l’autre pouvant d’ailleurs se superposer. De même la joie païenne se lit difficilement, indépendamment de ce que le christianisme a fait de ce terme, confisqué, nimbé d’encens et arrosé d’eau bénite. Mais tout de même on peut avancer qu’une pareille sensibilité procède plus de la célébration de la vie que de sa détestation. »

AU PLAISIR ET A LA PAIX
Page 49 :
« L’éthique grecque est eudémoniste. Quelles que soient les écoles, elles invitent l’homme qui pratique la philosophie à se débarrasser de ce qui empêche son bonheur, à travailler sur ses désirs pour les raréfier et les rendre inoffensifs, à se défaire de toutes les attaches qui rendent difficile voire impossible un travail de purification sur soi-même. Le but est l’autonomie, l’indépendance, l’absence de souffrance, de troubles, l’existence heureuse et la vie philosophique qui la permet. Les exercices spirituels, les réflexions, les dialogues, les méditations, les relations de maître à disciple, tout cela vise la construction d’une subjectivité radieuse, solaire, indépendante et libre. Et de la fabrication de cette individualité naît un plaisir, le plaisir pris à soi-même. L’eudémonisme, alors, rend possible l’hédonisme – que définit la capacité à jouir de soi comme d’un être en paix avec soi, le monde et les autres. »

CONCLUSION SUR LEUCIPPE
Page 50 :
« On conclura tout de même, en ce qui concerne Leucippe de Milet, qu’il invente une physique à l’aide de laquelle il donne à l’homme une place prépondérante, centrale, et qu’il rend ainsi possible une éthique immanente, concrète, à l’aide de laquelle l’existence de tout un chacun se déroule sous ses yeux propres et non sous ceux de la divinité. Puis qu’en ligne de mire de toute vie réussie on peut élire la joie, elle-même parente intime du plaisir. »