Contre-histoire de la philosophie
Par sanieptia le mardi 29 août 2006, 13:28 - Michel Onfray - Lien permanent
1 - LES SAGESSES ANTIQUES
LEUCIPPE
L’ATOME DANS LA LUMIERE
Page 46 :
La tradition affirme que cette option physique, cette métaphysique immanente et
matérielle, procède d’une observation simple et poétique : la danse de
particules en suspension dans un rai de lumière. »
LES DIEUX S’EFFACENT DOUCEMENT
« Dans la logique de Leucippe, la physique induit une éthique. En effet,
la réduction de toute réalité à la matière confine les dieux dans un espace
étroit ».
« Relégués dans le royaume intermédiaire des phénomènes psychiques matérialisés, il ne sauraient s’occuper des humains et montrer leur courroux, leur colère, leur jalousie, ils ne peuvent structurellement pas se venger des hommes, les juger, leur envoyer des peines, des souffrances, des catastrophes. »
ILS LAISSENT LA PLACE AUX HOMMES ET A LA JOIE (PAIENNE)
Page 47 :
« Les dieux s’effacent doucement et laissent la place aux hommes : le
matérialisme de Leucippe prépare l’éviction du divin et rend possible le sacre
de l’humain.
La physique des atomes et le matérialisme des particules débouchent sur une
éthique hédoniste, en l’occurrence une morale de la joie. Certes les fragments
sont rares, le contexte de production du livre inexistant, les termes grecs
difficiles à rendre dans la langue française, la distinction n’est pas nette,
franche et tranchée entre hédonisme et eudémonisme, philosophie du plaisir et
logique du souverain bien, l’un et l’autre pouvant d’ailleurs se superposer. De
même la joie païenne se lit difficilement, indépendamment de ce que le
christianisme a fait de ce terme, confisqué, nimbé d’encens et arrosé d’eau
bénite. Mais tout de même on peut avancer qu’une pareille sensibilité procède
plus de la célébration de la vie que de sa détestation. »
AU PLAISIR ET A LA PAIX
Page 49 :
« L’éthique grecque est eudémoniste. Quelles que soient les écoles, elles
invitent l’homme qui pratique la philosophie à se débarrasser de ce qui empêche
son bonheur, à travailler sur ses désirs pour les raréfier et les rendre
inoffensifs, à se défaire de toutes les attaches qui rendent difficile voire
impossible un travail de purification sur soi-même. Le but est l’autonomie,
l’indépendance, l’absence de souffrance, de troubles, l’existence heureuse et
la vie philosophique qui la permet. Les exercices spirituels, les réflexions,
les dialogues, les méditations, les relations de maître à disciple, tout cela
vise la construction d’une subjectivité radieuse, solaire, indépendante et
libre. Et de la fabrication de cette individualité naît un plaisir, le plaisir
pris à soi-même. L’eudémonisme, alors, rend possible l’hédonisme – que définit
la capacité à jouir de soi comme d’un être en paix avec soi, le monde et les
autres. »
CONCLUSION SUR LEUCIPPE
Page 50 :
« On conclura tout de même, en ce qui concerne Leucippe de Milet, qu’il
invente une physique à l’aide de laquelle il donne à l’homme une place
prépondérante, centrale, et qu’il rend ainsi possible une éthique immanente,
concrète, à l’aide de laquelle l’existence de tout un chacun se déroule sous
ses yeux propres et non sous ceux de la divinité. Puis qu’en ligne de mire de
toute vie réussie on peut élire la joie, elle-même parente intime du
plaisir. »