Nietzsche
Par sanieptia le mercredi 9 août 2006, 12:18 - Nietzsche - Lien permanent
LE LIVRE DU PHILOSOPHE (GF Flammarion)
III – Introduction théorique sur la vérité et le mensonge au sens extra-moral (été 1873)
NIETZSCHE A TOUT COMPRIS FINALEMENT ET NOUS ENCOURAGE A ALLER CHERCHER LA
VERITE AU-DELA DE LA VERITE
Page 129 :
« A la construction des concepts travaille originellement, comme nous
l’avons vu, le langage, et plus tard la science. Comme l’abeille travaille en
même temps à construire les cellules et à remplir ces cellules de miel, ainsi
la science travaille sans cesse à ce grand columbarium des concepts, au
sépulcre des intuitions, et construit toujours de nouveaux et de plus hauts
étages, elle façonne, nettoie, rénove les vieilles cellules, elle s’efforce
surtout d’emplir ce colombage surélevé jusqu’au monstrueux et d’y ranger le
monde empirique tout entier, c’est à dire le monde anthropomorphique. Alors que
déjà l’homme d’action attache sa vie à la raison et aux concepts pour ne pas
être emporté par le courant et ne pas se perdre lui-même, le savant construit
sa cabane tout près de la tour de la science pour pouvoir y aider et pour
trouver lui-même protection sous le bastion existant. Et il a besoin de cette
protection, car il y a des puissances redoutables qui font continuellement
pression sur lui et qui opposent à la « vérité » scientifique des
« vérité » d’un tout autre genre aux enseignes les plus
hétéroclites. »
Ainsi, on lui pardonne son obsession de La Vérité. Conscient que quelque chose doit évoluer - va évoluer - et notamment grâce à lui. En avance sur son temps.
L’humain attache sa vie à la raison et aux concepts (et à la croyance) pour ne pas être emporté par le courant, ne pas se perdre lui même.
Un jour, nous saurons nous laisser emporter (ou plutôt « porter ») sans pour autant nous perdre.
NIETZSCHE, L’INTELLECT LIBERE OU LE PENSEUR ARTISTE, INTUITIF
Page 131 :
« Mais l’homme lui-même a une tendance invincible à se laisser tromper et
il est comme enchanté de bonheur lorsque le rhapsode lui raconte, comme s’ils
étaient vrais, des contes épiques, ou bien lorsque l’acteur joue sur scène le
rôle d’un roi d’une manière plus royale que ne le montre la réalité. »
Ce doit être ça qui l’énerve, ce doit être pour ça qu’il parle sans cesse de vérité.
« L’intellect, ce maître de la dissimulation, est libre et déchargé de son travail d’esclave aussi longtemps qu’il peut tromper sans préjudice et il célèbre alors ses saturnales. Jamais il n’est plus exubérant, plus riche, plus fier, plus agile ni plus téméraire : avec un plaisir créateur, il jette les métaphores pêle-mêle et déplace les bornes des abstractions, de sorte qu’il connote par exemple le courant comme le chemin mouvant qui porte l’homme là où il va d’ordinaire. Il a maintenant rejeté loin de lui le signe de la servitude : occupé d’ordinaire à la morne activité de montrer le chemin et les instruments à un pauvre individu qui aspire à l’existence et, comme un serviteur, tirant proie et butin pour son maître, il est maintenant devenu le maître et peut se permettre d’effacer de son visage l’expression de l’indigence. Tout ce qu’il fait désormais porte en soi, par comparaison avec son action passée, la dissimulation, comme son action antérieure portait en soi la distorsion. Il copie la vie humaine, la prend cependant pour une bonne chose et semble s’en montrer satisfait. Cette charpente et ces planches monstrueuses des concepts auxquels se cramponne le nécessiteux, sa vie durant, pour se sauver, n’est plus pour l’intellect libéré qu’un échafaudage et un jouet pour ses œuvres les plus audacieuses : et quand il le casse, le met en pièces, le recompose ironiquement en accouplant ce qui est le plus différent, en séparant ce qui est le plus proche, il manifeste qu’il n’a pas besoin de cet expédient de l’indigence et qu’il n’est pas conduit désormais par des concepts, mais par des intuitions. De ces intuitions, aucun chemin régulier ne mène au pays des schèmes fantomatiques, des abstractions : le mot n’est pas fait pour elles, l’homme devient muet quand il les voit, ou bien il ne parle que par métaphores interdites et par assemblages conceptuels inouïs pour répondre de manière créatrice, au moins par la destruction et la dérision des anciennes barrières conceptuelles, à l’impression de la puissante intuition du présent. »