Joël de Rosnay
Par sanieptia le jeudi 15 juin 2006, 14:43 - Joël de Rosnay - Lien permanent
La révolte du pronétariat - Des mass média aux média des masses
LE PEER TO PEER INCONTROLABLE ?
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" Depuis quelques années, les grandes maisons de disques et les chaînes de télévision multiplient les initiatives pour tenter de réduire l'impact du phénomène de téléchargement de musique et de vidéo en P2P sur Internet. Mais, surtout, les majors utilisent l'arme de la répression contre les internautes : procès, amendes, coupures de connexion Internet... Cette forme de répression aveugle a conduit à des résultats contestables. Depuis la fermeture de Napster, en 2001, on doit constater que les sommes considérables investies par les majors dans la lutte contre les réseaux P2P n'ont pas servi à grand-chose. Aujourd'hui, selon l'entreprise CacheLogic, les réseaux P2P consommeraient jusqu'à 80 % de la bande passante d'Internet. Ils constitueraient même une des principales raisons conduisant les consommateurs à s'équiper en ligne à haut débit.
Les infocapitalistes sont donc partis en guerre contre les pronétaires. Depuis le Digital Millenium Act, entré en vigueur aux États-Unis en 2000, les internautes qui ne respectent pas les moyens de protection logicielle ou matérielle du copyright sont automatiquement hors la loi. Les multinationales de la communication ont ainsi réussi à faire traiter par les mêmes instruments juridiques la contrefaçon des objets matériels et l'échange d'informations sans but lucratif. "
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" La très puissante Motion Picture Association of America (l'association des producteurs américains) a récemment tenté de porter un coup sérieux à l'utilisation virale du réseau BitTorrent. Des poursuites ont été lancées contre les gestionnaires d'une centaine de réseaux utilisant BitTorrent dans le monde. Les grands studios de cinéma ont réussi, dans un premier temps, à obtenir leur fermeture. Mais la victoire de la MPAA sera probablement provisoire. Certains serveurs attaqués ont en effet décidé de contrer la démarche des majors et lancé une souscription pour financer leurs frais d'avocats. En quelques jours, ils ont réussi à collecter plus de 35 000 dollars sur le Net. Cependant, la réponse la plus dangereuse des pronétaires à la contre-attaque de la MPAA pourrait bien se présenter sous la forme d'un nouveau logiciel baptisé eXeem et permettant au réseau de fonctionner sans les serveurs qui ont été fermés. Au grand dam des majors, eXeem combinerait les avantages de BitTorrent et de Kazaa ! "
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" On peut se demander si de telles mesures répressives et parfois violentes ne sont pas disproportionnées par rapport à la réalité de phénomènes technologiques et sociaux difficilement réversibles. Les infocapitalistes mènent-ils un combat d'arrière-garde ? Peut-on continuer à traiter des millions de pronétaires comme des voleurs ? On se souvient des débats passionnés au moment de l'arrivée des magnétoscopes. Ils annonçaient, pour Jack Valenti, le puissant patron de la MPAA, la fin du cinéma. Pourtant, aujourd'hui, les majors tirent une grande partie de leurs revenus de la vente de cassettes VHS et surtout de DVD. Même réaction des éditeurs face aux photocopieurs, qui allaient « tuer le livre ». "
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" L’attitude répressive des majors suscite évidemment de nombreuses réactions, non seulement au sein du pronétariat mais auprès des sociétés de gestion collective des droits d'auteur. Ainsi, l'Adami (la société de gestion collective des droits des artistes interprètes), contrairement aux sociétés de gestion des droits des auteurs compositeurs, a été amenée à faire des propositions alternatives pour tenter de sortir de l'impasse de la répression et du cercle vicieux qu'elle a contribué à créer. Pour elle, «il apparaît aujourd'hui illusoire de vouloir stopper un phénomène qui repose sur l'essence même d'Internet. Ainsi, l'Adami s'oppose aux solutions qui privilégient la répression et la culpabilisation du public, ainsi qu'à celles qui préconisent le verrouillage des oeuvres et le filtrage des flux ». "
" La répression systématique des internautes qui téléchargent de la musique en P2P nécessite de définir un nouveau contrat social entre les créateurs et la nation. "
" Il conviendrait donc à ses yeux d'assimiler définitivement le téléchargement à de la copie privée. C'est ce que fait la jurisprudence actuelle, mais elle sanctionne en revanche l'upload, c'est-à-dire la mise à disposition des fichiers pour les autres internautes. "