Maintenant, foutez-moi la paix !

LEAUTAUD ET LA PAUVRETE
Page 88 :
" Et puis, davantage encore que l'antipathie pour le progrès, il y a chez Léautaud l'amour de la pauvreté. Il y a sans doute beaucoup d'orgueil, dans sa volonté d'affirmer que peu de choses lui suffisent. Mais au-delà, il se sent foncièrement appartenir à une confrérie d'esprits créatifs que le matériel, le confort embarrassent :
"Lu hier soir et ce soir le livre Poètes et névrosés, d'Arvède Barine, que m'a prêté Morisse. Que je les aime, tous ces pauvres fous, tous ces fous pauvres. Là je n'ai pas changé. Le même que j'étais il y a dix ans, il y a quinze ans. Toujours le même goût, la même admiration, la même affection pour le génie dans la misère. Cela me rappelle ce que je me disais à vingt ans en voyant un vieux marchand de crayons, à l'allure artiste, du boulevard Saint-Michel. Il a peut-être été comme moi. Il a eu des rêves d'ambition. Je drai peut-être un jour comme lui. Une chose curieuse, qui se rattache à tout cela. Depuis trois, quatre ans, je suis bien logé, avec des meubles. Eh bien !, je trouve cela moins bien, vraiment moins bien que mon unique chambre d'autrefois, avec un simple lit, une table de bois blanc et deux mauvaises chaises." "

Un amour de la pauvreté, un orgueil de la pauvreté. Je serais bien un peu comme ça moi aussi, avec mes fêtes à 5 euros...
Je me verrais bien pourtant dans un grand appartement, avec une grande terrasse dominant un jardin, hélas, l'argent ne vient pas à moi. Tant pis pour lui.