Delerm et Léautaud
Par sanieptia le samedi 20 mai 2006, 11:54 - Paul Léautaud - Lien permanent
Maintenant, foutez-moi la paix !
ECRITURE, PLAISIR, BONHEUR (LEAUTAUD - en 1907)
Page 40 :
" Je n'ai vécu que pour écrire. Je n'ai senti, vu, entendu les choses, les sentiments, les gens, que pour écrire. J'ai préféré cela au bonheur matériel, aux réputations faciles. J'y ai même souvent sacrifié mon plaisir du moment, mes plus secrets bonheurs et affections, même le bonheur de quelques êtres, devant le chagrin desquels je n'ai pas reculé, pour écrire ce qui me faisait plaisir à écrire. Je garde de tout cela un profond bonheur. "
Page 41 :
" Léautaud n'a rien d'un hédoniste. Les confessions de son Journal touchent surtout à des anecdotes littéraires ou amoureuses, à des états d'âme. Dégustant ses plaisirs en solitaire, il ne croit pas nécessaire d'en faire état. Mais une page de 1942 révèle incidemment que son rapport à la vie est fait aussi de petites voluptés sur lesquelles il ne s'attarde pas : "Boire du café (même du café national), fumer des cigarettes (même du tabac doublé de bourre de trèfle) voilà deux plaisirs qui me restent très vifs." Sans doute ce mardi 11 juin, était-il dans un de ses bons jours, car il termine son texte ainsi :
"Ce soir, seul, chez moi, dans le silence, avec mes rêveries, le travail facile et pas trop long de deux pages de Journal comme celles-ci, je suis parfaitement heureux." "
SUCCES
Page 53 :
Autodidacte, paul Léautaud quitta l'école communale de Courbevoie nanti de son certificat d'études, et entra comme apprenti à la Compagnie dse Indes à l'âge de quinze ans. Son seul exploit scolaire avait été la première place obtenue a un concours de récitation organisé entre vingt-trois écoles communales du canton de Neuilly. Légitimement fier de son succès, le tout jeune Paul était allé annoncer la bonne nouvelle à l'auteur de ses jours (Firmin Léautaud, comédien raté de la Comédie Française, devenu souffleur), dans un café où il savait le trouver. L'entousiasme paternel se limita à ce commentaire pudique : "Fous-moi la paix. Je n'aime pas qu'on me dérange." "