Joël de Rosnay
Par sanieptia le vendredi 5 mai 2006, 07:36 - Joël de Rosnay - Lien permanent
La révolte du pronétariat – Des mass média aux média des masses
NOUVEAUX MEDIA, NOUVELLE DEMOCRATIE
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« D’autres éléments agissent pour décrédibiliser les grands média, et en particulier les quotidiens. Il convient de citer tout d’abord l’extraordinaire essor et le succès des quotidiens gratuits, comme Metro et 20 Minutes. Aujourd’hui, les statistiques parlent d’elles-mêmes. En France, en terme d’audience, 20 Minutes est en tête de toutes les diffusions et touche plus de 2 millions de lecteurs par jour en moyenne, devant Le Parisien (1,7 million) et Metro (1,6 million). Problème pour les journaux traditionnels, dont la majeure partie des revenus provient de la publicité : les annonceurs ne font plus la différence entre les lecteurs payants et les lecteurs gratuits. Pour eux, il s’agit de toucher le plus de monde possible, ce qui devient une réalité avec des circulations de plus de 2,5 millions de lecteurs. »
« Une autre raison de la crise des mass média est évidemment le succès croissant d’Internet, et surtout la création d’information par les internautes eux-mêmes. »
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« Pour Ignacio Ramonet, « cet engouement montre que beaucoup de lecteurs préfèrent la subjectivité et la partialité assumée des blogueurs à la fausse objectivité et la l’impartialité hypocrite d’une certaine presse ». »
Subjectivité assumée : cela me plaît.
« Cyril Fievet, cofondateur et rédacteur en chef de pointblog.com, mais aussi journaliste sur InternetActu.net, reste optimiste quant à la fiabilité des blogs : « Le risque de dérives existe : manipulation, fausse information. Dans la masse publiée, ils est de plus en plus difficile de voir d’où vient une information. Mais je suis assez confiant. Il se met en place un écosystème qui arrive à valider avec des outils de popularité et des liens croisés. (...) C’est une étape majeure : la perte du monopole des média et des journalistes sur l’information. Ils ne sont plus les seuls à rapporter ce qui se passe dans le monde. On a aujourd’hui des précurseurs d’un journalisme citoyen qui va se démultiplier. » »
« Dan Gillmor, qui a une longue expérience de blogueur, estime qu’Internet peut sauver le journalisme aujourd’hui en perte de crédibilité. Il prédit un rassemblement de journalistes, d’informateurs et de lecteurs transformant le journalisme en une sorte de conversation assistée par la technologie, au lieu du monologue descendant du haut vers le bas (top down) qui est trop souvent la norme aujourd’hui. »
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« En France, déjà plus de 7 millions de foyers ont accès, à haut débit, à la presse en ligne. Il faut savoir que 80 % des journaux du monde, au Nord comme au Sud, possèdent désormais des éditions en ligne. Les expatriés peuvent lire en direct leur journal favori sur le Net depuis n’importe quel pays de la planète. »
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« Les statistiques montrent qu’aujourd’hui une grande partie de la population, et surtout des jeunes, passe plus de temps devant son PC pour s’informer en texte ou en vidéo que devant la télévision ou à lire des journaux ! »
« L’ensemble de ces pratiques, auxquelles s’ajoutent des outils numériques puissants conférant de nouveaux pouvoirs aux pronétaires, conduit à l’émergence irréversible des média des masses, confrontés désormais aux mass média traditionnels. Il est impératif que les pronétaires qui se préoccupent du respect de la démocratie se rassemblent et organisent un mouvement de masse pour réformer le media system. Evidemment, ce dernier, né de la concentration des infocapitalistes, se sent menacé par la montée des média des masses. Il sera difficile de rééquilibrer l’important contrôle exercé par les grands groupes de communication. Plus il se matérialisera, plus la lutte sera rude. L’essentiel, comme le disent McChesney et Nichols, ainsi que Gillmor, est que le public, c’est-à-dire les pronétaires, prenne conscience progressivement qu’une autre voie est possible. Que des actions peuvent être entreprises pour changer le media system. D’où l’importance de l’influence croissante des blogs, des journaux citoyens participatifs et de toutes les initiatives de création collaborative et de diffusion en réseau des informations.
Pour paraphraser la célèbre formule de Karl Liebknecht : « Prolétaires de tous pays, unissez-vous ! », il conviendrait désormais de dire :
Pronétaires de tous les pays, unissez-vous ! »
Je n’arrête de le dire : ENSEMBLE.