Vitriol Menthe - roman vécu

AMOUR, HOMMES ET FEMMES...
Page 98 :
" - Tu dors ?
Elle venait d’apercevoir Chemise blanche (le nom d’indien de Patrick Sébastien dans le livre) allongé sur la banquette au bord de la piste de danse. Il ne répondit pas. Elle s’approcha. De grosses larmes roulaient en silence sur ses joues. Connaissant par cœur l’égocentrisme artistique de la plupart de ses Indiens, et ayant constaté que pendant sa performance masturbo-poétique, certains s’en foutaient royalement, elle dit, convaincante :
- Tu sais, il l’ont aimé, ton poème.
- C’est pas ça, tu sais bien que je m’en fous. D’ailleurs je me fous de tout.
- Qu’est-ce qu’elle t’a fait encore ?
- Elle s’est cassé avec le gamin.
- Tu sais où ?
- Non.
- De toute façon, c’est bien fait pour ma gueule, je picole, je baise à droite et à gauche, je rentre tard et encore, quand je rentre. Alors, pas de quoi me plaindre.
- Mais je ne te plains pas.
- Je sais. Quoi qu’il en soit, j’aurais jamais dû faire un gosse à cette gonzesse, c’est une merde.
- Comme t’es un trou du cul, vous allez bien ensemble.
Il la regarde un instant fixement puis sourit.
- Comment ça se fait qu’il n’y a que toi pour me dire des choses pareilles sans que ça me fasse péter les plombs ?
- Parce que je vous connais trop. Parce que vous êtes presque tous les mêmes. Parce que vous avez une bite à la place du cerveau et un gros nounours à la place du cœur. Vous êtes mes mômes, alors je vous aime sans calcul.
- Alors pourquoi t’en fais pas un à toi de môme ? Si tu veux, je te le fais tout de suite, moi.
Elle sourit.
- Tu comprendras jamais rien aux femmes. Et heureusement d’ailleurs. Parce que si t’en avais compris la moitié, en ce moment tu serais peut-être en train de te faire enfiler.
- Faut être pédé pour vous piger ?
- Pas pour piger tout, mais ça aide.
- C’est ce que tu me conseille ?
- Bien sûr que non, si tu les comprends trop tu ne les aimeras plus.
- Là, tu m’embrouilles... Ca te gêne si je te demande encore un verre ?
- Non, mais je vais être obligée de t’appeler un taxi, tu vas pas rentrer dans cet état là.
Elle se dirigea vers le bar. Au moment où elle amorçait le doseur, elle entendit un bruit de verre brisé.
- C’est ça, casse le matériel si ça peut de soulager.
Elle s’avança tranquillement, le whisky à la main, et soudain se précipita.
- Putain, mais c’est pas vrai ! hurla-t-elle.
La manche de Chemise blanche était rouge de sang.
- Pauvre con, tu crois que ça va solutionner quoi de te tailler les veines ?... Allez, lève-toi, viens que j’arrête ça.
Il pleurait à torrents. Il s’appuya sur elle pour aller jusqu’aux toilettes. Avec la trousse de premiers secours, elle désinfecta la plaie qui était restée par bonheur superficielle, et elle lui fit un bandage sommaire. Il gémit encore et pleura encore plus de peine et de rage.
- Putain, j’ai mal... Le berceau vide quand tu rentres, c’est terrible. Elle a pas le droit. Je vais la tuer... Mon petit, j’en ai besoin, merde. Aide-moi, Maman, aide-moi.
- D’accord, fit-elle, calme, en le regardant dans les yeux.
Et elle lui expédia à la volée deux énormes gifles. Des gifles d’homme. Sa tête rebondit sur la glace qui surplombait de lavabo.
Et elle se lâcha :
- Mais qu’est-ce que tu crois, mon pauvre ? Qu’elle t’appartient, qu’elle est à toi comme ta bagnole ou ta maison, qu’elle est programmée pour ton bon vouloir, et que tu peux acheter tes conneries avec un bijou à Noël ? Dis-toi que, quoi qu’elles en disent, elles rêves toujours du prince charmant. Et toi, t’es pas prince et encore moins charmant. Même si dans les contes de fées on a oublié de leur dire que le prince charmant, il a une bite. Parce que ça aussi, vous le pigez pas. Trois galipettes où elles s’extasient et vous vous croyez indispensables à leur chatte. C’est vrai qu’elles peuvent vous quitter pour une queue, mais j’en connais pas encore une qui est restée pour ça.
- T’es dure, Maman, j’ai mal.
- Si tu l’aimais vraiment, tu dirais « Moi, c’est nous ».
- Faut plus que je sorte alors ?
- Mais non, seulement rentre plus souvent. Je te dis pas de devenir fidèle, je vous connais, vous pouvez pas. Mais putain, un peu d’attention, un peu de soin, juste le petit supplément d’amour. C’est pas facile pour elle, tu sais. Toi tu brilles, elle, elle est l’ombre. T’auras toujours besoin d’une ombre ou tu te crameras les ailes. Allez, viens contre moi.
Elle le prit sur son épaule en lui caressant les cheveux et elle lui parla doucement, tout doucement :
- Tu sais, bonhomme, l’amour absolu est une chimère. En fait, tout est une question d’arrangement. Je connais toutes vos turpitudes, tous vos recoins. Je connais toutes leurs perversités et leur inconstance. T’as le droit de croire au père Noël, mais pas en été, c’est trop tôt. Vous avez toujours deux saisons d’avance. Vous voulez les fleurs avant les bourgeons. Tout ça, ça se construit patiemment, lentement. C’est fait de sacrifices des deux côtés.
- Je vais en faire.
- Ca suffira peut-être pas... Tu sais, je t’ai habillé pour l’hiver, mais j’en ai autant pour elle. Parce que, même si je t’aime bien et que ça me fait plaisir de te consoler, si cette conne qui te fait bien les pipes et le petit déj te donnait l’essentiel, t’irais peut-être pas le chercher ailleurs.
- Et c’est quoi, l’essentiel ?
- Ca, fit-elle à mi-voix en le pressant contre son cœur et en le protégeant de son bras.
Et elle l’embrassa tendrement dans les cheveux. "

L’amour est une chimère...

C’est quoi, l’essentiel ?

Elle l’embrassa tendrement dans les cheveux.