Je sais bien que Patrick Sébastien (imitateur à ses débuts, chansonnier, homme de télé maintenant, de divertissement et de spectacle) n’est pas écrivain, qu’il ne fait pas dans la « littérature », pourtant, où voulez-vous que je le classe ?
Je suis tombé sur ce livre cet été, dans un petit village au bord de la Loire (au pays de René Fallet) dans un tabac-journaux. Je ne l’ai pas acheté mais j’ai lu la quatrième de couverture ; mal, puisque c’est seulement en lisant le livre récemment que je me suis aperçu que Denise, l’héroïne, n’avait pas été sa compagne mais plutôt sa « maman ».
Elle tenait un club libertin, c’est cela qui a dû m’attirer ; et aussi le fait que, sans être fan de Patrick Sébastien, je trouve que c’est un homme (un être vivant) qui fait des choses bien, qui nous envoie un message intéressant et beaucoup moins ringard que ce que la plupart de ses détracteurs en disent.

Voici ce que j’ai retenu de Vitriol Menthe - roman vécu

MESSAGE
Page 8 :
« L’essentiel de la connerie humaine se résume à une triste réalité : des gens qui jugent d’autres gens, de loin, sans les connaître et sans savoir.

EDUCATION
Page 20 :
« Oh, pas méchamment. Une gifle ordinaire. Une gifle de tradition. Parce que le tarif de la désobéissance et de l’insolence, c’est ça. Une gifle, parce que la mère en recevait de sa mère, et que c’est comme ça qu’on élève les enfants, et on ne se pose même pas la question de savoir si c’est traumatisant ou pas. Parce qu’on est à la campagne dans les années 50 et qu’ici, la terre est rude, et le cœur aussi. »

« Sur ces terres, on est de tradition bougonne. Parce que la vie est dure, que les souliers font mal et que les animaux ne rient pas non plus. »

« - Va t’habiller, tu vas nous attraper la mort, lance la mère.
(...)
« Attraper la mort », ça la fait sourire. « C’est la vie que je veux attraper. » Ici, tout est déjà mort. »

« - Mets pas tes coudes sur la table.
- Et pourquoi pas, si j’ai envie.
Et vlan ! La gifle. Même pas mal.
- Dans la vie, on fait pas ce qu’on a envie.
- Il faudrait.
Re-vlan ! Et toujours pas mal.
- Aller, va au lit, ça t’apprendra... Et sans finir de manger.
Elle s’en fout, il y a des éclairs au chocolat au cocktail de mariage de Cécile d’Autriche... (Elle feuillète des magazines au grenier, elle rêve.) Alors elle monte l’escalier en courant. Elle sent dans son dos le regard du père qui l’accompagne. Tendre et désolé. Mais il ne dit rien. De toute façon, ça finirait par une discussion, toujours la même, où la mère le rendrait responsable de l’insolence de sa fille. Alors, autant se taire. »

Chez moi, c’est mon père qui distribuait les gifles, et ma mère qui ne disait rien, « tendre et désolée ». Pas souvent, car on avait assez vite compris que ce n’était pas dans notre intérêt de recevoir des gifles. D’ailleurs, aucun de nous (nous sommes quatre) n’était provocateur comme Denise.
Mon frère et ma sœur aînés s’y sont essayés à l’adolescence – je ne sais pas si ça leur a servi à quelque chose (étant donné leur situation aujourd’hui, aussi bien intérieure qu’extérieure), je pense que oui. Chacun son chemin...
De mon côté, j’ai joué la « lâcheté » ; je veux dire que je me suis sorti de cette ambiance sombre – le pays où les animaux ne rient pas, où la vie est rude et le cœur aussi – en ne disant rien, justement, en obéissant pour éviter les gifles ou les réflexions acerbes, les regards noirs qui font mal, en m’organisant finalement, plus ou moins consciemment, pour me libérer de cette situation qui ne me convenait pas, pour « attraper la vie » en quelque sorte, plutôt que la mort.