Epictète
Par sanieptia le lundi 17 avril 2006, 17:07 - Epictète - Lien permanent
Ce qui dépend de nous – Manuel et Entretiens / Arléa
Page 165 :
« La sagesse, pratique ou théorie
Depuis le début, tu as pris l’habitude de penser ainsi : « Où suis-je ? A l’école. Qui m’écoute ? Je suis en compagnie de philosophes. – Mais dès que je suis dehors, au diable ces discours de pédants et d’idiots ! »
Voilà comment on voit condamner un ami sur le témoignage d’un philosophe, un philosophe vivre en parasite et se louer pour de l’argent, un sénateur dissimuler ce qu’il pense à l’assemblée, tandis qu’au-dedans de lui sa conviction crie ; et pas un semblant d’opinion, tiède et misérable, comme suspendu par un cheveu au premier argument venu, non, une conviction ferme et efficace, rompue à la besogne par l’exercice et la pratique. Surveille-toi et voyons comment tu réagis si l’on t’annonce, je ne dis pas la mort de ton enfant – cela, tu ne pourrais pas le supporter -, mais qu’on a gaspillé ton huile ou bu tout ton vin. Celui qui se trouverait à tes côtés, en te voyant tout excité, se fondé à dire simplement : « Philosophe, à l’école, tu ne parles pas ainsi : pourquoi nous donnes-tu le change ? Vermisseau qui prétends être un homme ! » J’aimerais bien être près d’un de ces philosophes quand il fait l’amour. J’aimerais voir comment il se contracte dans l’effort ; quel genre de cris il pousse et s’il se souvient, alors, de son propre nom ou des discours qu’il entend, qu’il fait ou qu’il trouve dans les livres. »
Page 167 :
« Sortir de ses livres
Souviens-toi qu’il n’y a pas que le désir du pouvoir et des richesses pour avilir les hommes et les rendre dépendants d’autrui : le désir de vivre tranquille, d’avoir des loisirs, de voyager ou d’étudier peut très bien aboutir au même résultat. Quel que soit l’objet extérieur auquel nous accordons de l’importance, par son biais, nous sommes asservis à autrui. Quelle différence y a-t-il entre désirer être sénateur et désirer ne pas l’être ? Entre désirer des fonctions officielles, et désirer n’en pas avoir ? Ne revient-il pas au même de dire : « Mes affaires vont mal, je n’ai rien à faire, je reste collé à mes livres comme un cadavre », ou : « Mes affaires vont mal, je n’ai pas le temps de lire » ? Car, si les salutations officielles et les charges sont au nombre des choses extérieures indépendantes de notre volonté, c’est pareil pour les livres. Pourquoi désires-tu lire ? Dis-le-moi. Si ce n’est que pour passer le temps, pour apprendre ceci ou cela, tu n’es qu’un frivole, un paresseux. Mais si tu mesures l’utilité de la lecture d’après le seul vrai critère, que prétends-tu lui demander sinon une vie passée dans la sérénité ? D’ailleurs si la lecture ne t’apporte pas la sérénité, à quoi bon lire ? Mais, diras-tu, elle me l’apporte, et c’est pourquoi je suis mécontent quand on m’empêche de lire. Quelle est donc cette sérénité que le premier venu peut compromettre ? Et je ne dis pas César, ni l’ami de César, mais un corbeau, un joueur de flûte, la fièvre, mille autres choses encore ? Alors que le propre de la sérénité est de ne connaître ni empêchement, ni interruption. »