Ce qui dépend de nous – Manuel et Entretiens / Arléa

SAGESSE
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« Le chemin de la sagesse est long

Certains viennent à la philosophie comme les gens malades de l’estomac sont attirés par une nourriture qui ne vaut rien et dont ils se lasseront rapidement. Les voici qui aspirent aussitôt au sceptre, à la couronne. On se laisse pousser les cheveux, on porte un manteau d’une étoffe grossière, on montre son épaule nue, on cherche noise à tous ceux qu’on rencontre et, si l’on voit passer quelqu’un habillé d’une casaque, on se bat avec lui... Mon brave, suis d’abord, en bon athlète, ton entraînement d’hiver : examine ton envie, pour voir si elle n’est pas comme celle d’un homme malade de l’estomac ou d’une femme enceinte. Applique-toi, pour commencer, à ne pas passer pour philosophe : sois-le pour toi seul pendant quelques temps. C’est ainsi que viennent les fruits : il faut enfouir le grain et le garder caché sous la terre toute une saison, pour qu’il croisse peu à peu et qu’il arrive enfin à sa pleine maturité. Mais, si avant que le premier nœud ait poussé, la tige porte un fruit, il ne mûrira pas ; il fera comme les plantes des jardins d’Adonis (C’était de petites serres pratiquées dans des récipients en terre percés de trous, où l’on semait au printemps, en l’honneur du dieu Adonis, des graines qui levaient rapidement et se fanaient de même). Toi aussi, tu es une plante de ce genre : tu as fleuri trop vite, tu seras brûlé par les gelées d’hivers. (...)
Nous au moins, laisse-nous arriver à maturité selon les voies de la nature. Pourquoi nous exposer aux intempéries, pourquoi forcer notre croissance ? Nous ne sommes pas encore capables de supporter l’air du dehors. Attends que notre racine ait poussé, qu’elle ait donné un nœud, puis deux, puis trois : ainsi le fruit finira par sortir de lui-même, qu’on le veuille ou non. »

« Les voici qui aspirent aussitôt au sceptre, à la couronne... »
Ca, c’est pour moi.

« Nous ne sommes pas encore capables de supporter l’air du dehors ».
Ca, c’est aussi pour moi.

Je ne dois pas oublier de suivre mon entraînement d’hiver...
La vie y pourvoie ; me dresse, me redresse, m’oblige à lutter, chaque jour ou presque, contre diverses choses. Le jour de ma quarante-cinquième année, je pense que je serai vainqueur ; beaucoup de choses qui m’embêtent aujourd’hui ne m’embêteront plus, ou alors beaucoup moins.